Le PQ peut-il secouer sa léthargie ?

C’est « Marche ou crève ! », et ça presse !

Pour un règlement accéléré de la question du leadership

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Éviter le piège d'une longue et acrimonieuse campagne à la chefferie

Oui, je sais. Il y a eu cette affreuse campagne électorale qui a viré au cauchemar, cette défaite que personne (enfin presque...) n’a vu venir, les plaies à lécher, le temps de se remettre de ses émotions... Le gouvernement est majoritaire, et les prochaines élections ne doivent avoir lieu que dans quatre ans...

À le regarder aller, le Parti Québécois n’a pas l’air de se rendre compte qu’il est en train de jouer ses dernières cartes. Une seule erreur, et il bascule dans l’oubli. La première erreur qu’il peut faire, celle qui serait de loin la plus grosse, c’est de ne pas comprendre l’urgence de la situation, tant sur le plan interne que sur le plan externe.

Sur le plan interne, la dernière campagne a démontré à quel point le PQ traverse une crise profonde d’orientation et de leadership dont les origines remonte à sa prise en main par Lucien Bouchard aux lendemains du référendum de 1995. Bouchard, davantage Canadien-français que Québécois, conservateur par surcroît, a imposé son agenda à un parti indépendantiste et social-démocrate. Celui-ci baigne dans l’équivoque et le compromis depuis lors.

Lorsqu’il a cru que le PQ était suffisamment désorienté pour ne jamais s’en remettre, Bouchard a passé la main à Bernard Landry, trop heureux de réaliser son rêve de devenir enfin premier ministre. Bouchard savait que la table avait été mise pour Jean Charest par les faiseurs d’opinion, et que Landry ne ferait pas long feu.

Ce qui devait arriver arriva. Les Libéraux revinrent au gouvernement avec un plan bien arrêté pour reprendre en main tous les leviers et y placer leur monde à tous les niveaux, ministères et sociétés d’États en poussant même le raffinement jusqu’à inclure les municipalités, les commissions scolaires, le réseau des CEGEP, les universités et nos quelques grandes écoles. C’est le genre d’exercice auquel ils excellent, et ils allaient avoir trois mandats pour rendre très difficile toute reconquête du pouvoir par le PQ.

Parallèlement, le PQ, enferré dans les contradictions et les choix que lui avait légués Bouchard, ne parvenait plus à retrouver son cap. Landry, mal conseillé, s’évinça lui-même. À la dérive, le PQ devenait une proie facile pour le jeune André Boisclair, encouragé en sous-main par Bouchard. Un blitz de recrutement particulièrement réussi lui permit de prendre le contrôle du PQ. Mais ses supporteurs n’avaient pas mesuré à quel point ses écarts de conduite dans sa vie personnelle le rendaient vulnérable. Les Libéraux n’en firent qu’une bouchée à la première occasion.

Il n’en fallait pas plus à Pauline Marois pour voir son heure arrivée de devenir la première femme à accéder au poste de premier ministre du Québec. Elle remporta la course à la succession d’André Boisclair et s’installa à la tête du PQ sans parvenir à définir des orientations claires et à imposer son leadership. Le jour-même où je dénonce « l’union-nationalisation » du PQ dans les colonnes de Vigile, trois députés importants, Pierre Curzi, Louise Beaudoin et Lisette Lapointe, claquent la porte du PQ en dénonçant son manque de leadership.

La situation se dégrade dans les mois qui suivent, au point que des rumeurs de putsch se mettent à circuler qui évoquent son remplacement par Gilles Duceppe. Daniel Breton, un champion des « verts » et de la reprise en mains de nos richesses naturelles, vient lui sauver la mise in extremis en annonçant sa candidature à ses côtés aux prochaines élections.

Le « Printemps érable » et les effluves de scandale de plus en plus nauséabondes qui émanent du gouvernement Charest détournent l’attention des problèmes du PQ. Qui plus est, pour la première fois depuis 2002, l’impopularité des Libéraux est telle qu’elle permet au PQ de croire en ces chances de l’emporter. La perspective d’une victoire fait taire toutes les critiques et les réserves.

Le résultat des élections de 2012 illustre clairement que si la population souhaitait se débarrasser de Jean Charest, elle n’était pas délirante d’enthousiasme à l’idée de voir Pauline Marois prendre sa place. L’attentat dont elle est victime le soir des élections et l’aplomb avec lequel elle gère la situation lui permettent d’échapper à un examen critique de sa performance et de celle du PQ qui aurait révélé dès ce moment-là toute la vulnérabilité de son leadership et la précarité de la position du parti.

À la tête d’un gouvernement minoritaire, sans programme qui se démarque clairement de celui des Libéraux ou de la CAQ, et sans poser les gestes qui auraient mis les Libéraux sur la défensive comme d’ouvrir une enquête sur les pertes de 40 milliards $ à la Caisse de dépôt ou sur la privatisation à la pièce d’Hydro-Québec, Pauline Marois se fait rapidement tasser dans les cordes par les Libéraux. Aucun incident n’illustre mieux sa faiblesse sur le plan tactique que sa piètre gestion de l’affaire Breton, son ministre poussé à la démission pour des niaiseries si l’on compare la gravité des gestes qu’on lui reprochait à ceux commis par Yves Bolduc, ministre du gouvernement Couillard, toujours en poste.

