Ce 16 décembre 1773, jour où tout a réellement commencé !

Chronique de Marie-Hélène Morot-Sir

Les treize colonies de Nouvelle Angleterre, situées le long de l'Atlantique, commençaient à être sérieusement exaspérées !
La Nouvelle France était tombée entre des mains anglaises! A présent, il s’agit alors pour les Anglais d’y maintenir à tout prix la paix, afin d’empêcher toute opposition naissante parmi les habitants, composés de Français, soit originaires de France et arrivés récemment, soit nés sur le sol de la colonie, tous parlant leur langue française, c’est-à-dire pas loin de soixante et dix mille âmes.
Les autorités anglaises espèrent que cette population s’agrandira rapidement avec une arrivée massive de colons anglais, attirés par le commerce et l’agriculture. Cela leur permettrait de contrebalancer aisément la petite population francophone… et pourquoi pas , par la suite, la population anglophone ne serait-elle pas supérieure dans des délais rapides ? Les premiers anglophones sur le sol de la Nouvelle France, sont à peine évalués à six cents, mais ils réclament par de violentes pétitions, que seules les lois anglaises soient utilisées, et qu’il n’existe qu’une seule Assemblée où seuls, eux le anglophones, eux les anciens sujets, aient le droit d’être élus !
A cause du serment du test anglais qui ne permettait pas aux catholiques de briguer des postes dans l’administration anglo saxonne, ce qui aurait été un reniement de leur foi, le mécontentement commençait nettement à se faire sentir chez tous les francophones.
Pendant qu’ils subissent tous ces changements blessants et regrettables, les treize colonies de la Nouvelle Angleterre subissent elles aussi des changements majeurs.
En effet la guerre de sept ans, appelée « French and Indian’s war » opposant la Grande Bretagne à la France et à l’Espagne, avait vidé terriblement les caisses de la couronne britannique, et cela d’autant plus qu’elle avait mis tous les moyens financiers possibles le premier ministre William Pitt ayant juré de s’emparer une bonne fois pour toutes de la Nouvelle France… Puisque les Anglais n’y étaient jamais parvenus par terre, ils le feraient par mer et il fit construire dans ce but, avec des moyens énormes, une importante flotte, peu importe ce que cela coûta aux caisses britanniques !.
La Nouvelle France tomba en effet, mais l’Angleterre se retrouva au plus bas financièrement. C’est ainsi que Londres décida de faire supporter une partie des frais, aux colons de ses colonies d’Amérique du Nord, celles de Nouvelle Angleterre située sur la côte Est, le long de l’Atlantique.
Le Parlement de Londres va donc imposer de nouvelles taxes commerciales en votant toute une série de lois qui s’échelonneront…
En 1765 le Stamp Act, puis en 1767 les Townshend Acts ce qui entraîne immédiatement la colère des colons anglo saxons. Ils refusent tout net de payer. Avoir de nouvelles taxes sans pouvoir être représentés au Parlement de Londres est pour eux insupportable, totalement inadmissible même, et ils affirment haut et fort : “ No taxation without representation ! ” puisqu’un territoire non représenté ne pouvait être taxé.
Dans le même temps, le gouvernement anglais empêche les treize colonies de s’étendre au-delà des Appalaches, afin d’éviter d’autres conflits avec les Amérindiens, et interdit en même temps, de vendre les produits locaux, à d’autres pays que l’Angleterre. L’Angleterre craignait, si les colonies vendaient à leur seul profit, qu’elles ne s’enrichissent trop sans que rien ne lui revienne, la politique anglaise envers ses colonies reposant principalement sur le mercantilisme, le rendement et le profit. Un contentieux économique existait, les colons étaient empêchés de faire du trafic car cela n’était réservé qu’aux navires anglais.
