La réplique › Université de Montréal (3)

Une gestion rigoureuse, vraiment?

Conflit étudiant - grève illimitée - printemps 2012


À RETENIR
Le déclencheur › Grande rigueur
Dans Le Devoir du 20 février dernier, l'équipe de direction de l'UdeM de même que ses doyens ont défendu la gestion de l'établissement, en réponse à des critiques formulées quelques jours plus tôt en nos pages par les sous-signés. L'administration de l'UdeM se défendait alors ainsi: «L'UdeM est gérée avec une grande rigueur. Son budget est équilibré, et au cours des douze dernières années, nous avons procédé à une dizaine de projets de construction ou de rénovation majeurs qui ont, chaque fois, été réalisés dans le respect des coûts et des échéanciers et qui se sont chaque fois traduits par une amélioration des conditions d'étude, d'enseignement ou de recherche, conformément à notre mission. Il n'y a pas de dérive immobilière à l'UdeM.»

Dans Le Devoir du 20 février, le recteur, les vice-recteurs et les doyens de l'Université de Montréal dénoncent le «flot de faussetés» qui serait selon eux contenu dans notre texte paru cinq jours plus tôt dans le même journal. Nous avons bien lu leur texte, mais nous divergeons toujours d'opinion. Nous reprenons ici quelques-unes de leurs affirmations.
Le Plan directeur de développement immobilier de 2008 prévoyait (en annexe) la disparition de la Faculté de musique et de la salle Claude-Champagne du complexe de bâtiments appartenant à l'université. Curieusement, une modification au plan directeur vient tout juste d'apparaître et on mentionne que celle-ci a été approuvée à la 538e assemblée universitaire, laquelle n'aura lieu qu'en mars!
Par ailleurs, les pages 32 et 33 de ce tout nouveau plan directeur indiquent toujours qu'on prévoit déménager la Faculté de musique au campus Outremont. Mais si la faculté et la salle sont vidées de leurs occupants actuels, que va-t-il advenir de ces bâtiments? La question est toujours légitime et l'inquiétude est encore justifiée.
L'université «gérée avec une grande rigueur»?
Bien que l'UdeM ne perde apparemment pas d'argent avec la vente envisagée du 1420 boulevard Mont-Royal, les investissements publics auront atteint plus de 40 millions pour l'achat et la mise à niveau du 1420, alors que sa vente au privé ne serait que de 28 millions. Les citoyens perdent donc au change dans la gestion que l'on fait de leur argent.
En 2007, l'ancien recteur assurait que les coûts de construction d'un second campus correspondraient à 840 millions de dollars. Or, le coût total du projet équivaut maintenant à 1,6 milliard de dollars. À combien se chiffrera la facture finale? 100 % d'augmentation en cinq ans, n'est-ce pas une raison d'être inquiets?
Une aventure «hasardeuse et coûteuse»?
La direction affirme que plusieurs évaluations rigoureuses ont conclu que ce serait une aventure «hasardeuse et coûteuse» que de rénover le 1420. Grâce à la loi sur l'accès à l'information, nous avons pris connaissance des études en question. Ces études indiquent plutôt que les dépassements de coûts s'expliquent par les retards, les reports et les changements de programme de la direction, par l'inclusion des frais indirects (mobilier, outillage, appareillage) dans les coûts de rénovation et par le fait que l'étude évaluant les coûts de la phase nord aurait nécessité plusieurs semaines de travail pour être exécutée correctement, alors que la direction exigeait qu'elle soit produite en trois jours.
Pour réduire les coûts de rénovation, les auteurs de ces études ont soumis des recommandations que la direction a refusé de considérer. Donc, on ne saurait parler dans ce cas de rigueur, mais bien de manipulation de l'information pour justifier la vente du 1420.
Le gouvernement du Québec n'a jamais lui non plus affirmé que la rénovation du 1420 serait «hasardeuse et coûteuse». Selon un rapport de M. Breton lui-même, alors vice-recteur exécutif à la planification, daté du 12 décembre 2006, le gouvernement du Québec a seulement demandé à la direction de choisir entre le développement du 1420 et le développement à la gare de triage d'Outremont.
Développer le campus actuel
Avec les 120 millions de dollars qu'il en coûte pour la restauration des terrains de la gare de triage d'Outremont, il est possible de rénover le 1420, boulevard du Mont-Royal au grand complet. Et comme l'indiquait un autre rapport produit par le comité exécutif de l'UdeM (A-16/962e/159) en 2004, le bâtiment rénové pourrait alors accueillir une bonne dizaine de départements, facultés et centres, en plus de certaines unités maintenant situées dans des locaux loués sur l'avenue du Parc. Voilà une stratégie qui éviterait l'éparpillement des unités universitaires et permettrait des économies significatives en frais de location d'espaces.
Enfin, pour ce qui est du Pavillon des sciences, on devrait, dans la poursuite de l'objectif du développement durable, examiner des scénarios visant à recycler et à agrandir certains bâtiments existants comme, par exemple, l'actuel pavillon De Sève, lequel est rendu à la fin de sa vie utile. D'autres options pourraient aussi être examinées. Avec une approche contemporaine de l'aménagement, il serait possible de densifier le campus actuel tout en accroissant ses espaces verts. Notre inquiétude réside dans le fait que la direction de l'université n'a jamais examiné sérieusement de tels scénarios alternatifs et refuse toujours de le faire.
***
Michel Seymour, Louis Dumont, Jean-Claude Marsan et Daniel Turp - Professeurs à l'Université de Montréal

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Michel Seymour22 articles

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Michel Seymour est né en 1954 à Montréal. Très tôt, dès le secondaire, il commence à s’intéresser à la philosophie, discipline qu’il étudie à l’université. Il obtient son doctorat en 1986, fait ensuite des études post-doctorales à l’université Oxford et à UCLA. Il est embauché à l’université de Montréal en 1990. Michel Seymour est un intellectuel engagé de façon ouverte et publique. Contrairement à tant d’intellectuels qui disent avec fierté "n’avoir jamais appartenu à aucun parti politique", Seymour a milité dans des organisations clairement identifiées à une cause. Il a été l’un des membres fondateurs du regroupement des Intellectuels pour la souveraineté, qu’il a dirigé de 1996 à 1999. Pour le Bloc québécois, il a co-présidé un chantier sur le partenariat et a présidé la commission de la citoyenneté. Il est toujours membre du Bloc, mais n’y détient pour l’instant aucune fonction particulière.





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