LIBRE OPINION

Trouver l’ambition de changer notre passé en avenir

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«Ce qui manque au Québec ? Une nouvelle élite ambitieuse dont l’horizon dépasse la culture du divertissement»

Dans un texte inspirant publié dans Le Devoir vendredi dernier (« À fonds perdu », 10 juin), Yvon Rivard se demande « comment il se fait que le Québec des cinquante dernières années ait développé tant de compétences dans tous les domaines pour que cela aboutisse à tant de médiocrité politique et morale aujourd’hui ». Il est vrai que l’idée de voir des minières exproprier le sous-sol n’est pas rassurante, que d’entendre des candidats du PQ proposer de tenir un référendum de la dernière chance est plutôt anachronique, et de constater que les libéraux n’ont rien compris des enquêtes sur les commandites ou de la commission Charbonneau devient décourageant. Mais ces éléments sont anecdotiques et cachent le combat de très grande ampleur qui devrait nous préoccuper.

En fait, le programme de la Révolution culturelle que nous nous étions donné a été en bonne partie réalisé : nous avons mis fin à l’humiliation culturelle et économique des Canadiens français. Nous avons fait plus encore en sortant l’éducation du giron ecclésial et en assainissant les rapports de société. Nous nous sommes attaqués en effet aux inégalités sociales, à la pauvreté, au statut des femmes. Nous avons créé des institutions et des universités, nous avons pris notre modeste place dans le monde occidental, en deux générations, et nous étions en situation de nous affirmer plus encore quand les enjeux ont radicalement changé, à la toute fin du XXe siècle.

De 1990 à 2000, en dix courtes années, notre monde a basculé. L’URSS et ses satellites se sont désintégrés, le communisme a cessé d’être une menace ou un espoir, la mondialisation des marchés s’est subitement accélérée, la dissémination d’Internet a amorcé une colonisation nouvelle, les Québécois ont refusé une fois encore de quitter le Canada politique. La France, qui était notre interlocuteur privilégié, a intégré l’Europe, nous nous sommes retrouvés seuls en Amérique du Nord, à peine distincts des autres sociétés.

De plus, comme nous avions cessé de faire des enfants, pour combler notre déficit démographique l’immigration nous est apparue comme une solution facile qui s’est avérée complexe.

Le bogue de l’an 2000 mal évalué

En somme, nous avons mal évalué « le bogue de l’an 2000 ». Ce n’était pas un problème de calcul que posaient les ordinateurs, mais celui d’un accélérateur culturel. En quelques années, la création des réseaux sociaux allait profondément transformer les citoyens de tous les pays.

Au XXe siècle, il n’y avait que quelques villes cosmopolites, aujourd’hui tous habitent un univers planétaire. Nous avions à protéger notre langue sur le territoire du Québec, maintenant il faut la défendre dans le monde entier, et même parfois apprendre à la sous-titrer. Nous pensions que la nation était une entité identitaire irréductible, et voilà que des millions de jeunes se désintéressent de la nation québécoise pour choisir la nation Facebook, avec ses codes, son narcissisme, ses références culturelles, ses profils psycho-économiques et sa publicité ciblée. Si les djihadistes recrutent des soldats par Internet, Facebook et ses semblables recrutent des colonisés de l’air du temps. La médiocrité politique ou morale du système démocratique ne les intéresse pas. Ils sont « ailleurs ».

Québécois numériques

Les Québécois numériques ont choisi une identité nouvelle, internationale. Qu’avons-nous appris récemment des applications qu’ils utilisent quotidiennement dans leurs téléphones ? Que celles-ci ont comme objectif d’éliminer imprimés et journalistes, taxis ou agences de voyage, en fait tous les intermédiaires de l’économie locale, en vue de permettre une relation directe entre échangistes au profit de multinationales qui ne contribuent même pas aux fiscalités nationales. Les inventions créatives se multiplient.

Je crois même que les députés que nous élisons dans nos instances démocratiques seront un jour remplacés par une application, le citoyen votera à l’Uber-Assemblée nationale pour ou contre des projets de loi. Le Québec pourrait en quelques années se dissoudre dans le numérique, car ses citoyens sont de plus en plus privés d’informations politiques et de débats de société. Ce sont pourtant ces plateformes qui nous ont permis d’entreprendre la Révolution tranquille. Se souvient-on du rôle de Radio-Canada et des journaux ?
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