Indépendance du Québec - 270

Indépendance ou sujétion ?

C’est assez de se faire endormir par les politiciens

Chronique de Bruno Deshaies


Le déluge d’articles, de commentaires, d’informations médiatiques portant sur la nation québécoise et le choix de Stéphane Dion à la tête du Parti libéral du Canada va-t-il nous lasser un jour ? Il ne semble pas ! Un Québécois, ça jase… Ne serait-il pas le temps de passer à autre chose ? La nation québécoise n’a-t-elle que le loisir de se plaindre du gouvernement fédéral et du Canada-Anglais ainsi que des nombreuses définitions du mot nation ?
À ce jour, nous avons vu les deux cotés de la médaille. Il ne suffit que de lire la couverture de presse proposée par Bernard Frappier dans Vigile.net pour s’en convaincre. Faut-il en plus jouer à pile ou face pour savoir si nous voulons autre chose que des réformes constitutionnelles, une élection ou un référendum ? N’en n’avons-nous pas assez de nos réclamations, de nos supplications, de nos injonctions contre le gouvernement fédéral et le Canada-Anglais ? Nous pourrions continuer nos débats sur la nation québécoise que nous ne ferions pas mieux que de débattre du sexe des anges. Après plus de 170 ans, n’avons-nous pas enfin compris que les Québécois-Français ne détiennent aujourd’hui qu’un pouvoir de minoritaire ? Pour transformer une minorité en majorité au Québec, il faudra plus que des incantations, plus que des discours et des articles ou même davantage que de tourner des films sur notre situation de minoritaires frustrés qui ne prennent pas les moyens de s’en sortir.
Le legs du passé
Ce n’est certainement pas le discours de Gilles Duceppe de lundi dernier devant les membres de la Chambre de commerce de Québec qu’on trouvera une réponse à nos interrogations. Il suffit de retenir les dernières phrases pour constater à quel point nous tournons en rond. Lisez vous-même cette perle du nationalisme et du souverainisme québécois.


Monsieur Duceppe a donc déclaré :
« […] Nous travaillons pour ramener le maximum de pouvoir ici, à Québec.
Et comme souverainistes [sic], notre but c’est de ramener tous les pouvoirs, ici, à Québec, au sein de la seule Assemblée législative que contrôle notre nation et qui s’appelle justement l’Assemblée nationale.
On nous reconnaît maintenant comme une nation, avec un territoire, le Québec, et ses frontières actuelles. Tout ce qui nous manque, c’est un pays. »