Un bureau de douane est installé à Boston, une taxe sur les importations de thé ainsi que sur d’autres produits sont sévèrement taxés, ces taxes sont faramineuses. A la suite de cela de grandes manifestations et de grands affrontements vont avoir lieu dans les rues de la ville. Les protestataires sont nombreux, et le thé est immédiatement boycotté.
Cela entraîna des baisses des ventes d’une manière terriblement drastique. John Hancock est l’un des protestataires, on lui saisit même son propre bateau en représailles, il est parmi les instigateurs de ce boycott du thé en provenance de Chine, amené par la Compagnie anglaise des Indes Orientales. Cette compagnie verra ses importations invendues et ses stocks s’empiler, elle se débattra par la suite dans d’importantes dettes en 1773.
Les colons vont alors manifester partout, et avec virulence leur exaspération, en Virginie, le député Patrick Henry appelle à la désobéissance civile, tous multiplient les actes de provocation, ils installent des « mâts de la liberté » surmontés de masques grossiers, afin de démontrer l’autoritarisme borné de Londres, ils s’en prennent aux percepteurs d’impôts en les suspendant en hauts des mâts ou en les recouvrant de goudron et de plumes…
Londres, malgré tout, se voit obligée de marquer devant ce mécontentement un net recul en annulant le Stamp Act, mais cela ne l’empêche pas de remettre en 1768 de nouvelles taxes et de nouvelles lois sur toutes les importations nécessaires et vitales pour les colons.
Alors le 5 mars 1770, lors d’une manifestation, a lieu le « bloody massacre ». L’armée britannique fonce avec une grande violence sur la foule, tire sur les manifestants, les chargeant même la baïonnette, il y aura cinq morts et de nombreux blessés, ce qui entraînera cette fois un immense ressentiment contre Londres.
A la suite de cela, les colons s’organisent sérieusement, ils décident lors de l’Assemblée du Massachusetts de rédiger un cahier de doléances pour le roi, mais à sa réception le roi Georges III rejette cette demande, légitimement faite, d’une plus grande autonomie, et déclare les colonies britanniques en état de Rébellion ! Il n’y a plus qu’à réunir les armes c’est ce à quoi ils vont désormais s’employer.
Les affrontements de Boston du 5 mars 1770 annoncent bien réellement la prochaine révolte, et même une véritable révolution conduisant à la séparation des treize colonies. Ce vent de révolte qui avait commencé à souffler au-dessus des colonies anglaises, n’était pas prêt de cesser !
Le temps passe rien ne semble s’arranger au cours des mois ainsi le 16 décembre 1773, un groupe de colons de Boston, se déguisent en Odinossonis (Iroquois) de la tribu des Annierronnons ( Mohawks) choisis, fort justement, parce que les puritains anglo saxons en avaient une terreur affreuse, dès qu’ils les voyaient fondre sur leurs bourgades, avec leurs terribles peintures de guerre et leurs non moins épouvantables hurlements. Cela les glaçait d’effroi, sachant trop bien ce qui les attendrait s’ils étaient faits prisonniers, le moindre mal étant, en fin de compte, d’être tués sur place au cours du combat ! Grimés ainsi, ils envahissent un navire de la Compagnie des Indes, qui venait tout juste d’entrer dans le port, ouvrent sans bruit les tonneaux remplis de thé, jettent 342 caisses de thé par-dessus bord, et referment soigneusement les tonneaux vides.
La Gazette de Québec rapportera les faits sous ce titre :

