Un accord de paix pour isoler les extrémistes

Par Paul Makdissi et Joseph Zeira

Géopolitique du Proche-Orient


Depuis les trois dernières semaines, Israël et le Liban s'enlisent dans un horrible conflit qui entraîne de la souffrance et des coûts humains, matériels et sociaux des deux côtés. Le Liban est malheureusement devenu le théâtre d'une catastrophe humanitaire qui semble empirer de jour en jour. Plusieurs vies humaines y sont sacrifiées et on assiste à une destruction d'une ampleur incroyable ainsi qu'à une vague énorme de réfugiés.
Les Israéliens aussi souffrent du conflit puisque le nord du pays est la cible continuelle de tirs de roquettes et paie lui aussi un prix en termes de vies humaines et en destructions matérielles. Devant ces développements très inquiétants, nous croyons que les universitaires doivent sortir de leur tour d'ivoire et se prononcer afin de faire arrêter cette violence.
Nous espérons qu'en unissant la voix d'un Israélien à celle d'un Libanais, nous puissions être entendus. Sans entrer dans une analyse détaillée de la présente étape du conflit israélo-arabe, il y a quelques vérités qui méritent d'être énoncées maintenant plus que jamais.
Premièrement, il est immoral et injustifié de cibler des civils, et ce, même si les combattants du Hezbollah se cachent parmi eux. Le fait que ce soit une réponse à des attaques de l'autre partie sur des civils ne peut servir de justification. Ces attaques sont injustifiables, un point c'est tout. Cela est tout particulièrement vrai présentement, puisque les bombardements de populations civiles sont utilisés pour terroriser les populations afin d'obtenir des gains politiques tels que forcer le gouvernement libanais à agir contre le Hezbollah ou le gouvernement israélien à mettre fin à ses attaques. Terroriser de la sorte les populations civiles est immoral et inefficace puisque tout ceci crée plus de colère et de haine des deux côtés.
Deuxièmement, un cessez-le-feu immédiat est nécessaire et constitue un premier pas vers une solution du problème. Lorsque les gouvernements américain et britannique arguent qu'un cessez-le-feu n'est possible qu'après qu'une solution politique a été trouvée, ils renversent complètement le problème. Une solution politique n'est jamais obtenue pendant que les fusils et les canons résonnent. Un cessez-le-feu est donc nécessaire afin de calmer le jeu, d'avoir une meilleure perspective du problème et surtout afin d'arrêter les tueries, la souffrance et la destruction. Si les conditions du cessez-le-feu doivent être négociées, ceci peut se faire très rapidement. Donner plus de temps à Israël afin de combattre le Hezbollah n'aide pas le Liban et, en bout de ligne, n'aide pas Israël non plus.
Troisièmement, il faut analyser les racines du présent conflit, qui sont claires et évidentes. Il y a une guerre parce qu'il n'y a pas de paix. En d'autres termes, le présent conflit a fait éruption parce qu'il n'y a pas encore d'accord politique entre Israël et tous les pays arabes. Israël a réglé ses disputes territoriales avec l'Égypte et la Jordanie et il y est parvenu grâce à des négociations et des ententes sur leurs relations, évitant ainsi des conflits et de la violence.
Par contre, Israël n'a pas encore réglé ses disputes territoriales avec les Palestiniens, les Syriens et les Libanais. Résultat de cet état de fait : le conflit reste vivant et il refait surface de temps en temps. La condition nécessaire permettant de régler le conflit est donc un règlement des disputes territoriales entre Israël et ces trois pays. Il n'est pas difficile d'imaginer quelle sera l'issue possible de ces négociations. Israël devra retourner à ces frontières de 1967 et la Palestine, la Syrie et le Liban devront reconnaître l'existence de l'État israélien, signer un accord de paix et normaliser leurs relations avec ce pays.
Est-ce qu'un tel accord peut trouver un appui dans toutes les populations concernées ? Nous croyons qu'il aura le soutien de la majorité des deux côtés. Et, si un tel accord est mis en place et commence à changer la réalité quotidienne entre Israël et ses voisins, il aura comme impact d'isoler politiquement pour la première fois les extrémistes alors que le conflit actuel ne fait qu'augmenter leur influence.
Est-ce qu'un tel accord est au programme ? Il est difficile de croire qu'il puisse émerger dans l'avenir immédiat. Israël continue d'essayer de maintenir les gains territoriaux de sa victoire en 1967. D'autre part, les modérés en Palestine et dans les autres pays arabes ont vu leur pouvoir politique décroître dernièrement. Les États-Unis ne travaillent pas non plus actuellement à trouver un accord de paix global. Par contre, nous croyons fermement qu'il n'y a pas d'alternative à cette solution. C'est ce qui arrivera un jour parce que tout autre statu quo est un équilibre non viable et est condamné à exploser de temps à autre, comme c'est le cas présentement. Donc, la fin de la partie est claire. La seule question qui demeure en suspens est de savoir combien de sang sera versé avant qu'un accord soit signé. Nous devons tous espérer et agir afin d'arrêter le plus rapidement possible ce bain de sang.
Les auteurs sont tous deux professeurs d'économie.
Paul Makdissi, Université de Sherbrooke, citoyen canadien et libanais
Joseph Zeira, Hebrew University, Jérusalem, Israélien


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