«Un autre système» occulte à Laval

Vaillancourt a offert d’aider financièrement une candidate à la mairie

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Gilles Vaillancourt n'est qu'un pantin. Qui est le « Parrain »?

Même accusé de gangstérisme, Gilles Vaillancourt a tenté de s’infiltrer dans la campagne électorale à Laval. Enregistré à son insu, l’ex-maire a affirmé à une candidate à la mairie qu’un « autre système » de financement des partis est en place dans la ville qu’il a dirigée durant 23 ans.
Accusé de gangstérisme, fraude, corruption et complot, avec 36 autres notables lavallois, l’ex-maire déchu a tout de même offert en août dernier à Claire Le Bel, candidate à la mairie, de lui fournir du financement politique. Mme Le Bel, ancienne conseillère dans l’administration Vaillancourt, a enregistré l’ex-maire, qui offre de l’aider « très discrètement » à garnir sa caisse électorale. Elle dit être dégoûtée par cette offre non sollicitée.

Cette révélation explosive de Radio-Canada a créé une onde de choc dans la troisième ville du Québec, qui se relève péniblement d’une série de scandales éthiques.

« Tu sais, même s’il y a une nouvelle loi, même si tout le monde dit : “regardez, je me suis peinturé les mains en blanc », […] écoute bien, là, la réalité, c’est qu’il y a déjà un autre système », dit l’ex-maire à Claire Le Bel, dans l’enregistrement.

« [Lorsque tu sortiras] tes candidats, j’essaierai de faire trois ou quatre appels pour que les gars t’aident un peu, poursuit-il. Si vous avez besoin de moi, je serai capable de vous aider très discrètement, sans surtout le faire savoir à personne », dit aussi Gilles Vaillancourt.

Claire Le Bel, qui a quitté l’ancien parti de Gilles Vaillancourt dans la foulée des scandales à Laval, dit avoir remis cet enregistrement compromettant à l’escouade Marteau. Deux membres de son personnel politique l’accompagnaient lorsqu’elle a enregistré Gilles Vaillancourt à son insu, dans son bureau de campagne, en août dernier. Claire Le Bel fera le point sur cette histoire ce mardi matin, à son local électoral. « [Gilles Vaillancourt] attache les futurs élus, ça m’écoeure un peu, je trouve ça dégueulasse », réagit-elle dans le reportage de Radio-Canada.

Stupeur chez les candidats

Les candidats à la mairie de Laval ont déploré ce nouvel épisode dans la succession de scandales qui secouent la ville depuis des mois. Le policier à la retraite Marc Demers, candidat du Mouvement lavallois, soutient que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) doit relancer son enquête criminelle sur l’administration Vaillancourt, à la lumière de ces nouvelles révélations. L’UPAC a refusé de commenter l’affaire, lundi.

« Si des informations sensibles nous sont transmises par les policiers, on va les analyser », a réagi de son côté Jean-Pascal Boucher, porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Le fait que Claire Le Bel a accepté de rencontrer l’ancien maire Vaillancourt, même à reculons, soulève des doutes sur le jugement de la candidate à la mairie, selon Marc Demers.

« M. Vaillancourt est accusé de gangstérisme, elle ne peut pas dire qu’elle ne le sait pas. Et elle a accepté de le rencontrer. Je n’aurais pas réagi de la même façon qu’elle. »

De son côté, Robert Bordeleau, du Parti au service du citoyen, se réjouit de ce que Mme Le Bel ait dénoncé la tentative d’intrusion de Gilles Vaillancourt dans la campagne. Mais il se demande si l’ex-maire a étendu son offre de services à d’autres candidats. En plus de Claire Le Bel, les conseillers France Dubreuil, Jacques Saint-Jean et Denis Robillard, qui étaient membres de l’administration Vaillancourt, ont présenté leur candidature en tant qu’indépendants aux élections du 3 novembre.

« Je n’ai jamais rien reçu de M. Vaillancourt et je ne veux rien savoir de M. Vaillancourt », a indiqué lundi au Devoir la candidate France Dubreuil. Elle affirme n’avoir jamais servi de prête-nom et fait campagne sur l’intégrité.

Confusion des électeurs

Ce rebondissement ajoute à la confusion qui règne à Laval après plus de deux décennies de pouvoir quasi absolu de Gilles Vaillancourt. Plus d’une demi-douzaine de candidats se sont lancés dans la course à la mairie. Les électeurs sont confus. Ils parviennent difficilement à reconnaître les candidats et les enjeux.

L’intervention inopinée de Gilles Vaillancourt « jette un voile sur les enjeux de la campagne, croit Jean-Claude Gobé, candidat d’Action Laval. On veut parler de nos idées sur le transport, les aînés, l’environnement, et là, on passe notre temps à commenter des folies comme ça. Ce que je crains c’est que ça augmente le taux de désabusement et de cynisme des électeurs. »

La Ville se trouve sous tutelle depuis le mois de juin, lorsque le maire par intérim Alexandre Duplessis, considéré comme le dauphin de Gilles Vaillancourt, avait dû démissionner après une curieuse histoire impliquant des prostituées. Les deux plus hauts fonctionnaires lavallois ont aussi été emportés par la tourmente des derniers mois.

Le ministre des Affaires municipales a rendu public lundi le rapport final de vérification interne sur la gestion de la Ville entre le 15 novembre 2012 et le 3 juin 2013. La gestion de la Laval est satisfaisante malgré des correctifs mineurs à apporter, concluent les vérificateurs Reney Cromp et Richard Villeneuve.


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