Rien de moins ! Ne riez surtout pas ! C’est sérieux. La nation-québécoise-pas-ethnique, on l’a maintenant sur un bout de papier bien plié dans la poche sur notre fesse droite. Le Canada-Anglais nous a donné la permission d’être une nation « dans un Canada-Uni » ! (Motion Harper à la Chambre des communes : « That this House recognize that the QUÉBÉCOIS form a nation WITHIN A UNITED CANADA. ») On applaudit !... et on atteint le sommet du ridicule. Qui, au Québec, ne tue pas, bien entendu !
Très bien !
Désormais, qu’allons-nous faire ?
La défense des valeurs de l’avenir
En cette fin d’année 2006, s’imposerait la mise en place et ce, dès le début de 2007, d’une vaste organisation de toutes les forces indépendantistes. Or, le plus grave problème, c’est qu’il nous manque toujours un véritable chef d’orchestre. Un chef d’orchestre de l’indépendance, pas un politicien. Un chef d’orchestre qui dirige, organise, choisit les partitions de musique, les compositeurs et les virtuoses, etc. Un chef d’orchestre qui saurait « mixer » les idées, les musiques, les moyens et qui saurait aussi passer à l’action. Il le ferait franchement dans l’optique indépendantiste (cf. ANNEXE).
Le concert doit finalement avoir lieu et il doit avoir du succès. Cet homme doit cesser d’hésiter comme l’âne de Buridan entre le seau d’eau et la botte de foin ou mettre fin à son incapacité de choisir une direction une fois rendu à la croisée des chemins ou toujours de se demander quel pays il veut pour ses petits-enfants et encore, de ne pas s’imaginer que « voler de ses propres ailes » signifie qu’il suffit de rêver un pays comme Don Quichotte, emporté dans son délire, qui ne fait que construire des châteaux en Espagne ou se battre contre des moulins à vent !
En effet, il faut ridiculiser ce qui est ridicule. Le BQ s’est encore « enfargé » dans ses lacets de bottines. Ce n’est pas fini ! Après les lacets de bottines, ce sera les poignets attachés et après les poignets, le cou suivi d’une fin prévisible. C’est malheureux, mais il semble presque impossible de réunir sous une même bannière tous les indépendantistes. Nous devrions être en troisième vitesse dans cette marche vers l’indépendance, c'est-à-dire de l’organisation des FORCES actives capables de se superposer aux partis politiques dits souverainistes qui défendent nos intérêts individuels ou sociaux sans atteindre JAMAIS NOTRE INTÉRÊT NATIONAL. L’existence toujours en sursis du site Internet Vigile que Bernard Frappier dirige et maintient avec un courage inouï et beaucoup d’intelligence ne peut que nous interroger.
Ceux qui pensent que l’indépendance est inéluctable, et il y en a beaucoup qui le pensent, se trompent gravement. On peut estimer que le temps joue même contre nous. Nos adversaires le savent ; ils disposent de moyens redoutables. Rien n’est simple. Le chef actuel du PQ est loin d'être à la hauteur, du moins jusqu'à maintenant. Un internaute m’écrit et me signale le ton des débats à la période des questions à l’Assemblée nationale : « Tu devrais voir à Télé-Québec un Jean Charest ragaillardi le mettre en boîte pendant la période de questions, comme le petit garçon qu'il est demeuré. Les libéraux ne se gênent pas de rappeler, par des sous-entendus vicieux, les frasques cocaïnomanes du nouveau chef. C’en est plus que gênant. Ils nous préparent une belle campagne électorale... »
Importance d’organiser l’offensive indépendantiste
Nous ne pouvons pas prendre les armes, mais nous pouvons organiser l’offensive indépendantiste avec des moyens financiers honorables, c'est-à-dire un demi million de dollars et après un million et toujours plus… Il nous faut des capitaux. Il nous faut des démarcheurs professionnels. Il faut organiser l’offensive. Mais il nous faut surtout une tête, un chef-d’orchestre-pas-politicien auprès duquel une élite de citoyens et de citoyennes saura se regrouper. Il doit vraiment comprendre « ce que c’est que l’indépendance » (voir ANNEXE). Il doit donc avoir son orchestre, n’est-ce pas évident ? Et ça ne devrait surtout pas être un Conseil de la souveraineté moribond qui s’attaque à de faux problèmes. Il est nécessaire aussi qu’il possède des moyens financiers suffisants pour entreprendre une symphonie dont le mouvement principal fera de l’optique indépendantiste une musique.
Afin de parvenir à composer et à réaliser cette symphonie, il y a indiscutablement quelques problèmes pratiques à régler. Dans l’ordre, on pourrait mentionner ceux-ci :
1. Favoriser le regroupement de toutes les forces indépendantistes au Québec ;

2. Consacrer nos énergies autour de la compréhension de l’optique indépendantiste ;

3. Former une élite indépendantiste ;

4. Payer honorablement les formateurs ;

5. Agir auprès de la population ;

6. Disséminer dans la population l’idée indépendantiste ;

7. Inciter fortement les syndicats québécois à explorer sérieusement l’optique indépendantiste ;

8. Inciter les représentants du Bloc à Ottawa à réorienter leur carrière ;

9. Assumer la diffusion de l’idée indépendantiste en exploitant au maximum l’espace public ;

10. Manifester sa force de persuasion ;

11. Tester notre force de dissuasion contre les fédéralistes du Québec d’abord et du Canada ;

12. Se porter, finalement, à la défense du Québec pour qu’il maîtrise sa vie politique, économique et culturelle.
Un tel plan d’action exige une unité de direction ainsi que des moyens financiers considérables. Voir trop petit, c’est comme voir trop grand ! Il faut surtout voir juste. Où est-il le « cabinet de guerre » (le war room) des indépendantistes ? La question est posée. Il faudrait certainement y réfléchir dans les semaines qui viennent. Le sort de Vigile est un bel exemple d’un manque de cohésion ainsi que d’une absence de coordination des efforts financiers au sein de la mouvance indépendantiste : il est toujours au bord de la fermeture faute de financement !
L’année 2007 ne doit pas commencer sous les mêmes auspices que les derniers débats autour de la nation québécoise et du « général » Stéphane Dion à la fin de 2006. Les Québécois-Français ont certainement d’autres chats à fouetter.
Tous les indépendantistes doivent donner un coup de barre radical. La lutte nationale au 3e degré consiste à déterminer QUI GOUVERNE (à l’interne et à l’externe). Est-ce le gouvernement du Québec ou est-ce le gouvernement canadian ?
Pourquoi pas une série de contacts personnels où les questions de fond seront abordées et l’individualisme mis de côté. Qui, parmi l’élite québécoise, commencera la chaîne téléphonique qui permettra d’alimenter le pipeline qui entraînera la concertation et l’unité d’action ?
C’est assez de se faire rouler par les politiciens ou les ex-politiciens souverainistes ou fédéralistes.
L’heure n’est plus aux discussions stériles (comme on le constate en ce moment), mais à l’organisation de l’action dans l’ordre, le bon sens, la détermination et l’esprit du vainqueur. Une bonne fois pour toutes !
Tous ensemble !
Bruno Deshaies
N. B. Nous souhaitons de joyeuses Fêtes à tous nos internautes lecteurs et lectrices. Nous espérons que le message de Bernard Frappier soit entendu. Un travail comme le sien devrait jouir depuis longtemps d’appuis financiers substantiels. L’indépendance du Québec ne se fera pas seulement grâce au travail bénévole, mais en investissant d’importantes sommes d’argent. Il ne suffit pas de parler seulement de contributions individuelles, mais aussi de l’aide financière provenant des milieux d’affaires ou de tous ces gens (artistes, comédiens, universitaires, individus riches et indépendants de fortune, etc.) qui ont la possibilité de poser un geste concret. L’organisation de tous ces dons peut se faire dans la transparence et le respect des objectifs démocratiques. Les Québécois sont capables de le faire. Ne l’oublions jamais.
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ANNEXE
L’Académie de l’indépendance