“ La populace de Boston jette à la mer une cargaison de thé, pour protester contre une nouvelle taxe ”

Mais, en représailles, le port de Boston est fermé immédiatement afin de ruiner toute la ville
La rupture avec la métropole anglaise va se produire définitivement lors de la réunion des représentants des colonies, au congrès de Philadelphie en 1774. Les colons décident alors, très nettement de quel côté ils veulent être.
Les colons rebelles se retrouvèrent un pourcentage conséquent, d’environ 40 à 45% ” ils se désignèrent sous le terme de “ fils de la liberté ” ou patriotes, et ils se préparèrent à prendre les armes, tandis que les Anglais les appelèrent “ Insurgents »
Ceux parmi les colons britanniques qui rejetèrent et s’opposèrent à l’indépendance et à la scission avec Londres, furent appelés “ loyalistes ” parce qu’ils avaient voulu rester fidèles et « loyaux » à l’égard de l’Angleterre. Ils n’étaient cependant qu’un petit pourcentage, environ à peine 15 à 20% Ces colons loyalistes se tournèrent vers l’empire britannique et allèrent prêter main forte aux soldats anglais contre les Insurgés. C’est pourquoi, en conclusion, les historiens anglais purent affirmer que la guerre d’indépendance américaine fut une guerre civile entre loyalistes et patriotes... Et non pas une révolution contre Londres, ce que c’était pourtant, sans aucune ambiguïté !
Les Insurgés estimaient qu’ils avaient le droit et le devoir de se révolter.
Depuis 1775 alors que la guerre d’indépendance fait déjà rage, Thomas Paine, pamphlétaire et révolutionnaire, prend parti pour les Insurgés, dans son “ Sens Commun ”. C’est un long plaidoyer pour la rupture avec la Grande Bretagne dans lequel les arguments sont particulièrement convaincants :
“ N’est-il pas ridicule qu’une aussi petit île règne sur tout un continent ? ” affirme-t-il, puis il ajoute “ Rester anglais entraînerait les mêmes guerres européennes ce qui serait très mauvais pour le commerce ”, ou d’autres arguments encore : “ La Société représente tout ce qui est bon pour elle-même, le gouvernement tout ce qui est mauvais ! ”
George Washington aurait, paraît-il, lu le “ Sens commun ” il aurait été fortement conforté par Paine et s’en serait inspiré.
Le ministère anglais ne prenait pas cette révolte au sérieux, il ne pensait pas avoir à faire à une résistance importante, mais les colonies prirent pourtant une décision capitale, à laquelle personne n’avait pensé au commencement du conflit.
Dès juin 1776 la Virginie se dota d’une déclaration des Droits de l’Homme, puis cinq représentants furent chargés de préparer l’ébauche de la déclaration d’indépendance, dont John Adams, Benjamin Franklin, mais elle sera rédigée au final par Thomas Jefferson. Ce texte sera largement influencé par la philosophie des Lumières, influencé également par la Confédération des Cinq Nations Odinossonis (devenu, depuis quelques années, avec le retour de la colonie de Caroline, de leurs parents, les Tuscaroras, les Six Nations), ces nations étaient organisées autour d’une Constitution « la grande loi de l’unité » appelée Gayanashagowa.
Thomas Jefferson rendra hommage aux Amérindiens par cette phrase remplie d’admiration : « Je suis convaincu que les sociétés indiennes vivant sans gouvernement ont un degré de bonheur bien supérieur à ceux qui en ont ! »
Le texte* fut approuvé le 4 juillet 1776 au congrès de Philadelphie. Il signera la rupture définitive des treize colonies avec l’Angleterre.
Cette proclamation d’Indépendance des treize colonies anglaises fit officiellement sécession avec le Royaume Uni d’Angleterre, et conduisit à une véritable Confédération dans laquelle chaque état conserve sa liberté politique et religieuse et surtout… Rompt irrévocablement et totalement avec l’Angleterre.

L'Angleterre avait enfin mis la main sur cette Nouvelle France qu’elle observait depuis si longtemps, mais à cause de cela, elle perdit en contre coup toutes ses colonies de Nouvelle Angleterre.
*« Lorsque dans le cours des évènements humains, il devient nécessaire pour un peuple de dissoudre les liens politiques qui l'ont attaché à un autre et de prendre, parmi les puissances de la Terre, la place séparée et égale à laquelle les lois de la nature et du Dieu de la nature lui donnent droit, le respect dû à l'opinion de l'humanité oblige à déclarer les causes qui le déterminent à la séparation.
Nous tenons ces vérités comme allant d'elles-mêmes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. La prudence enseigne, à la vérité, que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l'expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu'à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés. Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future. Telle a été la patience de ces Colonies, et telle est aujourd'hui la nécessité qui les force à changer leurs anciens systèmes de gouvernement. L'histoire du roi actuel de Grande-Bretagne est l'histoire d'une série d'injustices et d'usurpations répétées, qui toutes avaient pour but direct l'établissement d'une tyrannie absolue sur ces États. Pour le prouver, soumettons les faits au monde impartial :
Il a refusé sa sanction aux lois les plus salutaires et les plus nécessaires au bien public. Il a défendu à ses gouverneurs de consentir à des lois d'une importance immédiate et urgente, à moins que leur mise en vigueur ne fût suspendue jusqu'à l'obtention de sa sanction, et des lois ainsi suspendues, il a absolument négligé d'y donner attention.
Il a refusé de sanctionner d'autres lois pour l'organisation de grands districts, à moins que le peuple de ces districts n'abandonnât le droit d'être représenté dans la législature, droit inestimable pour un peuple, qui n'est redoutable qu'aux tyrans.
Il a convoqué des Assemblées législatives dans des lieux inusités, incommodes et éloignés des dépôts de leurs registres publics, dans la seule vue d'obtenir d'elles, par la fatigue, leur adhésion à ses mesures. À diverses reprises, il a dissous des Chambres de représentants parce qu'elles s'opposaient avec une mâle fermeté à ses empiètements sur les droits du peuple. Après ces dissolutions, il a refusé pendant longtemps de faire élire d'autres Chambres de représentants, et le pouvoir législatif, qui n'est pas susceptible d'anéantissement, est ainsi retourné au peuple tout entier pour être exercé par lui, l'État restant, dans l'intervalle, exposé à tous les dangers d'invasions du dehors et de convulsions au-dedans.

