Bernard Lugan, impérial face aux « décoloniaux »

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L’histoire de l’Afrique à l’endroit

♦ En 2021, Bernard Lugan a publié Pour répondre aux « décoloniaux », aux islamo-gauchistes et aux terroristes de la repentance. L’auteur, qui est universitaire et expert du Tribunal pénal international pour le Rwanda, a écrit une trentaine de livres consacrés à l’histoire et aux réalités africaines. Il dirige également la revue par internet L’Afrique réelle. Comme l’indique le titre de son dernier ouvrage, il s’agit d’une réponse aux idéologues accusés de déconstruire la France et son histoire par le biais d’une « inquisition revancharde » et d’un « terrorisme politico-médiatique reposant sur le postulat de la culpabilité française » accepté au plus haut niveau de l’État. En décembre 2020, le Président Macron a ainsi déclaré à la télévision algérienne que la colonisation était un crime contre l’humanité !


La colonisation et ses conséquences pour la métropole


Bernard Lugan rappelle que, dans les années 1880-1890, l’entreprise coloniale a été lancée par la gauche républicaine universaliste au nom d’une sorte de racisme civilisateur issu du progressisme des « Lumières ». Les milieux monarchistes et nationalistes y avaient tout d’abord été hostiles avant de s’y rallier par « devoir patriotique » et par attrait pour les horizons lointains.


Loin de l’enrichir, la colonisation a épuisé la France. Entre 1945 et 1958, en pleine période de reconstruction où les besoins étaient immenses et où notre pays devait emprunter des capitaux aux États-Unis, les investissements publics dans l’Empire totalisaient 22 % du total des dépenses sur fonds publics. Pour l’année 1952, les dépenses faites dans les colonies, y compris celles liées à la guerre d’Indochine, représentaient un cinquième du budget national. L’Empire coûtait donc infiniment plus qu’il ne rapportait à la collectivité française. Une fois débarrassée de ce fardeau, la France a pu enfin connaître une mutation économique à partir des années 1960.


De nos jours, cette gauche anciennement colonisatrice soutient l’immigration pendant que la « droite » laisse faire.



La France est désormais perçue par les Africains comme une terre à prendre peuplée de vieillards repus ou épuisés, d’hommes s’interrogeant sur leur virilité, et dont les dirigeants sont soumis à la prédominance de l’émotionnel sur la raison. L’évolution démographique défavorable au continent européen aggrave encore la situation, de même que la politique migratoire voulue par nos gouvernants depuis le « suicidaire regroupement familial de 1976 ».


Bernard Lugan contre les « décoloniaux »


Derrière ce vocable s’abritent plusieurs concepts qui ont pour point commun la mise en accusation de l’homme blanc. Celui-ci aurait maintenu une domination coloniale sur les descendants des populations anciennement colonisées, dites « racisées ». Ces dernières seraient donc victimes d’un « racisme systémique » de la part des sociétés d’accueil occidentales.


Les décoloniaux avancent que seuls les anciens colonisés possèdent la légitimité pour parler d’eux-mêmes. Dans cette logique, il convient de déconstruire les études issues de la « domination coloniale blanche », de même que les « valeurs européo-centrées » telles que les droits de l’Homme ou la laïcité.


Selon les universitaires français qui relaient cette idéologie, les ethnies africaines ont ainsi été créées par les colons en vue de contrôler ces populations. La position de Bernard Lugan est inverse puisqu’il affirme que la question ethnique en Afrique constitue une réalité primordiale et bien antérieure à la colonisation. Soutenir que ce sont les Italiens qui ont créé les Amharas, les Oromos ou les Somalis en Éthiopie entre 1935 et 1941 est aussi absurde que d’avancer que la question bretonne a été créée par l’occupant allemand dans les année 1940 !


