Un fédéralisme de respect

Ottawa doit respecter les champs de compétence légitimes des provinces, des villes et des ordres de gouvernement autochtones

Course à la chefferie du PLC


Nous avons survécu à deux référendums sur la séparation. Nous en gagnerons également un troisième si on nous l'impose. Les souverainistes veulent forcer les Québécois à choisir entre le Canada et le Québec, qui font tous deux partie de leur âme. Les Québécois ont toujours refusé ce choix.
Les Québécois resteront canadiens parce que notre pays respecte leur droit à rester l'un et l'autre, dans l'ordre qu'ils préfèrent. Le Canada n'a jamais imposé un credo patriotique unique à ses citoyens. Le Canada est fondé sur le respect dont nous jouissons (dans le cadre de la loi) pour décider par nous-mêmes ce que c'est que d'être Canadien. Le Canada prévaudra, peu importe ce que les séparatistes nous préparent. Mais cela ne signifie pas que tout va bien chez nous.
Le Québec n'a pas ratifié notre constitution et jusqu'à ce qu'il le fasse, les fondations mêmes de notre union sont instables. Nous devons créer les conditions de bonne volonté qui nous permettront de bâtir une fondation constitutionnelle avec le consentement sans réserves de tous les partenaires qui composent notre fédération. Afin de créer ces conditions de bonne volonté demain, nous devons pratiquer, dès aujourd'hui, le fédéralisme de la reconnaissance et du respect.
Le rôle du fédéral
Le gouvernement fédéral doit respecter les champs de compétence légitimes des provinces, des villes et des ordres de gouvernement autochtones. Le gouvernement fédéral doit posséder la confiance nécessaire pour aller au-delà des démonstrations frénétiques de sa pertinence que sont ses intrusions incessantes dans les champs de compétence des autres partenaires. Il doit concentrer ses efforts en vue de devenir un gestionnaire compétent de ses propres champs de compétence. Qui pourrait affirmer, par exemple, que le gouvernement fédéral gère avec compétence ses responsabilités envers les peuples autochtones?
La reconnaissance signifie comprendre que les provinces ne sont pas toutes pareilles, mais qu'elles sont toutes égales. Le Québec a droit à une reconnaissance, en pratique, du caractère distinct de sa langue, de sa culture, de son droit civil et de son histoire. Il a le droit d'être maître chez lui, à l'intérieur de la fédération canadienne.
Le Québec a également le droit de jouer un rôle dans les négociations internationales qui concernent ses champs de compétence provinciaux, particulièrement lorsque l'on touche à la défense de la langue et de la culture françaises.
Dans les deux sens
Cependant, le respect va dans les deux sens. Les provinces doivent également respecter les champs de compétence légitimes du gouvernement fédéral.
Celui-ci est chargé de la défense du pays, de la protection de ses frontières, de la mise en place d'une infrastructure nationale et d'un marché économique national, ainsi que de la protection des droits de citoyenneté que possèdent tous les Canadiens. Sans respect pour ces champs de compétence fédéraux, nous n'avons pas de pays.
Le gouvernement fédéral ne possède pas un monopole sur les affaires étrangères, mais il est pertinent qu'il coordonne la présence extérieure du Canada, en collaborant avec les provinces afin d'assurer que le Canada parle à l'unisson, même si le porte-parole provient d'une province.
Respect et reconnaissance sous-entendent clarté. La stratégie d'ambiguïté calculée de M. Harper vis-à-vis des aspirations internationales du Québec est fort dangereuse. Déjà, M. Duceppe accueille la manoeuvre de M. Harper relativement à l'UNESCO comme un premier petit pas dans la direction d'une politique étrangère pour le Québec.
Ce petit jeu doit cesser. Lors de dialogues conjoints, le Canada et le Québec doivent déterminer qui fait quoi en matière de relations internationales, afin que les aspirations québécoises visant à obtenir une voix internationale puissent coïncider avec le droit fédéral d'assurer la présence mondiale de notre nation. Si nous affichons nos conflits de compétence à la face du monde, nous nuisons non seulement à la position du Canada, mais également à celle du Québec.
Michael Ignatieff
Nous publions ici un extrait d'une allocution prononcée hier à l'Université d'Ottawa par le député libéral fédéral d'Etobicoke-Lakeshore candidat pressenti à la direction du Parti libéral du Canada.


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