Featured 9f80857c4f8cb8374a10579d275de8ea

Marie-Hélène Morot-Sir130 articles

  • 250 383

Auteur de livres historiques : 1608-2008 Quatre cents hivers, autant d’étés ; Le lys, la rose et la feuille d’érable ; Au cœur de la Nouvelle France - tome I - De Champlain à la grand paix de Montréal ; Au cœur de la Nouvelle France - tome II - Des bords du Saint Laurent au golfe du Mexique ; Au cœur de la Nouvelle France - tome III - Les Amérindiens, ce peuple libre autrefois, qu'est-il devenu? ; Le Canada de A à Z au temps de la Nouvelle France ; De lettres en lettres, année 1912 ; De lettres en lettres, année 1925 ; Un vent étranger souffla sur le Nistakinan août 2018.





Laissez un commentaire



6 commentaires

  • Michel Pagé Répondre

    20 décembre 2011

    À : Madame Marie-Hélène Morot-Sir,
    Merci, terriblement merci. Plus que tout le temps pris à la rédaction de ces précisions et de votre texte traduit une générosité d’âme que je salue…

    J’ai eu froid; j’ai eu faim; j’ai souffert, blessé des affres du passé. J’ai souffert avec eux de la ville de Québec et des alentours, car la compassion relève d’une solidarité spontanée que la cohésion d’un peuple avec son histoire permet de transcender en quelque chose de positif, parce que le courage et la résilience dont ils firent preuve héroïquement a valeur de leçon …
    Permettez-moi d’abuser et de continuer de manière un peu particulière …
    La société - québécoise des dernières années- a été trop en chamaille avec elle-même, depuis trop longtemps: anglicisation de Montréal par le MIIC, combat de valeurs traditionnelles par une certaine forme de laïcisme intolérant ou de nihiliste cynique, sophisme politique, système d'enseignement en français truffé de trous, non-tranmission de valeurs séculaires issues d'une forme de culture religieuse traditionnelle, non-enseignement de l'histoire pour tous dans les cégeps: la mémoire collective qui s'effrite; chamailles disgracieuses et infantiles sur tout et rien de la famille souverainiste...
    Un peuple qui n'a pas la conscience de transmettre ses valeurs est un peuple perdu, qui a perdu le Nord, littéralement!
    Nous sommes nos pires ennemis, des scorpions associés. L'enfer, ce n'est pas les autres, mais nous-mêmes...
    Ce climat morose me donne froid, et j’ai froid de solitudes
    J’en viens à envier les défaits de 1759, de cet hiver de 1759/1760 enfermés dans Québec et dont l’historienne évoque des conditions plus que pénibles, meurtrières…
    Abattus, mais non vaincus ils passèrent l’hiver, et reprirent les travaux …
    …Et je me demande, s’ils n’étaient pas, dans ce Québec en ruine, plus forts d’une cohésion qui nous fait maintenant défaut…( référence à http://www.vigile.net/Resilience-et-conscience-nationale ) -; alors que maintenant fonctionnaires mous préférant se référer au nihilisme – il faudrait s’effacer par craindre d’indisposer les nouveaux arrivants musulmans ou susciter des accommodations irraisonnables qui viendront de toute manière, car…,- rejet de traditions séculaires sous le prétexte d’un laïcisme normatif lâche, pour éviter de répondre de critiques faciles et d’accommodements irraisonnables que des journalistes reprendront comme des scoops dont tirer salaires et polémiques discordants …, banlieusards gueulards assis devant la TV ou un ordinateur ( à taper à l’ordinateur un message sous Vigile) au lieu d’agir de manière constructive .,, D’agir : aider son voisin, ses concitoyens, s’indigner d’injustices, renouer avec la nature froide et austère du pays…, exiger énergiquement que les gouvernements fassent preuve de bonne gouvernance, ne point se demander ce que l’État providence pourrait faire, mais bien ce qu’eux pourraient faire pour le pays et les citoyens et la transmission des valeurs fondamentales, de la langue identitaire, des traditions identitaires ...
    Je me demande s’il ne fait pas plus froid et plus sombre maintenant qu’alors.. Puisqu’à alors, réunis, ils firent preuve de résilience héroïque. Alors ils pouvaient compter sur une Marquerite Bourgeois, les sœurs Grises, les Ursulines, les Récollets, les … des communautés religieuses qui aidaient et entretenaient d’espoir, de compassion et de fraternité ……

