ÉDITORIAL

Crise du système de paye Phénix: la part libérale

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L'incompétence fédérale, tous partis confondus

Le gouvernement Trudeau a raison de blâmer les conservateurs pour la mauvaise conception du système de paye Phénix, source de casse-têtes financiers pour environ 150 000 fonctionnaires. Les libéraux, qui ont mis ce système en service, ont toutefois traîné à mesurer l’ampleur des problèmes et à les contenir. Il aurait pu en être autrement.



En février 2016, 34 ministères et organismes fédéraux cessaient de gérer eux-mêmes la paye de leurs employés. Un nouveau système informatique, le fameux Phénix, et un centre de traitement centralisé à Miramichi prenaient le relais. Malgré des problèmes à la chaîne et les avertissements des syndicats, le gouvernement Trudeau a donné le feu vert à la seconde phase du projet. En avril 2016, 67 autres ministères et organismes se joignaient au système Phénix.



Des 300 000 fonctionnaires visés, environ la moitié aujourd’hui ont des ennuis. La somme des erreurs de paye dépasserait 520 millions de dollars, écrit le vérificateur général Michael Ferguson dans un rapport rendu public mardi et portant exclusivement sur la gestion de la crise par le gouvernement actuel.



La ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Carla Qualtrough, a fini par reconnaître mardi qu’il a fallu un certain temps avant que son ministère mesure l’ampleur du problème et que cela aurait « peut-être dû » arriver plus tôt. Voilà exactement ce que dit M. Ferguson. Il ne reproche pas au gouvernement d’être resté les bras croisés, mais d’avoir trop attendu avant de se doter d’un plan d’action vers une solution durable. « Il a fallu environ un an au ministère pour mieux comprendre l’ensemble des problèmes », écrit-il.



Pas étonnant. Au départ, le ministère ne faisait même pas le suivi des erreurs relevées ! « Le ministère nous a fait savoir que les causes et les sources des erreurs variaient tellement qu’on ne pouvait pas raisonnablement s’attendre à ce qu’il en fasse le suivi et les évalue », lit-on dans le rapport, mais les ministères « ont besoin de ces informations afin de déterminer les mesures qui s’imposent pour répondre aux problèmes ».



Ce n’est qu’en juillet 2016 que le ministère a reconnu que 82 000 fonctionnaires avaient de sérieux problèmes de paye, mais il affirmait pouvoir régler ceux-ci en dedans de trois mois. Un an plus tard, 5000 d’entre eux attendaient toujours une solution. En fait, au-delà de 494 500 demandes de correction étaient en attente à la fin de juin, un chiffre qui ne tient même pas compte de dizaines de milliers de cas que le gouvernement ne comptabilise pas.



Par la suite, le gouvernement a annoncé des mesures pour tenter de colmater les brèches (bureaux satellites, embauche de personnel, formation, etc.), mais ce n’est qu’au printemps dernier qu’il a commencé à mettre en place une structure capable d’élaborer un plan pour stabiliser le système et trouver des solutions à long terme. Ce second volet est toujours en élaboration et on ignore quand il sera prêt.



Mettre Phénix au rancart ne serait pas une solution, dit Michael Ferguson, car les créateurs d’un nouveau système seraient confrontés à la même complexité qui a lesté Phénix. Redresser le navire prendra cependant des années et coûtera beaucoup plus que les 540 millions déjà prévus, a-t-il averti.



Il cite l’expérience du ministère de la Santé de la province australienne du Queensland qui a adopté une version réduite de Phénix en 2010. Après presque huit ans et 1,2 milliard en dépenses, les corrections continuent. Pourtant, ce ministère a mis en place une structure de gouvernance et un plan à long terme exhaustif quatre mois seulement après l’apparition des problèmes.



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