Cette rhétorique victimaire cache évidemment une stratégie de revanche et de conquête que certains idéologues communautaires expriment d’ailleurs ouvertement, même quand ils descendent d’ethnies africaines esclavagistes ! (C’est pour cette raison que des Africains rappellent les conditions de la traite arabo-musulmane et que des Antillais demandent des comptes à des Africains accusés de les avoir vendus…)


De façon singulière, un soutien militant à ce courant de pensée provient des tenants des théories du « genre », LGBT et autres fractions féministes, qui estiment que la notion de domination s’applique également aux minorités sexuelles. Le coupable désigné est ici le patriarcat blanc hétérosexuel.



Un soutien venu d’outre-Atlantique


Ces théories sont activement soutenues par la diplomatie américaine, de même que par des fondations privées comme celle de Georges Soros, qui financent des bourses de voyages et d’études au profit de jeunes Français issus des quartiers dits « sensibles » dans le but de les gagner aux valeurs du multiculturalisme américain.


De son côté, le New York Times orthographie désormais le mot « Black » avec un B majuscule tout en écrivant « white » avec un w minuscule !


L’Islamo-gauchisme


Cette idéologie, née en Grande-Bretagne de la convergence entre les mouvements trotskystes et les courants islamistes, considère que l’Islam est la religion des opprimés et que les musulmans sont victimes du racisme blanc, y compris de la part des États.


Dans cet avatar modernisé du marxisme, la lutte des races a remplacé la lutte des classes.


Les convergences idéologiques


Au nom de l’antiracisme, des visions intégralement raciales de l’Histoire et de la politique font leur retour au moment même où le mot « race » a été supprimé de la législation française.


Pour ces idéologues, l’Occident est responsable de la pauvreté des anciennes colonies européennes. L’idée dominante réside dans l’affirmation que les nations industrialisées se sont enrichies en « pompant » la substance de ces pays.


Quelques réponses de Bernard Lugan


Contrairement aux affirmations des idéologues et aux discours de dirigeants africains qui cherchent à masquer leur incompétence et leurs échecs, le simple bon sens et une élémentaire culture historique permet de constater que ce n’est pas sur le vol des richesses du tiers-monde que s’est faite la révolution industrielle de l’Europe mais sur son savoir-faire humain, son fer et son charbon. En échange de l’importation des produits miniers, les métropoles ont d’ailleurs construit des hôpitaux, des ports, des routes, des villes, des ponts, des écoles, etc., ce qui a permis à la population africaine d’être multipliée par sept entre 1900 et 1960 (actuellement, celle-ci double tous les vingt ans environ, ce qui rend impossible tout développement).


Après la colonisation, entre 1960 2010, ce continent a reçu près de vingt fois plus que l’Europe lors du plan Marshall !


À ceux qui semblent à ce point masochistes qu’ils paraissent n’être venus en France que pour s’y faire « discriminer », l’auteur conseille l’adoption d’un tout autre point de vue : « D’être venu vivre chez vous m’a privilégié car j’ai pu avoir accès à un statut que je n’aurais pas eu chez moi. J’ai en effet pu profiter des infrastructures nées du labeur et des sacrifices de vos générations passées. Celles de ces paysans blancs qui ont défriché et bonifié votre terre, celles de ces mineurs de fond blancs qui mouraient de maladie avant quarante ans, celles de ces centaines de milliers d’ouvriers blancs qui ouvrirent vos routes, vos canaux et vos voies de chemin de fer à la pioche, celles de ces millions d’hommes blancs morts pour défendre la terre de leurs ancêtres, et dont les descendants ont aujourd’hui pour dernier « privilège » celui de devoir payer des impôts pour financer la CMU et pour loger, nourrir, éduquer, soigner, habiller un nombre indéterminé de « citoyens du monde » venus profiter d’avantages qui n’ont pas été bâtis par leurs pères. »


Enfin, une question reste en suspens : pourquoi les Français ou les immigrants d’origine asiatique ne sont-ils pas concernés par ces visions « décoloniales » ?


20 janvier 2022