Francisation: Québec mise sur la bonne volonté

- Aucun moyen coercitif n'est envisagé. - «Faible et ridicule», dit le PQ

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"Réussir ensemble en français"

Québec -- La ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, a dévoilé hier un plan d'action pour la francisation des entreprises et des commerces qui mise sur la promotion et la bonne volonté.

Doté d'un peu moins de 12 millions de dollars pour deux ans, ce train de mesures incitatives, d'activités de promotion et d'efforts de sensibilisation ne vise aucun objectif précis. La cible, «c'est le maximum», a indiqué Christine St-Pierre. La ministre n'a pu préciser le nombre d'entreprises qui pourraient être francisées au terme des deux ans, ni combien de travailleurs pourraient être touchés.
Chose certaine, le gouvernement n'a aucune intention de modifier la loi 101, a répété Christine St-Pierre. Aucun moyen coercitif n'est envisagé. «Je ne suis pas dans un horizon d'avoir des mesures coercitives pour les petites entreprises, a-t-elle signalé. Et je suis convaincue qu'avec l'accompagnement que nous allons faire des petites entreprises, nous allons voir la situation s'améliorer.»
Le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, estime que la ministre «porte des lunettes roses» quand elle décrit la situation du français. Mais il est essentiellement d'accord avec le gouvernement pour que les petites entreprises n'aient pas à subir des mesures coercitives. Le chef de l'Action démocratique du Québec a toutefois déploré le fait que le plan d'action ne comporte aucune cible.
Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a qualifié le plan d'action de «faible et ridicule». Elle a accusé le premier ministre, Jean Charest, de vouloir «mettre le couvercle sur la marmite plutôt que de défendre et d'améliorer le fait français au Québec». Le porte-parole péquiste en matière de culture et de langue, Pierre Curzi, a parlé de «mesurettes» qui serviront de «cataplasme».
En vertu de ce plan d'action, l'Office québécois de la langue française embauchera 20 nouveaux inspecteurs, que l'on dénomme conseillers, qui s'ajoutent aux 60 personnes chargées de surveiller l'affichage commercial et de veiller à la francisation des entreprises. Il s'agit d'une dépense d'un million par année.
En 2008, le gouvernement tient un «rendez-vous de gens d'affaires», au coût d'un million, afin de soutenir la francisation des entreprises de moins de 50 employés. Exclues de l'application de la loi 101, ces entreprises n'ont aucune obligation légale de se franciser. Pour l'heure, le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, qui prête main-forte au ministère de la Culture et des Communications pour organiser l'événement, ne sait trop quelle forme prendra ce salon de la PME pour la francisation, a-t-on indiqué au cabinet du ministre Raymond Bachand. Les chambres de commerce seront mises à contribution.
Deux millions seront consacrés au soutien financier des entreprises de 50 à 99 employés qui n'ont pas de certificat de francisation ainsi qu'aux entreprises de 10 à 49 employés lorsqu'elles remplacent leurs logiciels, claviers, interfaces de langue anglaise pour du matériel en français. On subventionnera aussi les entreprises qui traduisent leur site Internet ou Intranet.
Le gouvernement lancera une campagne publicitaire, au coût de 250 000 $ par année, pour promouvoir le service des clients en français dans les commerces sur les thèmes «J'achète en français» ou «J'accueille et je vends en français». En outre, l'OQLF entreprendra «une démarche ciblée de sensibilisation», au coût de 600 000 $ pour deux ans, auprès des commerces de la région de Montréal puis de la région de l'Outaouais.
Les centrales syndicales, qui reçoivent déjà 250 000 $ par an pour coordonner les comités de francisation dans les grandes entreprises, auront droit désormais au double pour se pencher sur des secteurs moins francisés.
Le secrétaire général de la FTQ, René Roy, a bien accueilli le plan d'action de la ministre. «Elle vise juste», a-t-il dit. M. Roy a rappelé que le gouvernement Bouchard, dans la foulée des compressions visant l'atteinte du déficit zéro à la fin des années 90, avait réduit de moitié le nombre d'agents de l'OQLF (alors dénommé l'Office de la langue française], un nombre qui n'a guère varié depuis.
Ce plan d'action de la ministre St-Pierre fait suite aux investissements annoncés par la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James, qui a ajouté 65 millions en cinq ans pour la francisation et l'intégration en emploi des immigrants. De son côté, la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, a annoncé en février 22 mesures, pour une dépense annuelle de 39 millions, afin d'améliorer l'enseignement du français.


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