Deux attitudes face à l’histoire nationale du Canada français
Document
Le texte qui suit est extrait de L’idée d’indépendance au Québec (cf. RÉF. ci-dessous). Cette première de trois conférences de Maurice Séguin télévisées et diffusées par Radio-Canada les 18 mars, 25 mars et 1er avril 1962 remonte à 44 ans. Il s’agit de l’introduction à l’étude et à l’analyse de l’idée d’indépendance dans l’histoire nationale du Canada français. Malgré le temps écoulé, ces trois paragraphes d’introduction historiographique sont d’une clarté sans équivoque sur le drame du peuple québécois-français. Les derniers débats qui font rage en ce moment nous montrent à quel point la situation n’a pas changé depuis 170 ans.
Les deux Stephen/Stéphane, Harper et Dion, incarnent la première attitude qui est « la position la plus répandue ». Ils ne changeront JAMAIS d’idées. Jean Charest, Benoît Pelletier et combien d’autres endossent ce point de vue ? Ils sont des millions comme eux au Canada dans son entier. La minorité anglophone du Québec ne joue que son rôle de prolongement du pouvoir canadian en sol québécois. Ce sont les défenseurs fanatiques du régime de l’union fédérale canadian à tout prix.
L’autre attitude considère qu’« être un peuple minoritaire dans une fédération, c’est être un peuple annexé ». Chez les indépendantistes, cette position n’est hélas ! pas toujours très bien comprise. Les souverainistes qui se bombent le torse au sujet de la nation québécoise sont-ils prêts à soutenir ouvertement que « l’indépendance complète est absolument nécessaire » ? Jusqu’à ce jour, ils s’en sont montrés incapables, parlant plutôt d’association, de partenariat et même de reconfédération (sic !). La déclaration récente de Gilles Duceppe à Québec est une coquille vide. Que signifie exactement cette déclaration : « Tout ce qui nous manque, c’est un pays. » Les vrais indépendantistes ne peuvent « se contenter d’une fraction d’indépendance » contrairement aux fédéralistes qui se contentent « d’un partage de pouvoirs dans une union fédérale ». Pour les souverainistes, péquistes ou bloquistes, peuvent-ils se contenter de « ramener [d’Ottawa] tous les pouvoirs, ici, au Québec » ? Est-ce comme dire « ramener le chômage à 5 % » ? Ou bien est-ce vouloir tout ramener à la situation antérieure ? Nous connaissons pourtant cette situation, c’est celle de la SUJÉTION (antonyme : indépendance) !
Dans l’optique indépendantiste, « l’État n’est pas la nation, mais l’État est le principal instrument de l’épanouissement national ». L’indépendance complète « est à rechercher en elle-même comme un bien ». Pour faire passer cette autre attitude dans la pensée politique des Québécois, ses défenseurs ont besoin du nombre et aussi de moyens financiers considérables s’ils veulent persuader la population québécoise que ce CHOIX est un bien en soi – une nécessité de sa libération nationale complète.
Bruno Deshaies
RÉFÉRENCE : Maurice Séguin, L’idée d’indépendance au Québec. Genèse et historique. 2e éd., Trois-Rivières, Les éditions du Boréal Express, 1971, p. 9-10. (Coll. « 17/60 »),
TEXTE DE MAURICE SÉGUIN (1962)

