ÉDUCATION

Bolduc veut le pouvoir de mettre les écoles sous tutelle

Le ministre de l’Éducation souhaite agir contre les écoles déficientes

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Les déficiences qu'il met le plus en relief sont les siennes

Dans le projet de loi qu’il présentera cet automne, le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Yves Bolduc, accordera plus d’autonomie aux écoles, mais se donnera le pouvoir de mettre sous tutelle les écoles déficientes.

« Si tu arrives dans une école où c’est tout croche [il faut] que le ministre soit capable de dire : c’est fini, on reprend le contrôle le temps de replacer ça et après ça, on vous redonnera le pouvoir », a expliqué Yves Bolduc dans une entrevue accordée au Devoir.

Selon le ministre, qui juge que le système d’éducation au Québec est un des meilleurs au monde, il peut arriver que deux écoles dans un même milieu socio-économique aient des résultats bien différents. « Tu as deux écoles dans le même quartier à 500 mètres. Tu en as une que ça peut être bon et tu en as une très mauvais. Ça dépend de la direction, ça dépend des professeurs, ça dépend de la culture, a décrit le ministre. S’il y a un endroit qui est déficient […],il faut avoir un pouvoir d’intervention. »

Yves Bolduc promet que le projet de loi qu’il déposera en novembre, tout de suite après les élections scolaires, ira dans le sens d’une plus grande décentralisation. « Je suis décentralisateur », a-t-il dit. Le système fonctionne mieux quand les « gens qui sont sur le terrain » ont plus de pouvoir et que des mécanismes de reddition de comptes sont mis en place. « C’est comme en santé, c’est la même philosophie », a-t-il avancé.

L’abolition des bureaux régionaux du ministère doit conduire à une décentralisation en faveur des commissions scolaires. Le ministre est prêt à aller plus loin dans la mesure où les commissions scolaires « se décentralisent vers l’école ». Et les directions d’école devront, à leur tour, accorder plus d’autonomie aux enseignants. « Les professeurs au Québec, c’est une de nos grandes forces », a-t-il dit.

Le ministre a d’ailleurs demandé aux directeurs d’écoles et aux syndicats d’enseignants de lui faire part de leurs demandes précises quant à l’autonomie qui pourrait être exercée.

Après les élections scolaires, le ministre doit également décider quel sort il réserve à la démocratie scolaire. S’il abolit la structure faite de commissaires élus, il doit la remplacer par autre chose ; tous les scénarios sont envisagés, y compris de recourir aux comités de parents dans les écoles.

Chose certaine, a assuré le ministre, quelle que soit la nature de cette décision, certaines commissions scolaires devront fusionner ou encore partager entre elles certains services, comme la paie et l’informatique. C’était là une des recommandations du groupe d’experts, présidé par Pauline Champoux-Lesage, qui a remis son rapport sur les commissions scolaires en mai 2014.

Les changements apportés dans le projet de loi prendront effet le 30 juin 2015, à la fin de l’année scolaire. Mais ils n’auront pas l’ampleur de la réforme en santé. « Je suis capable d’atteindre des résultats de façon progressive », a certifié Yves Bolduc.

Examen de français

Par ailleurs, le ministre a indiqué qu’il entendait dispenser certains étudiants de l’obligation de réussir l’épreuve uniforme de français pour l’obtention de leur diplôme d’études collégiales, une recommandation de l’auteur du rapport sur la formation collégiale, Guy Demers. Environ 15 % des étudiants du cégep échouent à l’examen de français : les deux tiers d’entre eux parviennent à le passer par la suite. Environ 1000 étudiants par an n’y arrivent pas, selon Guy Demers. « Il y a peut-être un 5 % [pour lequel] je devrais avoir une règle particulière », a indiqué Yves Bolduc. « Il y a le côté humain », a-t-il dit, qui a cité l’exemple d’un boucher dyslexique. Et c’est sans compter les personnes qui ne s’inscrivent pas au cégep dans une formation technique en raison de leurs piètres résultats en français. « Je les perds », a déploré le ministre.

Le porte-parole en matière d’éducation de la Coalition avenir Québec, Jean-François Roberge, dénonce ce « nivellement par le bas ». Le député de Chambly croit que des cours d’appoint pourraient permettre aux étudiants qui éprouvent des difficultés de réussir l’examen. « Si le ministre lui-même démissionne, comme vont-ils persévérer ? », s’est-il demandé, jeudi, à l’Assemblée nationale.

En ce qui a trait aux compressions exigées des universités, Yves Bolduc croit qu’elles devraient pouvoir les absorber sans trop de difficultés puisqu’il s’agit de sommes destinées au « développement ». Aux 172 millions imposés au printemps s’ajoutent quelque 50 millions. Les recteurs comprennent la situation du gouvernement, croit le ministre. « Je leur dis : “ C’est normal que vous sortiez dans les médias parce que si vous ne sortez pas, à un moment donné, c’est peut-être votre job qui va être en jeu. Mais ils ne sortent pas de façon agressive avec moi et on a une bonne collaboration ” », a-t-il relaté. Surtout, il explique aux recteurs que l’effort est exigé pour l’année en cours et l’an prochain. « Après ça, on va repartir », leur a-t-il promis.


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