Fêtes juives et scrutins: Élections Québec a reconnu des ratés

23b6761211ed643856cf23be6ec87628

La pleurniche juive est insupportable : ne peuvent-ils pas se conformer à la société majoritaire au lieu de toujours revendiquer des privilèges ?

La fête juive au centre du débat sur l'éventuel report de la date du scrutin fédéral a été célébrée, l'an dernier, au moment des élections provinciales. Et Élections Québec a eu beau se préparer en conséquence, l'organisme a été pris de court par les répercussions des célébrations, si bien qu'il s'est excusé auprès de la communauté juive et d'une association libérale, a appris La Presse.


Déplacer la date du scrutin fédéral pour éviter qu'il ne tombe le même jour qu'une fête religieuse juive risquerait de « compromettre de façon... »



Le déroulement du scrutin dans la circonscription montréalaise de D'Arcy-McGee, où habite une forte concentration d'électeurs de confession juive, a été perturbé à l'automne 2018, lors du vote par anticipation, alors qu'un nombre record de citoyens se sont rendus aux urnes, ce qui a engorgé les bureaux de scrutin.


L'attente a parfois été si longue que l'association libérale de la circonscription ainsi que le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) ont déposé des plaintes au Directeur général des élections (DGE).


« Les délais d'attente pour voter à certains moments de la journée se sont avérés relativement longs considérant les expériences antérieures », a convenu l'adjoint au directeur général des élections et directeur des opérations électorales, Jean-François Blanchet, dans une lettre adressée à l'Association libérale de D'Arcy-McGee, dont La Presse a obtenu copie.


 




« Nous tenons à nous excuser des inconvénients que cette situation a pu engendrer aux membres pratiquants de la communauté juive, mais aussi à l'ensemble des électeurs. »


- Jean-François Blanchet, dans la lettre datée du 18 mars dernier




Le CIJA a aussi confirmé avoir reçu une lettre, au nom du DGE, de Pierre Reid. « On nous disait être navré des inconvénients subis par les électeurs juifs », a indiqué le directeur de la recherche et des affaires publiques, David Ouellette.


De façon plus précise, dans la lettre de M. Blanchet, le DGE reconnaît que le vote par anticipation en 2018 a connu des ratés dans D'Arcy-McGee. Le nombre d'électeurs qui ont voté de façon anticipée a « plus que quintuplé » par rapport à 2014, passant de 500 à plus de 2500.


Cet « achalandage record » doublé d'un ralentissement informatique a eu des conséquences qu'il était « difficile d'anticiper », plaide M. Blanchet dans sa missive. « Même en organisant nos bureaux de vote de façon à accueillir un plus grand nombre de personnes, il était difficilement prévisible que l'augmentation soit si importante », ajoute-t-il.




Le DGE sensibilisé


Pourtant, le député libéral actuel, David Birnbaum, et le CIJA ont confirmé qu'ils avaient sensibilisé le DGE, plusieurs mois avant les élections, à la tenue de fêtes religieuses juives pendant la période électorale. « J'étais très conscient du défi qui était devant nous », a indiqué M. Birnbaum en entrevue à La Presse.


Parce que dans une circonscription où 42 % des électeurs sont de confession juive (estimation de l'Association libérale de D'Arcy-McGee), il n'était pas difficile d'envisager, selon le député, que le vote par anticipation allait être fort populaire. Il faut dire que lors des élections de 2018, trois des cinq journées prévues pour le vote par anticipation coïncidaient avec la fête juive de Souccot.


Ce qui ne laissait aux juifs pratiquants, contraints au repos et à la prière lors de ces rituels, que deux jours pour voter par anticipation, étant donné qu'ils ne pourraient pas non plus se rendre aux urnes lors du scrutin général du 1er octobre en raison de la fête de Chemini Atseret, la même qui fait couler l'encre à Ottawa.


Une candidate conservatrice de la région de Toronto, de confession juive, s'est adressée à la Cour fédérale pour qu'Élections Canada reporte d'une semaine les élections générales. Mardi, le tribunal a ordonné à l'organisme fédéral de se pencher à nouveau sur la possibilité de modifier la date du scrutin, ce qui provoquerait tout un branle-bas.