Fédéralisme et indépendantisme
Devant le sens à donner à l’histoire du Canada français, les esprits adoptent deux attitudes.
[Première attitude]
La position la plus répandue, celle qui depuis 1840 domine l’interprétation traditionnelle de l’histoire du Canada, se rattache à l’idéologie fédéraliste. Constatant que la nationalité, l’ordre communautaire spontané, ne se confond pas nécessairement avec l’État, cette école conclut qu’une collectivité minoritaire peut accepter un partage de pouvoirs dans une union fédérale, consentir à une certaine centralisation sans perdre pour autant la maîtrise de l’essentiel de sa vie nationale et qu’elle peut conserver ses chances d’épanouissement politique, économique et culturel. C’est la thèse des autonomistes qui croient pouvoir se contenter d’une fraction d’indépendance.
[Seconde attitude]
L’autre attitude, très peu répandue après 1840 chez un peuple où l’on a abondamment parlé de nationalité et de nationalisme, pousse jusqu’à ses conclusions logiques la notion d’autonomie pour aboutir au principe des nationalités dans toute sa rigueur. ÊTRE UN PEUPLE MINORITAIRE DANS UNE FÉDÉRATION, C’EST ÊTRE UN PEUPLE ANNEXÉ. L’État n’est pas la nation, mais l’État est le principal instrument de l’épanouissement national. Il n’y a pas d’égalité politique entre le peuple majoritaire et le peuple minoritaire dans n’importe quelle fédération. Le peuple majoritaire a, à sa disposition, l’autonomie interne et externe. Le peuple minoritaire ne peut mettre à son service qu’une autonomie interne.
[Conclusion : « l’indépendance complète est absolument nécessaire ».]
L’annexion politique, dans une économie moderne et dynamique, entraîne inévitablement la subordination économique. L’infériorité politique et l’infériorité économique se conjuguent en s’aggravant. La culture elle-même, au sens le plus général du terme, intimement liée aux réalités politiques et économiques, est fortement perturbée au point qu’on ne peut même pas parler, pour le peuple minoritaire, de véritable autonomie culturelle. Pour cette école indépendantiste, l’indépendance complète est absolument nécessaire. Elle est à rechercher en elle-même comme un bien et elle est considérée comme un moyen irremplaçable pour assurer une maîtrise suffisante de la vie économique et culturelle.

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Bruno Deshaies209 articles

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BRUNO DESHAIES est né à Montréal. Il est marié et père de trois enfants. Il a demeuré à Québec de nombreuses années, puis il est revenu à Montréal en 2002. Il continue à publier sa chronique sur le site Internet Vigile.net. Il est un spécialiste de la pensée de Maurice Séguin. Vous trouverez son cours sur Les Normes (1961-1962) à l’adresse Internet qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 (N. B. Exceptionnellement, la numéro 5 est à l’adresse suivante : http://www.vigile.net/Les-Normes-en-histoire, la16 à l’adresse qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-15-20,18580 ) et les quatre chroniques supplémentaires : 21 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique 22 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19364 23 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19509 24 et fin http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19636 ainsi que son Histoire des deux Canadas (1961-62) : Le PREMIER CANADA http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-1-5 et le DEUXIÈME CANADA : http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-1-29 et un supplément http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30

REM. : Pour toutes les chroniques numérotées mentionnées supra ainsi : 1-20, 1-5 et 1-29, il suffit de modifier le chiffre 1 par un autre chiffre, par ex. 2, 3, 4, pour qu’elles deviennent 2-20 ou 3-5 ou 4-29, etc. selon le nombre de chroniques jusqu’à la limite de chaque série. Il est obligatoire d’effectuer le changement directement sur l’adresse qui se trouve dans la fenêtre où l’hyperlien apparaît dans l’Internet. Par exemple : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 Vous devez vous rendre d’abord à la première adresse dans l’Internet (1-20). Ensuite, dans la fenêtre d’adresse Internet, vous modifier directement le chiffre pour accéder à une autre chronique, ainsi http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-10-29 La chronique devient (10-29).

Vous pouvez aussi consulter une série de chroniques consacrée à l’enseignement de l’histoire au Québec. Il suffit de se rendre à l’INDEX 1999 à 2004 : http://www.archives.vigile.net/ds-deshaies/index2.html Voir dans liste les chroniques numérotées 90, 128, 130, 155, 158, 160, 176 à 188, 191, 192 et « Le passé devient notre présent » sur la page d’appel de l’INDEX des chroniques de Bruno Deshaies (col. de gauche).

Finalement, il y a une série intitulée « POSITION ». Voir les chroniques numérotées 101, 104, 108 À 111, 119, 132 à 135, 152, 154, 159, 161, 163, 166 et 167.





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