Débat des chefs : des francophones hors Québec déçus

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Aucun chef ne s'est engagé à revoir la loi sur les langues officielles


Un Franco-Ontarien de Mississauga qui a pu interpeller les chefs lors du débat sur leurs engagements pour donner à tous les francophones du Canada des services adéquats et équivalents à ceux des anglophones s'est dit déçu des réponses qu’il a obtenues.




La question était pourtant claire, a déploré Marc Gravel après le débat en français, jeudi soir : Allez-vous donner les moyens concrets et des outils au commissaire [aux langues officielles] pour qu’il puisse appliquer la loi et que des francophones partout au Canada puissent en profiter?


M. Gravel se réjouit de l'engagement de la plupart des chefs à moderniser la Loi sur les langues officielles, mais il dénonce leurs propositions vagues quant aux services en français.



Je suis un peu déçu, la réponse était très générale, il n’y avait pas d’engagements précis.


Marc Gravel, Franco-Ontarien de Mississauga


J’aurais aimé ça qu’on me dise : “Oui, on va donner [au commissaire] des outils pour faire appliquer la loi, pour obliger les sociétés de la Couronne, pour les différents ministères, de donner des services qu'ils doivent donner”. Là, c’est encore des voeux pieux comme les recommandations aux langues officielles, mais il n’y a personne qui oblige leur application.





Seule la cheffe du Parti vert du Canada, Elizabeth May, a avancé des propositions claires. Ce qui est très important, c’est de donner au commissaire des langues officielles le pouvoir de punir, plus de pouvoir pour exiger que toutes les agences dans le domaine fédéral présentent des services adéquats et égaux pour les deux langues officielles dans la première année de mon mandat, a expliqué Mme May.



Mme May a donné des moyens coercitifs, mais les autres ont été très vagues.


Marc Gravel, Franco-Ontarien de Mississauga


De son côté, le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Jean Johnson, est fier que le sujet des communautés francophones ait été abordé lors du débat et que cinq des six chefs se soient engagés à moderniser la Loi sur les langues officielles.


C’est un bon coup. C’est, à notre avis, la première fois dans l’histoire du débat des chefs au Canada que nous parlons des communautés francophones. [...] mais nous comptons sur M. Trudeau et M. Scheer de nous dire exactement comment ils vont faire cette modernisation, a-t-il mentionné à l'émission Les matins d'ici.



Il faut arrêter de dire : "Plus de pouvoir au commissaire aux langues officielles". C’est de la répétition de ce que nous avons fait pendant 50 ans, il est temps d’évoluer.


Jean Johnson, président de la FCFA


Toutefois, le président de la FCFA n’a pas été rassuré par les chefs sur la question de modernisation de la Loi sur les langues officielles.



Si les politiciens n’ont pas le courage de dire publiquement de quelle façon nous allons moderniser la loi, nous devons nous attendre à quoi post-élection? s’est questionné Jean Johnson. C’est une inquiétude sur le contenu, parce que si nous faisons des changements qui ne sont que superficiels, cela veut dire que nous n’avons fait aucun gain depuis 50 ans et que le gouvernement canadien n’a toujours pas le courage de ses convictions.


Le bilinguisme canadien ne se réalisera pas sans qu’il y ait un gouvernement, avec les partis d'oppositions comme partenaires, tous engagés à vraiment faire une différence. C’est ça que nous avons besoin, a-t-il conclu.


Les coupes de Doug Ford


Un Torontois qui a assisté au débat lors d’un rassemblement organisé par Radio-Canada Toronto a salué le fait que les services en français ont été évoqués lors du débat, alors que l’Ontario français a subi des coupes majeures dans ses services.


J’ai aimé que ce soit dans le débat. Spécialement comme une réponse à ce que Doug Ford a fait. C’est un thème important pour moi, pas personnellement, parce que je suis anglophone de naissance, mais pour tout le monde que je connais. Je sais que leur lutte est très importante et je les appuie, a expliqué Mitchell Au.


Jagmeet Singh, Elizabeth May, Maxime Bernier, Justin Trudeau, Andrew Scheer et Yves-François Blanchet entourent l'animateur Patrice Roy.

Jagmeet Singh, Elizabeth May, Maxime Bernier, Justin Trudeau, Andrew Scheer et Yves-François Blanchet ont croisé le fer une dernière fois jeudi soir à Ottawa.


Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick




Le chef libéral Justin Trudeau n’a d’ailleurs pas manqué de lancer une flèche à la famille conservatrice en fustigeant le premier ministre ontarien pour ses coupes dans les services en français.


Vous vous souviendrez comme moi longtemps de ce que M. Ford a fait quand il est venu au pouvoir, de couper dans les services aux francophones [...]. Mais c’est ça que font les conservateurs. Nous, on a su défendre les communautés francophones en Ontario et à travers le pays et on va continuer de le faire, a-t-il déclaré.



Malgré leurs divergences politiques, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, et le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, ont tous deux affirmé leur intention de moderniser la Loi sur les langues officielles, tout en soulignant leur amour pour la langue française.


De son côté, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a affirmé que les francophones hors Québec devraient jouir de la même qualité de services que les anglophones au Québec. Le commissaire aux langues officielles, pour bien faire son travail, doit ramener la notion de réciprocité, a-t-il indiqué.


Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, a pour sa part promis d’investir dans les services en français. Le fédéral devrait réinvestir dans ces champs de compétence. Et c’est ce qu’on va faire dans les langues officielles. [...] Nous, notre politique, c’est de respecter la Constitution canadienne et ne pas s’ingérer dans les champs de compétences provinciales, a-t-il ajouté.