Cannabis: la fumée du peuple

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Au fond, ce que Legault affirme, c'est que le Québec ne veut pas de cette légalisation voulue par le cartel libéral de la drogue

À écouter François Legault, on croirait que les policiers ne font pas partie du peuple. Ni les avocats. Ni les experts en santé publique, ni les maires des municipalités.



Pour justifier son projet de loi répressif sur le cannabis, le premier ministre caquiste a expliqué mercredi qu'il avait entendu « l'appel du peuple ». Cela lui suffit pour ignorer tous les autres appels.


À tour de rôle, le Barreau du Québec, l'Institut de la santé publique, l'Union des municipalités du Québec, la Ville de Montréal ainsi que son service de police ont récemment répété la même chose en commission parlementaire : l'interdiction de fumer du cannabis dans l'espace public n'est ni souhaitable ni applicable. Vous n'allez pas régler un problème, vous allez en créer.


La loi actuelle limite déjà la consommation de cannabis dans les lieux publics.


 


Les mêmes restrictions que pour le tabac s'appliquent (neuf mètres des entrées, aires de jeux pour enfants, aires sportives). À cela s'ajoutent d'autres interdits (terrains de cégeps et d'universités).


La loi permet aussi aux propriétaires d'interdire le cannabis pour les locataires et les copropriétaires. C'est justifié. Des gens ne veulent pas sentir la fumée des voisins chez eux et on les comprend.


Or, le gouvernement caquiste ne s'en satisfait pas. Il veut interdire la fumée de cannabis partout à l'extérieur.


On le sait, il n'existe pas de bars ou de cafés à cannabis. Quel endroit restera-t-il alors pour fumer ? Aucun, à moins d'être propriétaire de son logement ou de vivre dans la minorité d'appartements et de condos qui le tolèrent. La consommation de cannabis redeviendra ainsi presque de facto illégale.


Certains perdront même leur remède. C'est le cas des utilisateurs de cannabis thérapeutique, qui voulaient s'expliquer en commission parlementaire. Le gouvernement a refusé de les entendre.


M. Legault dit vouloir protéger les enfants de la fumée. Il exagère la menace.


On l'a dit, le cannabis est déjà interdit là où jouent les enfants. Et dans la rue ? Dans un tel endroit ventilé, la fumée secondaire ne pose pas de danger, ont déjà conclu les chercheurs en santé publique.


Le premier ministre n'en démord pas. Il craint que les enfants soient exposés au « mauvais exemple » des fumeurs de joints.


Cet argument n'impressionne pas la Santé publique ni le Barreau. La justice doit « être fondée sur des règles de droit prévisibles et intelligibles pouvant être mises en application avec succès », a rappelé son bâtonnier Paul-Matthieu Grondin. En d'autres mots, la loi caquiste serait si lourde et déraisonnable que les fumeurs n'y adhéreraient pas. Pas plus qu'ils ne respectaient la prohibition.


La nouvelle loi risque d'être tout simplement inapplicable. C'est ce qu'a laissé entendre le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron. Les policiers ne sont pas assez nombreux pour répondre à toutes les plaintes. Et surtout, ils ont plus urgent à faire que d'inspecter des cigarettes roulées.


Bref, la loi ne servirait pas à grand-chose. Mais si ce n'était que cela... L'approche répressive créera des problèmes, comme l'ont expliqué le chef Caron et la mairesse Valérie Plante.


C'est une incitation au profilage et à la judiciarisation des personnes déjà marginalisées comme les sans-abri. La Ville reçoit environ 100 appels par jour liés à des problèmes de santé mentale. Avec la loi caquiste, il y aura encore plus de raisons de se plaindre aux policiers du bum qui fume un joint. Et peut-être quelques contraventions de plus données à des gens qui peinent déjà à se payer un repas.


À cela s'ajoutent plusieurs victimes collatérales qui s'ignorent. Car chaque fois qu'un policier perd son temps, il y a quelqu'un ailleurs qui attend son intervention. Quelqu'un qui en écope.


Il est vrai que ces problèmes varient d'une ville à l'autre. Certaines municipalités ont moins de locataires, moins de gens marginalisés, moins de cas lourds pour leurs policiers. Que l'on soit d'accord ou non, leur choix doit être respecté.


Mais à tout le moins, au nom de l'autonomie municipale, le gouvernement caquiste devrait permettre aux villes qui le souhaitent de déroger à sa loi.


C'est d'ailleurs ce que demande l'Union des municipalités du Québec.


M. Legault est mal à l'aise avec l'idée que la réglementation varie d'une ville à l'autre. Il n'a pas tort, cela ne serait pas l'idéal. Mais c'est sans doute préférable au risque de créer des problèmes un peu partout.