DÉBAT DU PQ ORGANISÉ PAR «LE DEVOIR»

Ultime affrontement avant le vote

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Les candidats préparent l’armistice?

Les quatre candidats à la direction du Parti québécois, Alexandre Cloutier, Jean-François Lisée, Martine Ouellet et Paul St-Pierre Plamondon, n’ont pas manqué d’exprimer leurs divergences sur les questions de la langue française, de la laïcité et des seuils d’immigration lors du débat organisé par Le Devoir sur les thèmes de la culture et de l’éducation.

Mais les protagonistes, qui semblaient conscients des lendemains qui suivront la course à la chefferie, sont demeurés modérés dans leurs échanges.

Quand il fut question de la laïcité de l’État, Alexandre Cloutier a soulevé le risque de « fracture » et parlé d’une « voie de passage justement pour s’unir, pour additionner, parce que plus que jamais le PQ doit rassembler. […] Le visage du Québec a changé et le PQ doit également changer ». Jean-François Lisée croit que le candidat du Lac-Saint-Jean imite Philippe Couillard en reprochant leur « fermeture » à ceux qui ne pensent pas comme lui. « Dire que ça va effrayer les communautés si on dit qu’on veut marcher vers une société plus laïque, c’est ne pas les connaître », a-t-il dit. Il veut lancer un débat sur l’interdiction de la burqa et du niqab dans l’espace public, mais Paul St-Pierre Plamondon va plus loin en proposant de mettre en oeuvre cette interdiction purement et simplement.

Sur la fixation du nombre d’immigrants admis au Québec, Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée se sont opposés tandis que Paul St-Pierre Plamondon affirmait qu’on pouvait discuter d’abaisser le seuil à 5000 immigrants ou encore de l’augmenter à 95 000 sans se faire jeter la pierre. « On a le droit de mener ce débat-là sans se faire traiter de xénophobes », a lancé le candidat.

Reprenant les arguments de la Chambre de commerce de Québec qui se plaint des pénuries de main-d’oeuvre, Alexandre Cloutier a plaidé pour le maintien des seuils actuels afin d’assurer le développement économique. « La réponse facile, c’est de réduire les seuils. La réponse intelligente, c’est de dire : on va mieux accompagner », a-t-il dit. Martine Ouellet a critiqué le manque de ressources consenties à l’intégration des immigrants et proposé de recréer les COFI (Centre d’orientation et de formation des immigrants). Pour Jean-François Lisée, qui a suggéré que le vérificateur général du Québec soit mandaté pour proposer des seuils au gouvernement, le nombre de 50 000 immigrants, « c’est un chiffre inventé par les libéraux […]. C’est de la rectitude politique de dire qu’il faut s’en tenir à ce chiffre ».

Sur la langue de travail, Martine Ouellet et Jean-François Lisée ont eu un accrochage, la candidate rappelant à son collègue la position qu’il avait prise en évoquant la possibilité d’exiger que les guichetiers de la Société de transport de Montréal (STM) connaissent l’anglais. Cette possibilité était prévue par René Lévesque et Camille Laurin lors de la rédaction de la loi 101, a-t-il soutenu. « Soit tu veux changer la loi 101 pour enlever ce que Camille Laurin et René Lévesque y avaient mis, soit tu arrêtes de m’achaler avec ça », a-t-il répliqué devant un parterre de plus de 250 personnes.

Consensus sur l’éducation

Les échanges en matière d’éducation ont toutefois permis de mettre en lumière des consensus.

Ainsi, les quatre aspirants chefs se sont dits favorables à une modification de la Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves ou d’étudiants afin de reconnaître, mais également d’encadrer, le droit de grève des étudiants. « [Il faut] que ça se déroule convenablement », a affirmé M. Cloutier, se disant, à l’instar de ses trois adversaires, en faveur du vote secret. Il n’est pas question de restreindre la « liberté d’expression et la liberté d’association », a insisté M. St-Pierre Plamondon, rappelant avoir été « avocat des carrés rouges » durant le printemps 2012.

Les candidats se sont également tous désolés des « moyens » à la disposition des enseignants québécois. M. Lisée préconise l’octroi de « plus de moyens » aux écoles en milieu défavorisé.

À ce sujet, M. Cloutier estime que les écoles publiques sont « de moins en moins publiques » notamment en raison de la multiplication des programmes d’éducation internationale ou encore de sports-études. Les directions d’école « sélectionnent » des élèves, puis « refilent la facture » aux parents, a-t-il déploré. De leur côté, les enfants éprouvant des difficultés d’apprentissage vivent une « tragédie » devant l’absence de ressources. « Il est grand temps de faire du ménage là-dedans », a-t-il fait valoir.

Par ailleurs, M. Cloutier et M. St-Pierre Plamondon se sont engagés à contraindre les écoles secondaires privées, subventionnées à hauteur de 75 % par l’État, à accueillir davantage d’élèves en difficulté. M. St-Pierre Plamondon a déploré que les écoles privées aient pris sous leur aile à peine 20 % des enfants en difficulté.
Par souci d’« équité », Martine Ouellet préconise la gratuité scolaire de la maternelle au postdoctorat. Cette mesure coûterait 600 millions, mais s’« autofinancerait » après quelques années au moyen des impôts plus élevés des diplômés, a-t-elle fait valoir. Alexandre Cloutier est aussi d’accord avec la « gratuité scolaire », mais seulement pour « 50 % des familles, les plus pauvres ». « Tu n’es pas prêt à aller jusqu’au bout », a déploré Mme Ouellet.
M. Lisée est, à un moment, sorti du lot. Il est tombé à bras raccourcis sur le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ), qui, selon lui, a abandonné les enfants fréquentant l’Académie Beth Esther. « J’étais scandalisé de voir que la Direction de la protection de la jeunesse a laissé tomber ces enfants-là de cette école illégale de Montréal [établie par une communauté juive hassidique] en disant “c’est réglé". Ce n’est pas réglé. Si j’étais premier ministre, la DPJ continuerait de suivre ces enfants et ferait en sorte qu’ils aient droit au savoir », a-t-il déclaré, d’un ton décisif. Il préconise la ligne dure envers les écoles illégales.
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