    Que furent les fêtes de Noël en cet hiver 1759-1960? As t-on célébré après la messe de minuit? Fût-elle même autorisée? Le rassemblement communautaire et fraternel n’aura t-il pas aidé à surmonter, par encouragements mutuels, les dures épreuves, à faire renaître des espoirs? As t-on eu moins froid? As t-on partagé le pain et quelques morceaux de gibier? Ces grandes souffrances endurées ne susciteraient-elles pas, pour les descendants, dans les siècles et les siècles, un respect profond d’où puiser, mieux que dans quelque combat victorieux sur un champs de bataille à armées inégales en nombre et en armements, le courage de conférer un respect des traditions, de la culture religieuse, et de la langue identitaire de ce peuple canadien-français
    Et ce formidable exemple de résilience ne serait-il pas la source d’une invitation forte aux nouveaux arrivants de s’intégrer à la langue et à la culture canadienne-française, à se joindre avec cohésion à un peuple déterminé, ayant foi en son avenir, sur la base même de la grandeur d’âme des générations précédentes?
    Nous sommes à une époque de notre vie –de la société québécoise- où il nous faut retrouver l’équilibre entre les qualités et les vertus d’un passé et le mal de tout « redéfinir » de tout reconstruire sur la « tabula rasa ». Craindre la perte de l’identité fondatrice d’une spécificité originale est déjà faire les premiers pas vers la Sagesse!
    Et de cela, au-delà de cela, je voudrais au tournant des Fêtes passer à la rédaction d’un autre sujet : l’usage que fit le régime anglais puis le Canada-anglais de l’immigration pour assimiler le canadien-français et l’Indien…
    Mes vœux…
    MP, Montréal

    _________________________________
    Addenda
    Notes particulières sur la tradition de la célébration de Noël :
    peinture
    E.-J. Massicotte, Le retour de la messe de minuit, 1919.
    Bien entendu, Noël était fêté dans les campagnes canadiennes-françaises depuis les temps « héroïques » de la Nouvelle-France. Au début du XIXe siècle, la fin de novembre donne le coup d’envoi du temps de l’avent, une période d’attente et de préparation spirituelle à la venue du Christ. Ces quatre semaines, appelées petit carême, favorisent la pénitence et se terminent avec la fête du baptême de Jésus, le 13 janvier (quoique plusieurs paroisses conservent leur crèche jusqu’au 2 février, fête de la présentation de Jésus au temple et de la purification de Marie). Le Noël chrétien tourne autour de la messe de minuit et du réveillon. Les Canadiens français n’échangent pas de présents, pas plus qu’ils n’envoient de cartes ou ne mangent de la dinde ou du plum pudding. Noël représente davantage pour eux un temps solennel, fait de recueillement et de prières, mais aussi d’agapes familiales, pendant lequel ils célèbrent la naissance du Christ.
    Retour à un Noël plus « authentique »?