Sa défaite aux élections du printemps dernier s’inscrit dans le droit fil de l’histoire du PQ des vingt dernières années.

Aujourd’hui, le PQ est confronté à la perspective de disparaître, comme l’Union Nationale dans les années 1970, à moins qu’il ne se dote très rapidement d’un leadership fort et inspirant et d’un programme à la hauteur des défis qui confrontent aujourd’hui le Québec sur les plans politique, économique, social, culturel et identitaire.

C’est bien connu, la nature a horreur du vide, et depuis sa dégelée électorale, le PQ semble plongé dans une léthargie hébétée. Il réagit à contretemps, peine à saisir les enjeux, et semble avoir perdu tout sens de l’offensive. Qui au PQ en ce moment a cet instinct de tueur qui permet à toute opposition de marquer des points cuisants contre le gouvernement au pouvoir ? Qui est sans relâche à l’affût de la moindre occasion de faire mal paraître le gouvernement ?

Le PQ semble croire qu’il a quatre ans devant lui pour se préparer au prochain affrontement électoral. Il se trompe lourdement. Il a trois mois devant lui pour démontrer qu’il a encore sa place sur l’échiquier politique québécois, et six mois pour convaincre les Québécois qu’il constitue la meilleure alternative au gouvernement en place.

En effet, tous les signes pointent vers une détérioration rapide de la situation économique à l’échelle mondiale. À cet égard, l’indice le plus sûr est le cours du pétrole qui ne cesse de baisser depuis quelques mois, malgré une augmentation marquée des risques géopolitiques. La baisse de la demande est donc très forte.

Il fut un temps où toute tension géopolitique dans des zones sensibles de la planète se traduisait automatiquement par une flambée des cours du pétrole. Aujourd’hui, pas une semaine ne se passe sans que quelqu’un, quelque part, n’évoque la possibilité d’une Troisième Guerre mondiale. Pourtant, le cours du pétrole baisse, qu’il s’agisse du WTI (West Texas Intermediate), la référence dans la plus grande partie de l’Amérique du Nord, ou du Brent, le pétrole de la mer du Nord, la référence en Europe et dans l’Est du Canada.

Ça va donc très mal, malgré les tentatives pitoyables des gouvernements de nous faire croire le contraire pour minimiser les risques de conflagration sociale. Et au Québec, les choses vont aller encore plus mal qu’elles ne vont à l’heure actuelle avec les coupures additionnelles que les Libéraux devront faire dans le prochain budget pour atteindre le déficit zéro à la date annoncée.

Les tensions sociales vont atteindre des niveaux jamais connus. Déjà fortement en baisse sur les niveaux atteints au lendemain des élections, la popularité du gouvernement Couillard va s’effriter rapidement, jusqu’à ce que, ici comme ailleurs, sa capacité de continuer à gouverner soit mise en cause. Il n’est donc pas du tout certain qu’il se rendra au terme de son mandat.

Le PQ doit être prêt à cette éventualité. Sa survie en dépend. Il ne peut donc pas se permettre le luxe de s’épivarder dans une longue course à la chefferie qui ne ferait qu’attiser les divisions ou en faire apparaître de nouvelles, en plus d’être exploitée au maximum par les autres partis et les médias fédéralistes pour le discréditer dans l’opinion publique.

Dans la situation actuelle, le sens de l’urgence et de l’intérêt supérieur du Québec exigerait que les députés du PQ se rallient au candidat le plus fort et soumettent ensuite cette candidature au plébiscite des membres de façon à donner au nouveau chef la légitimité démocratique requise.

La dernière chose dont le PQ et le Québec ont besoin en ce moment, ce sont des combats de coqs ou des débats, ou même des monologues, sur la date éventuelle d’un prochain référendum. La tenue d’un référendum est une formalité. L’essentiel n’est donc pas de préparer la tenue d’un référendum, c’est de préparer le Québec à l’indépendance.

Ce dont le Québec a un urgent besoin en ce moment, c’est d’un plan d’action qui va lui permettre de conserver le plus grand contrôle sur ses richesses et ses leviers de développement, qui va dynamiser ses forces, remédier à ses faiblesses, et promouvoir et défendre énergiquement sa langue, son patrimoine et sa culture, dans le respect de l’environnement, pour le plus grand bien de la population actuelle et des générations futures.

Lorsque les Québécois comprendront que toute bonification de ce plan dépendra de l’accession du Québec à l’indépendance, le moment sera venu de tenir un référendum.

Toute la question est de savoir si le PQ est disposé à prendre l’initiative de développer ce plan et s’il dispose du leadership pour le mettre en oeuvre. S’il n’en fait pas la preuve très rapidement, il se condamne à disparaître, comme d’autres partis sont disparus avant lui. C’est « Marche ou crève ! », et ça presse ! Jamais la devise du Régiment de Carignan n’a-t-elle été si pertinente.


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