Un pipeline… et des oeufs pour Justin Trudeau

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Trudeau mal accueilli à la marche pour le climat


Justin Trudeau avait à peine eu le temps de mettre un pied dans le cortège de la marche pour le climat vendredi qu’il était accueilli par… des oeufs. Et si le chef libéral s’en est tiré indemne, l’écho du mot « pipeline » l’a accompagné tout au long de son parcours de 45 minutes.


M. Trudeau a rejoint la manifestation à l’angle des rues Sherbrooke et du Parc, pour marcher vers l’est. Mais aussitôt, un manifestant qui se trouvait près du premier ministre a tenté de l’atteindre avec une douzaine d’oeufs. Il a toutefois raté sa cible et a été rapidement maîtrisé par de nombreux policiers, qui l’ont immobilisé au sol entre les éclats de coquilles et de jaunes d’oeuf. Le court incident a semblé ébranler le fils aîné des Trudeau, que son père a consolé avant de reprendre la marche.


Pour éviter que le chef libéral se heurte de trop près aux manifestants qui ne manqueraient pas de dénoncer l’achat du pipeline Trans Mountain, l’équipe libérale avait prévu de convoquer quelques centaines de sympathisants pour un rassemblement partisan juste avant le début de la grande marche. C’est donc entouré d’un dispositif de sécurité serré (cordon policier de chaque côté, cercle de gardes du corps en civil tout autour) et avec l’appui de ses militants et candidats que Justin Trudeau a fait le parcours.


Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienneDes policiers ordonnent au manifestant ayant tenté de lancer des œufs sur le premier ministre de rester au sol, après l’avoir dans un premier temps immobilisé.

M. Trudeau aura tout de même pu entendre plusieurs critiques le long de son trajet. « Comment pouvez-vous marcher ici alors que vous avez acheté un pipeline ? » lui a lancé une dame en début de marche. « No pipelines », ont scandé plusieurs personnes, un thème qui a été repris sous différentes formes plus ou moins polies.


D’autres ont fait preuve d’humour pour inciter le premier ministre à passer à l’action. « Justin, arrête de faire des bye-bye », a entamé un groupe qui suivait le leader pendant qu’il envoyait la main à gauche et à droite. « Arrête de faire la rue, retourne travailler », ont lancé des jeunes en rigolant.


À cela, les libéraux répliquaient par une adaptation de leur slogan de campagne : « On avance pour la planète », a souvent entamé en choeur le cortège libéral, ce qui avait pour effet d’enterrer les slogans d’opposition au chef.


Ironie


Cela dit, Justin Trudeau a tout de même marché un bon moment au milieu de l’immense foule qui a convergé à Montréal. Les chefs du Bloc québécois (Yves-François Blanchet) et du Parti vert du Canada (Elizabeth May) ont également participé au rassemblement.


Jointe après l’événement, Mme May se disait « absolument ravie de cette manifestation de leadership des jeunes. C’était un cri d’espoir incroyable ». Plus tôt, elle avait souligné dans un communiqué que « les données scientifiques sont très claires. Nous devons agir maintenant pour éviter un réchauffement climatique irréversible qui aura des conséquences désastreuses pour notre biosphère ».


Quant au chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, il a participé à la marche pour le climat qui se tenait à Victoria. Il a noté l’ironie de voir M. Trudeau marcher pour le climat alors que les jeunes militants dénoncent justement les chefs d’État pour leur inaction. « Les jeunes disent : “Comment osez-vous trahir notre avenir ?” Ils sont fâchés. Et ils ont raison. Parce que face à cette crise climatique, les dirigeants mondiaux ont ignoré les jeunes », a-t-il soutenu avant l’événement.


Seul chef fédéral à avoir refusé de s’associer personnellement au mouvement pour le climat (sans compter Maxime Bernier), le conservateur Andrew Scheer a néanmoins affirmé qu’il « est toujours inspirant de voir un grand nombre de personnes, surtout les jeunes, qui s’engagent dans les enjeux importants ». Selon lui, les manifestants « réalisent aujourd’hui que le plan de Justin Trudeau ne fonctionne pas. Et je trouve ça intéressant de voir Justin Trudeau manifester contre son propre bilan environnemental ».


Greta Thunberg


En matinée, Justin Trudeau a rencontré la militante suédoise Greta Thunberg. Celle-ci lui a dit que le Canada n’en fait pas assez pour lutter contre les changements climatiques… et le constat est partagé par M. Trudeau.


« Je suis totalement d’accord » avec ceux qui disent que le pays doit redoubler d’ardeur face à la crise climatique, a-t-il dit aux médias. « Et c’est ce qu’on va faire », promet le chef libéral. En cette journée consacrée à l’urgence climatique, il a ainsi répété plusieurs fois qu’il est « à l’écoute », que le Canada « doit faire plus », que « la crise frappe à nos portes » et qu’on « n’a plus de temps à perdre ».


Dans la foulée, M. Trudeau a annoncé à quoi serviront les premières retombées de l’exploitation du pipeline Trans Mountain : à planter des arbres. « On s’est engagés à investir tous les profits de l’oléoduc dans la lutte contre les changements climatiques », a réitéré le chef libéral pour justifier le paradoxe d’une mesure verte financée par des produits pétroliers.


Les libéraux promettent essentiellement d’investir 3 milliards sur 10 ans pour financer différentes « solutions climatiques naturelles ». La mesure phare annonce la plantation de deux milliards d’arbres (qui captent le carbone et le stockent dans leurs racines, leur tronc, leurs branches) durant cette période.


Sur une base annuelle (200 millions d’arbres), cela équivaudrait à une augmentation d’environ 33 % de ce qui se fait déjà : un peu plus de 600 millions d’arbres sont plantés chaque année au pays, selon les derniers rapports annuels de Ressources naturelles Canada. Quelque 3500 emplois saisonniers liés à la plantation d’arbres seraient créés par la promesse libérale, dit-on.


Les libéraux estiment que la mesure permettra d’éliminer 30 mégatonnes de gaz à effet de serre. M. Trudeau n’a pas répondu précisément à la question de savoir quel pourcentage de l’augmentation anticipée des émissions de GES découlant du projet Trans Mountain serait ainsi compensé.


Les autres mesures sont plus floues, le plan ne détaillant pas les sommes consacrées à chacune. On parle, entre autres choses, de « travailler avec les provinces » et d’autres intervenants pour « élaborer un modèle de partage des coûts afin d’augmenter la superficie du couvert arboré » au pays ; « de lutter contre les infestations (comme celle de l’agrile du frêne) ; de soutenir les efforts déployés pour conserver et restaurer des forêts, des terres humides et des terres agricoles ».



Avec Marie Vastel