    Le réveillon de Noël à la campagne (détail), 1881. © Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
    Depuis un siècle, on n’en finit pas de recenser des dénonciations du caractère trop commercial de Noël. Cette célébration est pourtant exploitée par les marchands et les commerçants depuis le XIXe siècle. La nostalgie d'un Noël plus authentique est contemporaine à son rayonnement actuel. Aujourd’hui, l’univers du temps des Fêtes est assez bien établi et les légères variantes d’une année à l’autre se font sur un même thème. La valse des présents, la décoration des maisons ou le repas en famille font partie des obligations sociales auxquelles on doit se plier pour être heureux. Ne pas échanger de cadeaux ou réveillonner seul est communément jugé comme un geste provocateur ou une malédiction. Nous avons donc, avec Noël, un patrimoine québécois pour le moins original, qui ne fait pas du neuf avec du vieux, mais au contraire, pour ainsi dire, du vieux avec du neuf.

    Réf. Site d’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française

  • Marie-Hélène Morot-Sir Répondre

    18 décembre 2011


    merci infiniment pour vos commentaires...
    @ Michel, Tout ce qui a eu lieu durant l’été 1759 et durant le terrible hiver 59/60 a été on ne peut plus épouvantable à vivre pour les habitants de la Nouvelle France. Les Anglais avaient envoyé des escadres le long de la rive sud du fleuve, ils ont détruit près de 1000 fermes, brûlé les récoltes, en violant les femmes jetant les enfants dans les flammes des maisons auxquelles ils avaient mis le feu.. c’était d’autant plus facile que tous les hommes valides étaient partis défendre Québec... les carnets de Géo Scott racontent malheureusement très bien tout ce qui a été fait de sordide, un peu comme le journal de John Winslow raconte de quelle façon, ce capitaine anglais exécutait les ordres pour embarquer les Acadiens, en les entassant comme du bétail sur leurs bateaux, afin de les déporter !.. Après le long bombardement Québec était en cendres, les Anglais avec James Murray à leur tête investirent la ville mais ils étaient aussi démunis que les habitants eux-mêmes, la nourriture manquait au milieu des ruines des maisons, , ces soldats britanniques dormaient souvent sous des tentes ou s’entassaient dans des baraquements , ils cherchaient tous à manger, certains volaient et violaient pour cela, même s’ils risquaient d’être sévèrement punis.. Leur occupation principale était d’aller chercher du bois pour se chauffer , Murray essaya de gérer au mieux.. mais des centaines de soldats ou d’habitants mouraient ou étaient malades, les rares médecins ne savaient pas encore à cette époque, les risques encourus par une eau polluée ou encore ne savait pas qu’il fallait mettre en quarantaine ceux qui étaient contagieux..Les soldats anglais s’ emmitouflaient comme ils pouvaient dans des vêtements de fortune pour se protéger du froid, à tel point que les sœurs ursulines tricotèrent des chaussettes aux Écossais qui leur avaient apporté du bois...Les anglais avaient proposé de payer en monnaie d’or l’achat de nourriture, mais il n’y en avait nulle part , à la fin ils mangèrent leurs propres chevaux. Ils ont littéralement gelé de froid .. Les effectifs britanniques baisseront de moitié ! Pourtant ils continuent leurs opérations de harcèlement contre les canadiens et les Français, ils détruisent le 26 février 1759 les résidences entre les rivières Chaudière et Etchemin , destruction également des camps avancés du lac Calvaire le 19 mars, mais les Franco Canadiens se défendent fort bien puisque plus d‘une centaine de soldats anglais doivent être ramenés en traîne à Québec !
    La population de Québec est, quant à elle, au bout de ces quelques mois d’hiver, affaiblie et complètement démoralisée.
    L’attaque des Rogers' Rangers en octobre 1759 sur le village de Saint François a marqué les esprits mais aussi ceux des Abénaquis.. Ce sera par des actions de cette sorte que les Anglais petit à petit réussiront à mettre des bâtons dans les roues de cette grande Alliance qui unissait tant les Amérindiens et les Français. Les habitants de la côte Sud avaient subi la plus terrible des horreurs , l’hiver arrivant il leur fallut au plus vite reconstruire au moins une cabane, encore heureux que le bois ne manquait pas aux alentours.. Cependant il n’y avait plus rien à manger, toutes les provisions pour l’hiver avaient disparu dans les flammes. Ceux sans abri moururent des suites de cet hiver glacial. Certains passèrent l’hiver dans le caveau qui leur servait précédemment pour les légumes.
    Murray avait imposé des restrictions drastiques, mais Joseph Nadeau, un capitaine de milice canadienne, meunier de son métier avait enfreint les restrictions imposées par l’envahisseur britannique, pour nourrir les habitants, il fut pendu sur le champ à une poutre extérieure de son moulin à blé, et son corps resta exposé plusieurs jours pour servir d’exemple sans doute ...
    Québec et la région avoisinante est bien sous le contrôle de l’armée anglaise, cependant le reste de la Nouvelle France est toujours sous le gouvernement de Vaudreuil, il est à Montréal avec l’intendant et l’évêque.. Les soldats Français ont construit le fort Jacques Cartier ils sont aussi au fort Lévis et à celui de l’île aux noix.. ou encore chez l’habitant. Ils se préparent pour l’offensive du 28 avril 1760. Les habitants du côté de Montréal étaient nettement moins démunis que ceux de la côte sud ou que ceux de la ville bombardée de Québec, mais ils devaient participer à nourrir les soldats français, et devaient donner leurs vaches ou leurs moutons, et devaient s’estimer heureux s’ils arrivaient à garder une vache ou un mouton, certes on leur laissait de quoi subvenir à leur propre subsistance mais seulement le strict nécessaire.. cet hiver-là fut plus que difficile pour certains, totalement horrible pour ceux qui avaient tout perdu !

