Revue de presse

Frapper un mur

La nation québécoise vue du Canada


Le Québec, une nation? L'idée d'en faire une résolution du Parti libéral du Canada ne passe pas la rampe au Canada anglais. C'est qu'en général, le terme «nation» y est automatiquement associé au concept d'État-nation, à celui de pays ou encore aux pires travers du nationalisme, comme s'il ne pouvait prendre que les contours de l'ethnocentrisme ou de la xénophobie. Mais il y a aussi la résurgence de cette peur de discuter de la Constitution, sorte de traumatisme des échecs des rondes de négociations des années 90.

L'équipe éditoriale du Globe and Mail est persuadée que l'idée de reconnaître le Québec comme nation, suggérée par le candidat au leadership libéral Michael Ignatieff, divise déjà le PLC et fera éventuellement de même avec le pays. Cette résolution, écrit le quotidien, «est une solution lamentable à un problème que M. Ignatieff a lui-même en grande partie créé». Le journal dit déjà constater une reprise des difficiles débats constitutionnels, qui finiront par mobiliser chaque groupe désireux de voir ses intérêts être pris en compte, «faisant dévier l'attention pour des années de problèmes beaucoup plus urgents». On note que des Québécois, dont l'ancienne ministre Liza Frulla, avertissent déjà des dangers que pose un rejet de cette motion. À l'extérieur du Québec, les libéraux sont déchirés, craignant de déclencher une nouvelle crise de l'unité canadienne. Le Globe croit que rien n'exigeait d'en arriver là et en blâme M. Ignatieff. Le quotidien torontois affirme que la reconnaissance du Québec comme nation lui conférera le droit à l'autodétermination en vertu du droit international. «La vision de M. Ignatieff s'est transformée en gros problème pour le parti qu'il souhaite diriger. Il n'aurait pas dû s'engager dans cette voie», conclut le Globe.
[L'équipe éditoriale et plusieurs chroniqueurs du National Post->2538] sont tout aussi opposés. Don Martin, ironique, écrit ceci : «Pardonne-lui, Canada, car il ne sait pas ce qu'il a fait.» [Quant à Andrew Coyne->2533], il compare l'opposition des camps Ignatieff et Dion ainsi que les huées que ce dernier a essuyées à Montréal la semaine dernière aux pires moments de la course au leadership de 1990, alors que les supporteurs de Paul Martin et de l'accord du Lac-Meech avaient pris Jean Chrétien à partie lors du débat de Montréal. Coyne prend note des commentaires dans les journaux de langue française, qui soulignent les risques associés à un rejet de la motion de l'aile québécoise du PLC. «Et si les libéraux sont forcés de se soumettre sous le coup de l'intimidation, nous pouvons nous attendre à ce que le même ultimatum soit servi au pays», s'insurge-t-il. Il est persuadé qu'une reconnaissance symbolique ne suffira pas car, selon lui, les Québécois ne seront jamais satisfaits et exigeront toujours davantage. Il se demande aussi de quelle nation on parle. S'il n'est question que d'une nation pluraliste et civique, «en quoi cela la distingue-t-elle de la nation canadienne» ? De l'avis de Coyne, ce nouvel épisode ne fait que le jeu des souverainistes en donnant l'impression que le Canada constitue le problème. «Le coeur du problème, l'erreur sur laquelle tout le reste repose, est le suivant : l'idée selon laquelle les Québécois doivent être satisfaits. Peut-être apprendrons-nous un jour que la condition du bonheur dans cette vie n'est pas la satisfaction mais la résignation.»
Loin de la résignation

Le prêtre Raymond Gravel, bien connu pour ses positions en faveur du mariage entre personnes de même sexe, portera les couleurs du Bloc québécois dans Repentigny. Le Parti conservateur, lui, a pris le chemin inverse dans London Nord Centre, l'autre comté où se aura lieu une élection partielle le 27 novembre. Le parti de Stephen Harper a jeté son dévolu sur la populaire ancienne mairesse de London, aussi championne de la droite religieuse. Allan Woods, de la chaîne CanWest, nous apprenait cette semaine qu'au cours des six dernières années, Dianne Haskett a siégé au conseil d'un groupe faisant la promotion des «principes de réconciliation de Jésus» comme outil de résolution des crises internationales et la prise en compte des facteurs religieux dans la politique étrangère. L'International Centre for Religion and Diplomacy milite en faveur de la nomination par le gouvernement américain d'un «attaché religieux» qui contribuerait à désamorcer des conflits sectaires. La candidate conservatrice, revenue au Canada il y a une semaine, s'était fait remarquer par son refus de reconnaître, en tant que maire, la semaine de la fierté gaie, ce qui lui avait valu une amende de 10 000 $. Elle disait qu'agir autrement serait contraire à ses convictions chrétiennes évangéliques.
Voile ou pas ?
Le débat qui agite la Grande-Bretagne autour du niqab, ce voile qui ne laisse voir que les yeux d'une femme, a des retombées jusqu'au Canada. Barbara Kay, du National Post, reflète le malaise de la plupart des commentateurs à l'endroit du niqab. Selon elle, il représente une forme d'indécence. «Indécence, oui. [...] Le spectre de notre décence se traduit par un ensemble très élastique de comportements socialement appropriés avec une limite à chaque extrême. L'une d'elles est la surexposition en public -- nudité ou gestes très intimes -- et l'autre est l'ultra-inhibition, c'est-à-dire le camouflage complet et la distance asociale. Ces deux extrêmes provoquent une tension sociale négative», écrit-elle. Elle note que personne ne remet en question le premier extrême alors qu'on a tendance à accepter qu'une personne se couvre. On associe ce comportement à de la décence. Le problème du niqab, cependant, est qu'il dépersonnalise les femmes qui le portent, poursuit Kay. Comment expliquer la décision d'une femme de le porter au Canada où rien ne l'y force ? «Un geste idéologique d'appui à des interprétations anti-occidentales de l'islam ?» Kay aimerait bien qu'on lui offre une autre raison mais elle doute. Pour elle, le voile demeure un mur social.
mcornellier@ledevoir.com


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