Embellie à l’Est pour Legault

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Hydro vendra au Néo-Brunswickois


Un peu plus et François Legault se permettait une blague de « newfie » dans la capitale de Terre-Neuve !


Rappelons les faits : dimanche, alors qu’il était l’invité spécial à la rencontre des premiers ministres de l’Est, il s’est permis de persifler en disant entre autres que le chef conservateur Ches Crosbie n’était « pas aussi remarquable » que son père, l’ancien ministre John Crosbie, qui vient de rendre l’âme. M. Legault a dû offrir ses excuses.


Le pari de la spontanéité du premier ministre le sert la plupart du temps, mais lui a récemment fait faire quelques faux pas gênants. Il devrait privilégier un ton un peu plus formel. Surtout dans un contexte comme celui d’hier : entouré de chefs de gouvernement généralement méfiants à l’égard du Québec.


Revirement au N.B.


Malgré cette bourde, la mission du premier ministre est un succès. Le gain le plus tangible : le Nouveau-Brunswick (N.B.) accepte désormais de s’approvisionner en électricité québécoise.


Comme le soulignait L’Acadie Nouvelle en éditorial, hier, il s’agit d’un important revirement.


Il y a un an, lors d’un discours sur l’état de sa province, le premier ministre Blaine Higgs avertissait le Québec : s’il voulait vendre de l’électricité au N.B. en plus d’y faire transiter celle qu’il expédiera aux États-Unis, il devait accepter de laisser passer chez lui un oléoduc transportant du pétrole canadien à raffiner au N.B.


Cette condition a été abandonnée par Higgs, puisque Énergie NB non seulement accepte qu’Hydro-Québec supervise la réfection d’une centrale, mais en plus, elle achètera, d’ici 2040, 47 TWh au Québec.


Quel contraste avec l’hostilité quasi québécophobe qu’avait suscitée, en 2010, la tentative d’achat d’Énergie NB par Hydro ! La nécessité de lutter contre les gaz à effet de serre et de réduire les coûts d’une taxe carbone a parfois de bons effets.


« Batterie »


Un même esprit de rapprochement semble avoir marqué la rencontre de M. Legault avec son homologue de Terre-Neuve-et-Labrador (T.-N.-L.), Dwight Ball.


Les deux provinces se querellent depuis des décennies autour de la fameuse entente sur l’achat de l’électricité produite à Churchill Falls. Signée en 1969, expirant en 2041, elle s’est avérée très avantageuse pour le Québec. T.-N.-L. a tenté pendant des décennies de la faire casser.


Mais hier, les deux provinces ont évoqué avec enthousiasme un éventuel nouvel accord par lequel elles pourraient ensemble fournir l’électricité aux Maritimes.


L’ambition de François Legault, faire du Québec la « batterie du Nord-Est américain », semble avoir de l’effet, et même vouloir se matérialiser.


Une note en terminant : il faudrait avoir le courage, dans la prochaine négociation énergétique QC-T.-N.-L. d’aborder aussi la question territoriale. Soit, T.-N.-L. a beaucoup perdu avec l’entente de 1969. Mais le Québec, lui, avait carrément été volé, en 1927, par la décision du conseil privé de Londres sur le Labrador. Avec le temps, il a tacitement accepté les frontières imposées sauf une, celle du sud, tracée artificiellement à partir du 52e parallèle. Ne serait-il pas temps de la clarifier ?