L’armée veut améliorer la diversité dans ses rangs

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L'idéologie multiculturaliste jusque dans l'armée canadienne


Comment l’armée peut-elle être plus inclusive à l’égard des femmes, des personnes handicapées, ainsi que des personnes issues de la communauté LGBTQ+ et des minorités visibles ? Comment peut-elle recruter du personnel au sein de ces groupes et mieux gérer les accommodements ? Les Forces armées canadiennes (FAC) songent à mettre en place des lieux d’échange qui lui permettront de réfléchir à des façons d’améliorer le recrutement et d’encourager la diversité au sein de l’armée, a appris Le Devoir.


C’est ce qui est ressorti d’une table ronde organisée par le Bureau de l'engagement des partenaires stratégiques (est du Canada), qui a eu lieu en janvier dernier à la Garnison de Montréal et au cours de laquelle ont échangé des hauts gradés de l’Armée canadienne et des civils, dont des chercheurs du domaine de la diversité, des entrepreneurs et des représentants des minorités.


« Dans un premier temps, il faut continuer de parler et de brainstormer sur ce qu’on peut faire, [sur quelles sont] les meilleures pratiques et ce qu’on pourrait implanter », a dit en entrevue au Devoir le colonel Dave Abboud, commandant du Groupe de soutien de la 2e Division du Canada. « On cherche à peaufiner nos programmes. […] Il y a un grand potentiel de collaboration avec des gens à l’extérieur du ministère de la Défense nationale. »


Pourquoi ces discussions ont-elles eu lieu à la Garnison de Montréal ? « [À la 2e Division], on a été reconnus comme un agent de changement à cet égard », a indiqué le colonel Abboud. À moyen terme, l’idée est d’organiser des rencontres pour tenir des discussions de ce genre un peu partout au Canada, a-t-il ajouté.


Pas de chiffres


Ainsi, l’armée a un nouveau combat à mener, celui contre la croyance tenace voulant qu’elle soit très homogène, essentiellement composée d’hommes blancs. « On sait que les minorités visibles, les femmes, les Autochtones sont sous-représentés dans l’armée par rapport à leur proportion au sein du Canada », admet le colonel Abboud. « On a pourtant un milieu de travail inclusif et diversifié, mais il existe un mythe voulant que [ce soit] le contraire. »



16 %

C’est la proportion de femmes militaires au Canada.


Le suivi de la diversité ne sera cependant pas facile à faire. Les FAC ne détiennent pas de statistiques concernant les groupes minoritaires, comme les minorités visibles ou les personnes LGBTQ+, notamment parce que, « conformément à la Loi canadienne sur les droits de la personne, aucune exigence professionnelle ne justifie la collecte de ces renseignements », souligne l’armée. Toutefois, il existe des chiffres concernant les femmes. En date du mois de décembre 2019, elles représentaient 16 % des militaires (15 174 sur un total de 96 822). L’objectif est d’atteindre 25 % d’ici 2026.


Des programmes inexistants


N’empêche, l’armée n’en est pas à ses premières armes en matière de diversité. Quelques programmes, notamment pour attirer des gens issus des minorités, ont déjà été mis en place. Par exemple, le programme Carcajou vise à recruter des Autochtones par l’entremise d’une formation militaire rémunérée de six semaines durant l’été.


Au sein du programme D+ de la 2e Division, des bénévoles de six comités (femmes, Autochtones, minorités visibles, personnes handicapées, communauté LGBTQ+, spiritualité et religions) organisent des activités de sensibilisation pour les membres des FAC, lesquels y assistent sur une base volontaire. Un exemple ? « La semaine dernière, sur nos trois bases principales, à Val-Cartier, Montréal et Saint-Jean, on a invité un religiologue qui est venu faire une présentation sur l’islam. C’est purement volontaire comme événement, mais on a attiré une centaine de personnes sur chacune des trois bases », a expliqué le colonel Abboud, nommé « champion aux comités femmes et spiritualité et religions » au sein de la 2e Division, ce qui veut dire qu’il est porteur du dossier et qu’il doit en faire la promotion.


Barbe et voile


Même s’il lui reste beaucoup de travail à faire pour se diversifier, l’armée canadienne a déjà eu à faire des ajustements. « On a déjà [adopté] plusieurs mesures d’accommodement à la demande de nos membres pour respecter leurs pratiques et leurs croyances », a confirmé le colonel Abboud. « Mais on peut les mettre en place seulement si elles n’affectent pas notre capacité opérationnelle. »


Il cite en exemple le cas du port de la barbe, longtemps interdit dans l’armée sauf pour des raisons médicales. « Pour différents groupes ethniques et religions, c’est important de porter la barbe chez l’homme », a-t-il reconnu. « Récemment, on vient d’autoriser la barbe pour tous à moins qu’on soit dans une situation opérationnelle qui l’empêche, comme par exemple si on est dans un environnement où on devrait mettre des masques à gaz. »


Des accommodements existent aussi pour les « militaires féminins » qui portent le voile, à condition qu’il soit souple, propre, perméable et facile à enlever. Il doit aussi permettre le port des couvre-chefs et des coiffures militaires et doit être conforme aux couleurs des uniformes.


Une bonne idée


Le colonel Dave Abboud se réjouit des progrès de son organisation et n’entend pas abandonner le combat. « L’idée est d’aller chercher un momentum organisationnel qui nous permettra de favoriser la diversité et l’inclusion de manière systématique et systémique », a-t-il assuré. « L’intention n’est pas de laisser ça mourir et de faire juste une activité et de crier victoire. »


Habib El-Hage, qui faisait partie des invités de la table ronde à la Garnison de Montréal en janvier, salue l’ouverture de l’armée et cette première conversation à plusieurs engagée autour du thème de la diversité. « Que les forces armées s’ouvrent et disent “on va inclure d’autres personnes qui viennent de divers horizons”, soit des entreprises, des gens du SPVM [Service de police de la Ville de Montréal], de la Sûreté du Québec, des citoyens, etc., c’est déjà très intéressant », a dit le directeur de l’Institut de recherche sur l’intégration professionnelle des immigrants au collège Maisonneuve. « Je ne sais pas comment elle va s’articuler plus tard, mais c’est clair qu’il y a une volonté. Et elle vient des hauts placés de l’armée. »