Jody Wilson-Raybould participe à la réunion du cabinet

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La démission de Butts donne l'impression d'un aveu de culpabilité

Elle n'est plus ministre, mais elle a participé à la rencontre du cabinet : Jody Wilson-Raybould a causé la surprise, mardi, en émergeant de l'aile où Justin Trudeau et ses ministres se réunissent hebdomadairement.



À sa sortie, elle s'est brièvement adressée aux médias, chose qu'elle faisait rarement à l'époque où elle était ministre. Devant les caméras, elle a précisé qu'elle continuait à recevoir des conseils sur le secret avocat-client et qu'elle était toujours membre du caucus libéral.



Le premier ministre Justin Trudeau a ensuite expliqué l'étonnante présence de Jody Wilson-Raybould, qui a claqué la porte du conseil des ministres la semaine dernière dans la foulée de l'affaire SNC-Lavalin, à cette réunion qui s'est étirée sur environ quatre heures.


 



«Mme Wilson-Raybould a demandé de venir parler au cabinet, et on l'a invitée (à) venir. Mais évidemment, ce qui est discuté au cabinet demeure une confidence du cabinet», a-t-il spécifié avant de s'engouffrer dans la Chambre des communes pour la période des questions.



Une fois là, il a souligné qu'il avait demandé à son nouveau ministre de la Justice, David Lametti, de lui fournir un avis juridique sur le secret avocat-client qui lie Jody Wilson-Raybould - à titre de procureure générale, elle était l'avocate du gouvernement.



Pendant la période des questions, la députée Iqra Khalid, qui siège au comité permanent de la justice et des droits de la personne, a écrit sur Twitter qu'elle avait déposé un avis de motion invitant Jody Wilson-Raybould à venir témoigner devant le comité.



Le comité de la justice et des droits de la personne se réunit à huis clos en après-midi afin de déterminer les paramètres de l'examen qui sera mené sur l'affaire SNC-Lavalin, qui a plongé le gouvernement libéral dans l'embarras.



La semaine dernière, les libéraux de ce comité avaient manoeuvré pour bloquer l'adoption d'une motion des députés de l'opposition qui demandait la comparution de l'ancienne ministre ainsi que celle d'autres employés du bureau du premier ministre - dont Gerald Butts.



En matinée, c'était la fracassante démission de ce bras droit et ami de Justin Trudeau qui monopolisait les discussions de couloir.



Et les ministres prêts à commenter son départ n'avaient que de bons mots pour lui.



Plusieurs membres du cabinet Trudeau ont cependant préféré passer tout droit devant le barrage de journalistes à la porte de la réunion du conseil des ministres. M. Trudeau faisait partie du groupe qui a gardé le silence.



«Gerry est un ami. Il a fait beaucoup, beaucoup, pour le Canada, pour notre gouvernement», a insisté la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.



«On est [...] surtout reconnaissant du travail qu'il a fait», a renchéri Jean-Yves Duclos, ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social.



Et comme la question revenait souvent - pourquoi a-t-il démissionné s'il n'a rien fait ? - le ministre des Finances a tenté une réponse. «Il a décidé que c'est important de protéger sa réputation et à mon avis, c'est une bonne décision», a dit Bill Morneau.



Pendant ce temps, à la Chambre des communes, l'opposition affûtait ses couteaux.



On a fait front commun pour réclamer une enquête publique sur l'affaire SNC-Lavalin, à l'origine de la démission du bras droit du premier ministre.



Comme les néo-démocrates avaient le contrôle du sujet du débat, mardi, ils ont déposé une motion demandant au premier ministre de lever le secret pour l'ancienne procureure générale et exhortant le gouvernement à lancer une enquête publique sur l'affaire SNC-Lavalin.



«Les Canadiens méritent des réponses crédibles», a lancé le député néo-démocrate Charlie Angus dès l'ouverture du débat.



Et leur démarche sera appuyée par les conservateurs, a confirmé mardi matin le chef Andrew Scheer. Lorsqu'il s'est levé en Chambre, il a annoncé que l'opposition officielle votera unanimement en faveur de la motion.



Le ministre de l'Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, assurait un peu plus tôt que tous veulent « faire la lumière sur les derniers événements ».



Mais M. Champagne a plutôt fait référence à un examen par le commissaire à l'éthique, insistant sur la nécessité que son gouvernement continue « de focaliser sur ce qui compte pour les Canadiens ».



Lundi après-midi, M. Butts a annoncé qu'il quittait ses fonctions tout en niant avoir exercé des pressions sur l'ex-ministre Jody Wilson-Raybould pour qu'elle évite un procès pour fraude et corruption à SNC-Lavalin.



Mme Wilson-Raybould a démissionné la semaine dernière, après avoir été rétrogradée, à la mi-janvier, du poste de ministre de la Justice à celui de ministre des Anciens Combattants.



Les pressions que Justin Trudeau nie également lui avoir fait subir auraient visé à accorder un accord de poursuite suspendue (APS) à SNC-Lavalin.



Cette manoeuvre permet de suspendre des poursuites pénales contre des entreprises. En échange, celles-ci admettent les faits, puis acceptent de payer une pénalité financière salée et de coopérer avec les autorités. Elles évitent ainsi d'être interdites des contrats gouvernementaux futurs.