Encore plus d'hydrolingots

17. Actualité archives 2007

Comme à chaque veille de campagne électorale au Québec, le gouvernement en place presse le pas pour séduire l'électorat, souvent grâce à l'hydro-électricité dont nos politiciens se croient propriétaires. La dernière fois, c'était Bernard Landry qui promettait la lune au géant mondial Alcoa, une entente milliardaire annulée par les libéraux. Aujourd'hui, c'est Jean Charest qui ouvre les vannes. Tant mieux pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, tant pis pour les Hydroquébécois.
Ce sont les dénonciateurs de «l'immobilisme» qui seront contents: grâce à l'argent des contribuables, Alcan agrandira ses installations d'Alma (ou d'Arvida) et construira une usine pilote équipée d'une technologie moderne susceptible d'être exportée. Grâce à ces deux projets qui s'échelonneront sur une dizaine d'années, 740 emplois seront créés auxquels s'ajouteront les postes créés pendant la construction et ceux des PME invitées à fournir des équipements et des services exportables.
Voilà d'ailleurs l'élément le plus intéressant de cette entente: pour chaque usine équipée de la nouvelle technologie dite AP-50 qui sera exportée dans le monde par la suite, Alcan laisse miroiter des retombées potentielles de 500 millions chez les fournisseurs d'équipements et de services du Québec.
Cela dit, il n'y a rien de gratuit en ce bas monde. Pour qu'Alcan accepte d'investir ces 2,1 milliards au Québec, il a fallu que le gouvernement Charest y mette du sien... ou du nôtre. D'abord, un prêt de 400 millions sans intérêt pour trente ans. L'argent prêté étant emprunté par Québec, il faudra ajouter cette somme à la dette publique.
Deuxième concession: une aide fiscale de 110 millions à laquelle se grefferont des crédits d'impôt de recherche et développement dont le montant est inconnu. Troisième élément: la prolongation jusqu'en 2058 du bail qui autorise Alcan à produire elle-même de l'électricité sur la rivière Péribonka. Québec a aussi accepté de rouvrir un autre contrat pour prolonger une entente qui force Hydro-Québec à fournir un bloc de 348 MW de puissance jusqu'en 2045 au tarif de grande puissance indexé selon une formule qui place Alcan à l'abri d'éventuels chocs tarifaires. En d'autres mots, si nos «lucides» parvenaient à convaincre un gouvernement de hausser le prix de l'électricité pour alimenter quelque fonds des générations, les alumineries seraient à l'abri.
Dernière concession, majeure celle-là: Hydro-Québec devra fournir un nouveau bloc de 225 MW d'électricité à tarif préférentiel pour un minimum de 35 ans à partir de 2010. Or, comme le tarif L est inférieur aux coûts de production des kWh d'électricité qui seront produits à l'avenir, on aura compris que nous voilà repartis dans les hydrolingots à forte valeur fiscale ajoutée!
Au total, l'aide publique directe dépassera le demi-milliard. Et en ajoutant le manque à gagner causé par les tarifs d'électricité inférieurs au prix du marché des exportations, on peut déduire que les contribuables du Québec prendront à leur charge annuellement la masse salariale totale des 750 nouveaux employés d'Alcan, voire davantage. Comme disait Confucius: «Faut c'qu'il faut!»
Les gens du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont heureux de ces bonnes nouvelles, on les comprend. D'ailleurs, il faut reconnaître que les concessions faites par le gouvernement Charest risquent d'entraîner quelques retombées intéressantes. De plus, dans le cas où Alcan ne respecterait pas ses engagements, déménagerait son siège social ou ferait l'objet d'une prise de contrôle, l'entente pourrait être annulée.
Mais ce que l'on comprend surtout, c'est que le concurrent Alcoa qui a été frustré à l'arrivée des libéraux, n'a pas mis de temps à réagir. Pourquoi pas un petit bloc de 670 MW comme le gouvernement Landry s'y était engagé à la veille des dernières élections?
Noël s'en vient, à chacun de faire parvenir sa liste de cadeaux à l'adresse suivante: Père Noël, Colline du parlement, Québec-en-mouvement, Ho-Ho-Ho!
j-rsansfacon@ledevoir.com


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