Il faut maintenir l'industrie de l'aluminium, dit Bernard Landry

«Que nous coûteraient la détresse du Saguenay-Lac-St-Jean et l'exode de ses jeunes?»

17. Actualité archives 2007



Desjardins, François -
Les récentes évaluations d'économistes sur ce que coûte le soutien québécois aux grandes alumineries auraient intérêt à ratisser plus large, car «il y a des choses très difficiles à inclure dans une comptabilité de cet ordre», croit l'ancien premier ministre Bernard Landry.
En réaction aux mesures que le gouvernement Charest a offertes à Alcan pour faciliter un investissement de 2,1 milliards au Saguenay, deux professeurs de l'Université Laval ont estimé que le coût, pour l'État, sera de trois milliards sur 30 ans. Jean-Thomas Bernard et Gérard Bélanger affirment que Québec perd de l'argent, notamment parce que l'électricité vendue aux alumineries pourrait être exportée sur les marchés étrangers à un prix plus élevé.
Or M. Landry, dont l'aide promise à Alcoa en 2002 et 2003 n'avait pas survécu à l'élection du Parti libéral, plaide pour une autre façon d'analyser la situation. Voyant «d'un bon oeil la contribution des deux économistes au débat» même s'il ne partage pas leur opinion, l'ex-chef péquiste affirme que l'absence de mesures de soutien aurait des conséquences plus dommageables que ce qu'elles peuvent coûter à l'État.
«C'est du tangible difficile à calculer. Que nous coûterait la détresse du Saguenay-Lac-Saint-Jean et l'exode de ses jeunes? On serait obligé de continuer à maintenir les services... Tous les citoyens ont droit au même niveau de services, que leur région soit prospère ou non», a-t-il dit entre deux cours à l'Université du Québec à Montréal, où il enseigne au département de stratégie des affaires depuis janvier 2006.
«Si on enlève l'espoir à cette région et qu'elle se replie économiquement, bonjour les dégâts! a ajouté M. Landry. Ça va nous coûter pas mal plus cher que tout ce qu'on pourrait débourser pour aider à maintenir une industrie, qui est traditionnelle mais peut aussi être moderne. Alors, quand on fait ce genre de comptabilité, il faut tout prendre en compte.»
Il faut aussi retenir que les entreprises paient des impôts et des taxes, ce qui vaut également pour les travailleurs, «dont les salaires font tourner l'économie», a ajouté M. Landry. «Quand on prend tout ça, ça ressemble pas mal moins à quelque forme de subvention que ce soit.»
Entente avec Alcoa
Le Parti québécois avait conclu avec Alcoa deux ententes pour le rajeunissement de l'aluminerie de Baie-Comeau et l'expansion de l'usine de Deschambault. Alcoa s'engageait à investir deux milliards et avait l'obligation de créer et de maintenir un certain nombre d'emplois. La compagnie aurait notamment reçu des prêts de 430 millions, sans intérêts, de même qu'un congé fiscal. De son côté, Hydro-Québec devait fournir un bloc de puissance qui aurait été vendu à Alcoa au tarif de type «L», accordé aux grands consommateurs.
Le cas d'Alcan présente des similitudes. La compagnie investira 2,1 milliards, créera 740 emplois directs et recevra un prêt sans intérêt de 400 millions remboursable dans 30 ans. Aussi, Alcan aura la garantie d'un nouveau bloc de puissance. Une des différences tient au fait que l'usine construite mettra à profit une technologie nouvelle dont l'éventuelle exportation générerait des redevances pour Québec.
Les détracteurs des ententes affirment généralement que le bloc d'électricité qui sera consenti à Alcan, par exemple, sera vendu à prix moindre que ce que coûteront les nouvelles sources d'approvisionnement.
Or M. Landry affirme qu'il faut explorer toutes les avenues avant de se tourner vers l'étranger. Un lingot d'aluminium, dit-il, peut être transformé jusqu'à ce qu'il devienne une casserole. «Je n'ai rien contre l'exportation d'électricité, en principe. Cependant, avant cela, il faut aller au maximum de la transformation. On a, pendant un certain temps, exporter des troncs d'arbre. Puis de la pâte à papier, puis du papier. Il faut valoriser la ressource au maximum avant de l'exporter. Le même raisonnement s'applique à l'électricité.»


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