  • Archives de Vigile Répondre

    17 décembre 2011

    C est beau l histoire de nos voisins mais comment cela nous touche. Nous avons a ce moment refusé de nous joindre a eux a cause de la religion catholique, ils nous avaient pourtant bien invités. Nos curés protégeaient les ouilles contre le calviniste et les autres protestants.

  • Archives de Vigile Répondre

    17 décembre 2011

    Article super intéressant. Je l'ai transféré sur ma page facebook. Au Québec, malheureusement, on a pas encore réussi à faire ce que d'autres ont accompli il y a tant d'années.

  • Archives de Vigile Répondre

    17 décembre 2011


    Chère Madame Morot-Sir,
    Merci pour votre texte fort éclairant. Cette guerre qui
    commence et va se prolonger a fait notre jeu. Et
    maintenant, l'Empire britannique renaît au Canada
    sous les Conservateurs, pendant que l'Empire américain
    est en plein déclin, ce qui nous ouvre de nouvelles
    possibilités.
    Salutations
    René Marcel Sauvé

  • Michel Pagé Répondre

    16 décembre 2011

    Madame Hélène ..,
    Merci de ces retours sur l'histoire.
    je propose un un séjour un peu antérieur, voici:
    "On ignore exactement combien de Canadiens périrent durant la guerre de la Conquête, mais les historiens estiment leur nombre à 6000 ou 7000, soit le dixième de la population totale.
    Quoi qu'il en soit, la guerre avait épuisé considérablement la colonie, et la population enregistra un recul de 10 000 âmes (sur 70 000) en raison des décès dus aux maladies et à la famine. Lors de la Conquête, la Grande-Bretagne se retrouvait avec un pays dont la population blanche était entièrement de langue française et de religion catholique, et une population autochtone en grande partie christianisée et très superficiellement francisée. ..."
    J'ai toujours été intrigué de savoir quelles furent les conditions des Canadiens à Québec et les alentours durant les deux premiers hivers d ela prise de Québec: famine, maisons incendiées,froid,, ce devait être atroce. Les Anglais se sont-ils livrés à des atricités?
    En connaissez-vous plus?
    Merci.
    MP