Couillard refuse d'exiger que Taillefer se départisse de ses médias

00be973d2e8b7d4812651381775eda89

Couillard soudainement beaucoup plus compréhensif envers les propriétaires de médias qui se lancent en politique


Contrairement à ce qu’il a déjà exigé de Pierre Karl Péladeau, Philippe Couillard refuse de demander à son nouveau président de campagne, Alexandre Taillefer, de choisir entre la politique et la propriété de son entreprise de presse.


Interrogé à savoir si M. Taillefer devrait se départir des médias dont il est propriétaire, soit le magazine L’Actualité et le mensuel culturel Voir, «vous lui demanderez», a d’abord rétorqué M. Couillard, à l’entrée du caucus libéral, jeudi matin.


Devant l’insistance de la presse parlementaire, le chef libéral a fermé la porte à cette éventualité.


«Non, a tranché le premier ministre. C’est un président de campagne, ce n’est pas un candidat à un poste électif. Dans le passé, les présidents de campagne ne se sont pas départis de leurs intérêts.»


La politique ou les affaires


Faisant vraisemblablement référence à Pierre Karl Péladeau, M. Couillard a souligné que M. Taillefer n’est pas le seul «dirigeant de presse» dans le paysage politique québécois.


Rappelons que M. Couillard s'était fait plus exigeant envers M. Péladeau, lorsque ce dernier avait fait son entrée en politique, au printemps 2014.


«Il veut faire de la politique ou des affaires? Si c'est la politique, à cause de la nature de la business, qui est l'information libre et indépendante, M. Péladeau doit se départir de ses actions», avait déclaré le chef libéral à l’époque.


«On fait de la politique ou on est patron de presse», avait aussi plaidé, au cours de la même année, Jean-François Lisée, qui a depuis succédé à M. Péladeau à la chefferie du Parti québécois.


Lobbyiste et président de campagne


Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec s’entendent pour dire qu’il faudrait que M. Taillefer soit candidat pour que les règles du commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale s’appliquent.


«Il n’a pas mis encore sa face sur un poteau, la question n’existe pas. [...] Il peut être propriétaire d’une entreprise de presse (et faire de la politique), il y a des règles du commissaire à l’éthique là-dessus», a indiqué la députée péquiste Agnès Maltais.


Le PQ questionne toutefois sur la façon dont répondra le gouvernement Couillard aux demandes de M. Taillefer, qui est actuellement inscrit au registre des lobbyistes pour ses entreprises, XPND Capital et Taxelco, qui exploite Téo Taxi.


Influencer le vote


Même si M. Taillefer n’a pas les mêmes obligations qu’un élu, la députée caquiste Nathalie Roy fait un parallèle avec les inquiétudes soulevées dans le cas de M. Péladeau.


«Va-t-il tenter d’utiliser ses médias pour influencer le vote? La question se pose. [...] Va-t-il utiliser l’Actualité pour faire la promotion du Parti libéral du Québec», a soulevé Mme Roy, lors d’une mêlée de presse.


«M. Taillefer va devoir répondre à des questions sur les liens entre ses activités corporatives puis ses activités politiques. Ça se posait pour M. Péladeau. Ça se pose aujourd’hui pour Alexandre Taillefer», a indiqué de son côté le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.


«Comment va-t-il créer un mur entre ses activités médiatiques et ses activités politiques. C’est un principe fondamental de notre démocratie. Je ne suis pas plus inquiet que je l’étais quand Pierre Karl Péladeau s’est lancé en politique», a ajouté M. Nadeau-Dubois.