Taux de participation à la baisse


Dans une lettre de l'Association libérale de D'Arcy-McGee, adressée au DGE en janvier dernier, la conseillère juridique de l'organisation signale « plusieurs plaintes » formulées par des électeurs libéraux.


Dans sa missive, que La Presse a pu consulter, l'association libérale fait un rapprochement entre la situation vécue et l'effondrement du taux de participation dans D'Arcy-McGee, qui est passé de 72 % en 2014 à 46,56 % en 2018. Il est à noter que le taux de participation aux élections de 2018 a été, à travers la province, le plus bas depuis 2008.




« À la suite de notre évaluation de plusieurs plaintes, nous constatons qu'il y a eu des erreurs commises et des lacunes de planification qui ont potentiellement mené à un affaiblissement du taux de participation dans notre circonscription. »


- Me Meena Khan, conseillère juridique




Elle déplore « l'attente déraisonnable » à laquelle des électeurs ont été soumis et affirme que cela en a découragé beaucoup, qui sont repartis sans avoir voté, notamment au centre communautaire et aquatique de Côte-Saint-Luc, bureau de vote décrit comme l'« épicentre de la communauté juive » de la circonscription.


Pas de changement de date


La célébration de fêtes religieuses juives coïncidant avec des élections est « une situation bien réelle » avec laquelle tant les électeurs que les candidats et les bénévoles impliqués de confession juive doivent composer, estime David Birnbaum, lui-même membre de la communauté juive. Il est d'avis que la tenue d'élections à date fixe doit maintenant faciliter la préparation de celles-ci.


C'est dans ce sens qu'il dit avoir sensibilisé le DGE afin qu'il prenne des mesures additionnelles, comme l'ajout de personnel, pour pallier le fort achalandage estimé lors du vote par anticipation.




« Le principe de base du DGE est de rendre le vote le plus accessible possible à l'intérieur des contraintes [raisonnables]. »


- David Birnbaum, député libéral de D'Arcy-McGee




« Je n'ai jamais proposé un changement de la date électorale », précise-t-il, voulant faire écho au débat actuel.


Le CIJA a confirmé avoir fait des démarches similaires à celles de M. Birnbaum.


Élections Québec a indiqué dans un courriel transmis à La Presse avoir mis en place « du personnel en nombre suffisant » lors du vote par anticipation « ainsi que des mesures adaptées pour assurer la fluidité et le bon déroulement du vote » notamment lors des journées des 21, 22 et 23 septembre 2018 en raison de la célébration de la fête juive.


L'organisme n'a pas été en mesure de confirmer l'existence de plaintes officielles.


Dans sa lettre à l'association libérale, Jean-François Blanchet assure qu'Élections Québec « prendra en considération les problèmes rencontrés [en 2018] dans la préparation des prochaines élections » et « poursuivra [ses] efforts pour faciliter la participation électorale » de la circonscription de D'Arcy-McGee.


La date des célébrations des rituels juifs est établie en fonction du calendrier hébraïque. Les élections générales québécoises de 2014 ne coïncidaient avec aucune fête religieuse juive. Il en sera de même aux prochaines élections de 2022.




Pour un amendement à la loi


L'ex-ministre libéral et ancien député de D'Arcy-McGee Lawrence Bergman a confié à La Presse souhaiter un amendement à la Loi électorale québécoise ainsi qu'à la loi canadienne afin d'éviter la situation dans laquelle se trouve actuellement Élections Canada.


« Il faudrait que la loi soit plus claire, il faudrait apporter des nuances pour préciser, non pas que le DGE peut [changer une date], mais quand le DGE doit le faire, et ce, peu importe la religion », explique-t-il. Il est d'avis que la tenue d'élections à date fixe, tant à Ottawa qu'à Québec, devrait permettre d'éviter des conflits importants.


Lawrence Bergman, qui est membre de la communauté juive, estime également que le vote par anticipation ne doit pas être la seule solution, puisque faire « sortir » le vote lors de ces journées présente aussi son lot de défis.