L’ALENA a eu peu de retombées économiques

36a377a588f3e09b96685e9564bdbedd

ALÉNA : pourquoi une telle hystérie pour un accord qui n'a pas changé grand chose ?

L’ALENA a rapporté peu à ses trois signataires. Le bilan de cet accord de libre-échange bientôt vieux de 25 ans est mitigé, tant du point de vue des exportations, de la croissance économique, des gains de productivité que de l’amélioration des salaires. Le Canada est même revenu à son image d’économie à forte dominante en ressources naturelles, le poids des secteurs à valeur ajoutée ayant fait place au pétrole dans ses exportations de marchandises.


Tant les attentes que les craintes formulées préalablement à la signature de l’ALENA, le 1er janvier 1994, ne se sont pas réalisées. Dans son étude publiée mercredi, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) « peine à trouver les traces d’un développement économique soutenu que l’Accord aurait pu susciter ».


D’abord sur les exportations. Leur poids dans le PIB canadien était passé de 17,4 % à 29,1 % entre 1961 et 1993. L’entrée en vigueur de l’ALENA a propulsé cette proportion à 44 % en 2000, mais depuis 2001, il est redescendu à 30 %, soit au taux prévalant avant la signature de l’accord tripartite. Aussi, la présence du secteur automobile dans les exportations canadiennes a subi un déclin, au profit de l’industrie pétrolière. « On assiste donc à une fragilisation de l’économie canadienne et à un retour vers une production primaire à faible valeur ajoutée. »


Vers les États-Unis, la proportion des exportations a augmenté pendant la deuxième moitié des années 1990, « ce qui laisse entendre que le boom observé était lié au commerce entre le Canada et les États-Unis », suggère l’IRIS. Sans oublier que les deux pays avaient scellé leur partenariat commercial au sein de l’Accord de libre-échange canado-américain, en vigueur depuis janvier 1988. Mais là encore, il y a eu réajustement depuis, la proportion des exportations dirigées au sud de la frontière revenant sous son niveau du début de l’ALENA. Elle a, certes, augmenté par rapport au Mexique, mais elle demeure marginale, sous les 2 %. « On peut dire que même si le Canada demeure très lié aux États-Unis, il y a eu une diversification des partenaires commerciaux hors de l’Amérique du Nord », ajoute l’IRIS.


Pas d’infusion sur la croissance


Le taux de croissance annuel composé du PIB n’a également pas bénéficié d’une infusion venant de l’accord. Exprimé en dollars (enchaînés) de 2007, ce taux se situait à 1,5 % au cours de la période 1993-2017, contre 2,1 % durant les années 1961-1993. Même constat au chapitre de la productivité. Soutenu durant les années 1970, le taux annuel composé de croissance de productivité du secteur des entreprises est tombé sous 1 % depuis 2000, contre 1,35 % depuis 1997. Ici, toutefois, le phénomène peut refléter le processus de désindustrialisation que connaissent les grandes économies développées. Aussi, la production a stagné au Canada et aux États-Unis alors qu’elle a fortement augmenté au Mexique depuis la mise en oeuvre de l’ALENA, à la suite d’une délocalisation vers ce pays.


Les auteurs de l’étude et chercheurs à l’IRIS, Alexandre Bégin, Mathieu Dufour et Olivier Viger Beaudin observent également qu’au chapitre de la rémunération de la main-d’oeuvre, les hausses salariales (en dollars américains de 2016 calculés sur une base de parité de pouvoir d’achat) « sont peu impressionnantes au Canada et aux États-Unis, avec des taux annuels composés de 1,4 % et de 1,3 % respectivement » depuis 1993. Sans compter que dès le départ, la rémunération tire de l’arrière sur la productivité au Canada.


Mais étonnamment, elles sont absentes au Mexique. La croissance dans le secteur manufacturier ne pouvant absorber l’afflux de travailleurs venant d’un secteur agricole ayant souffert de la libéralisation des échanges, « les salaires sont restés bas. Pas de convergence, donc, mais plutôt un réservoir de main-d’oeuvre moins bien rémunérée pour les entreprises multinationales ».


Ce bilan peu impressionnant se vérifie également si l’on adopte le point de vue de l’impact de l’échec d’une renégociation de l’ALENA. En novembre dernier, l’Institut CD Howe concluait que la fin de l’accord tripartite entraînerait une perte de 15 milliards pour l’économie canadienne, retranchant moins de 0,6 point à la progression du PIB, et qu’elle coûterait entre 25 000 et 50 000 emplois. 


> La suite sur Le Devoir.