DOSSIER PKP – CHAPITRE PREMIER (1)

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Oui, et puis ?

Au moment où ces lignes sont écrites, Pierre-Karl Péladeau est un candidat pressenti à la direction du Parti Québécois. C’est la première fois qu’un homme d’affaires de cette stature épouse la cause souverainiste. Mais, avant de lui confier les rênes du mouvement souverainiste, il est important de tracer le portrait de cet homme pour le moins controversé. Dans cette première partie du Dossier PKP, nous examinons un segment de son parcours d’homme d’affaires.
Bâtisseur, fin négociateur, visionnaire, tous ces qualificatifs ont été accolés à PKP. Qu’en est-il au juste? Quel jugement poser sur son action comme homme d’affaires? Nous présentons les faits. À chacun de tirer ses propres conclusions.
PKP est à la tête d’un formidable empire médiatique qui est indéniablement un des plus beaux fleurons du Québec Inc. Québecor est présente dans la télédistribution, la téléphonie, l'accès Internet, l'édition de journaux, de magazines et de livres, de même que dans la distribution et la vente d'un large éventail de produits culturels.
L’empire a été édifié par son père, Pierre Péladeau. À la mort du patriarche, les sept enfants Péladeau ont hérité d’une part égale de la fortune paternelle, mais les droits de vote rattachés aux actions de Quebecor ne pouvaient être exercés que par les deux fils aînés, Éric et Pierre-Karl. Rapidement, Éric a cédé la direction de l’entreprise à son frère en invoquant le fait qu’il ne pouvait pas y avoir « deux capitaines à la barre du bateau ».
PKP s’était à joint à l’entreprise familiale du vivant de son père et a joué un rôle important dans de nombreuses transactions, particulièrement celles qui, à une époque, ont fait de Quebecor World la plus importante imprimerie commerciale au monde… jusqu’à sa faillite en 2008.
PKP a également été au cœur de la métamorphose de Quebecor d’entreprise basée sur l’imprimerie en empire dans le domaine des télécommunications. Une mutation qui ne serait pas produite sans l’implication directe de la Caisse de dépôt et placement, le bas de laine des Québécois.
L’empire paternel
L’histoire de l’origine de Quebecor est bien documentée.(1) Dans les années 1950, Pierre Péladeau emprunte 1 500 $ à sa mère pour acheter le Journal de Rosemont. Le père Péladeau a le sens du marketing. Dans le Québec du duplessisme et de la domination de l’Église catholique, il pressent la libération des mœurs des années 1960. Le concours de Miss Rosemont qu’il lance dans les pages de son journal lui permet de doubler le tirage du journal en 5 ans. Au plan commercial, il comprend rapidement l’importance de l’intégration verticale et se dote d’une imprimerie, Imprimerie Hebdo Inc./Hebdo Printing Inc., incorporée en 1954.
Pour alimenter ses presses, il fait l’acquisition d’autres journaux de quartier et de journaux artistiques, qualifiés à l’époque de « journaux jaunes ». L’expression vient du « yellow journalism » pratiqué par les journaux de Hearst et Pulitzer à la fin du XIXe siècle aux États-Unis. Ce type de journalisme se caractérisait par le sensationnalisme et l’exploitation du fait divers. Des journaux comme Nouvelles et Potins et Échos-Vedettes étaient consacrés à des reportages sur les vedettes du monde du spectacle et, plus particulièrement, de la télévision naissante. Alors que la plupart des propriétaires de journaux voyaient dans l’arrivée de la télévision un concurrent, Pierre Péladeau y voit plutôt une complémentarité. C’était la convergence avant que l’expression existe.
Le 3 mai 1964, un lock-out est déclenché au journal La Presse. Il durera 7 mois. Pierre Péladeau n’allait pas rater pareille occasion. Un peu plus d’un mois après le déclenchement du conflit, soit le 15 juin, paraît le premier numéro du Journal de Montréal. La formule est inspirée de la presse populaire britannique, qui repose sur quatre éléments, les quatre S : sexe, sang, sport et spectacles. Son tirage s’établit rapidement à 100 000 exemplaires. C’est un succès incontestable, mais de courte durée. Le tirage s’effondre à 10 000 exemplaires avec la fin du conflit à La Presse. Mais Pierre Péladeau persiste. Il faudra sept ans avant que le journal atteigne son seuil de rentabilité. Au cours de cette période, les profits des « journaux jaunes » compensent les pertes du Journal de Montréal. Pierre Péladeau profitera de deux autres conflits à La Presse en 1971 et en 1977, de même que l’arrêt de la publication de son principal concurrent, leMontréal-Matin, identifié à l’Union Nationale, pour asseoir la rentabilité de son quotidien.
Pierre Péladeau poursuivra l’intégration verticale des activités de son entreprise. Il crée les Messageries Dynamiques pour distribuer ses publications. En 1969, il fait l’acquisition de l’imprimerie Dumont, qui imprimera Le Devoir. En 1987, il complètera cette intégration avec l’acquisition de la papetière Donohue. Cette dernière était elle-même intégrée. Elle possédait une usine de production de pulpe, une usine de sciage et des contrats de coupe de bois. Elle entretenait aussi des relations étroites avec ses principaux clients, tel le New York Times. La transaction se fait avec la complicité du gouvernement du Québec et en association avec le magnat de la presse britannique Robert Maxwell. Le gouvernement du Québec détenait, par l’intermédiaire de la Société générale de financement, 56% des actions de Donohue. Le premier ministre Bourassa souhaitait se départir de cette participation, mais voulait que Donohue demeure sous le contrôle d’intérêts québécois. Péladeau s’assure de détenir 51% des actions de l’entreprise et nomme à la tête de Donohue son conseiller financier, Charles-Albert Poissant, un fédéraliste notoire, membre en règle du Parti libéral du Québec et ami personnel de Robert Bourassa.
L’association avec Robert Maxwell assure à Quebecor une crédibilité sur le plan international. Le magazine Forbes qualifie Quebecor d’« être une des entreprises médiatiques les mieux intégrées au monde ». À partir de ce moment, les banques délièrent les cordons de leur bourse et Quebecor procéda avec frénésie à de nouvelles acquisitions dans le domaine de l’imprimerie. Déjà, en 1985, Quebecor s’était portée acquéreur de la compagnie Pendell Printing du Michigan. En 1988, elle devient propriétaire d’une filiale de BCE, Ronald’s Printing, qui sera à la base de son expansion fulgurante.
(La suite, jeudi)
Julien Brault, Péladeau, Une histoire de vengeance, d’argent et de journaux. Québec Amérique, 2008 et Bernard Bujold, Pierre Péladeau, cet inconnu. Trait d’union, 2003.


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