CLIMAT

Ban Ki-moon semonce Harper

Le Canada devrait jouer un rôle de leader, rappelle le secrétaire général de l’ONU

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Le Canada dénoncé urbi et orbi par le secrétaire général de l'ONU

Plus isolé que jamais sur la scène internationale en raison de son inaction en matière de lutte contre les changements climatiques, le Canada se fait maintenant rappeler à l’ordre par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. Mais peu importe le déluge de critiques, tout porte à croire qu’Ottawa se présentera les mains vides à Lima, où s’ouvre ce mardi le volet politique de la conférence de l’ONU.

« J’exhorte le Canada à être porteur de plus grandes ambitions, à être plus visionnaire pour l’avenir de la planète », a plaidé Ban Ki-moon dans le cadre d’une entrevue accordée à Radio-Canada/CBC avant l’ouverture des négociations ministérielles qui se tiennent cette semaine à Lima, au Pérou.

Il faut dire que cette conférence de l’ONU, qui réunit pas moins de 190 États, revêt une importance certaine. Il s’agit en fait de la dernière grande rencontre de la communauté internationale avant le sommet de Paris, où doit être signé l’an prochain l’accord de lutte contre les changements climatiques le plus ambitieux de l’histoire.

Dans ce contexte, le secrétaire général des Nations unies presse le gouvernement Harper, partisan avoué des énergies fossiles, d’agir. « Les pays qui produisent des énergies fossiles sont en train de trouver de nouvelles manières de réduire leurs émissions. Le Canada pourrait être un meneur de ce mouvement. Je compte sur le leadership du premier ministre Stephen Harper », a-t-il souligné, dans un geste rarissime pour un diplomate de son rang.

Ban Ki-moon est d’ailleurs formel : le Canada doit faire des efforts pour réduire sa dépendance à l’exploitation pétrolière, toujours perçue comme un moteur économique vital pour l’économie du pays. « Lutter contre les changements climatiques ne veut pas dire que la croissance économique va ralentir, a-t-il toutefois affirmé en entrevue sur les ondes du diffuseur public. Nous pouvons gagner en prospérité, nous pouvons améliorer nos conditions de vie tout en protégeant l’environnement. »

Le diplomate estime en outre qu’Ottawa doit prendre conscience de ses responsabilités face à la communauté internationale. « La question du changement climatique transcende les frontières nationales », a-t-il fait valoir.

Ce n’est pas la première fois cet automne que le Canada se fait rappeler à l’ordre dans le dossier climatique. En entrevue au Devoir en septembre, la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, Christiana Figueres, avait elle aussi demandé à Ottawa de se détourner des énergies fossiles. « Il y a assez d’analyses et de preuves scientifiques qui démontrent les risques de poursuivre les investissements dans les énergies fossiles, avait-elle fait valoir. Vous devez donc décider si vous voulez vous situer du bon côté de l’histoire et du bon côté de la logique économique. »

Mains vides

La ministre de l’Environnement, Leona Aglukkaq, qui sera à Lima cette semaine, n’a toutefois pas voulu s’avancer sur d’éventuels engagements du gouvernement conservateur. Les cibles que le Canada proposera en prévision de l’accord de Paris restent à préciser, a-t-elle souligné récemment. La date butoir internationale est fixée à mars 2015.

Ottawa a toujours dit vouloir s’aligner sur les cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES) des États-Unis. Mais le gouvernement Harper semble avoir été pris de court par le récent accord conclu entre Washington et la Chine. Premier émetteur mondial, la Chine s’est ainsi fixé comme objectif de plafonner ses émissions de gaz à effet de serre autour de 2030, alors que les États-Unis comptent réduire de 26 % à 28 % leurs émissions d’ici à 2025 par rapport à 2005. La ministre Aglukkaq n’a pas voulu dire si le Canada se fixerait le même objectif que son voisin.

Pour le moment, le Canada est toujours en voie de rater complètement ses cibles de réduction de GES pourtant revues à la baisse par les conservateurs. Un nouveau rapport publié lundi par Environnement Canada le confirme. Ainsi, en 2020, les émissions du pays totaliseront 727 millions de tonnes. Pour respecter ses engagements, Ottawa devrait les ramener à 611 millions de tonnes avant la fin de la décennie. Or, au lieu de diminuer, les émissions repartiront à la hausse au cours des prochaines années.

L’industrie pétrolière sera la grande responsable du phénomène. Uniquement pour les sables bitumineux, les émissions devraient passer de 20 à 75 millions de tonnes. Et pour le moment, le gouvernement Harper n’impose aucune restriction aux émissions de GES du secteur de l’exploitation pétrolière et gazière au pays.

L’inaction canadienne a d’ailleurs valu lundi une très mauvaise position dans le rapport publié par le groupe Germanwatch et le Réseau action climat. Le pays se classe au 58e rang sur 61, parmi les États émettant 90 % des GES de la planète. Le rapport classe les pays en fonction de leur volonté à lutter contre les changements climatiques. En fait, le Canada devance seulement le Kazakhstan, l’Australie et l’Arabie saoudite.

La rencontre de Lima doit permettre de jeter les bases du futur accord permettant de limiter la hausse du climat mondial à 2 °C d’ici la fin du siècle, par rapport au début de l’ère préindustrielle. Pour y parvenir, il faudrait que l’humanité se donne un objectif de « zéro émission » au plus tard en 2100, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Pour le moment, les émissions mondiales ne cessent de croître.


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