Tristes tropismes

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Seule la génétique peut séparer l'Autochtone de l'Européen


Tempête autour d’un arbre généalogique : on remet en cause les ascendances autochtones de Marie-Josée Parent, conseillère municipale de Montréal. Au-delà de la génétique, serait-il possible de penser autrement l’appartenance ? C’est du côté de la souveraineté autochtone assumée que des pistes de solution pourraient émerger.


D’abord, quelques constats sur le brouhaha ethnico-génétique récent. Il convient d’abord de remercier Marie-Josée Parent et sa soeur André-Yanne pour leur généreuse implication et leur engagement productif dans l’avancement de la cause des peuples autochtones. Et de saluer les pas importants qui ont été faits sous leur gouverne : à la Ville de Montréal, pour la première, et, pour la seconde, au niveau de la persévérance scolaire dans les communautés, André-Yanne ayant oeuvré aux programmes autochtones de Fusion Jeunesse.


Nous sommes là aux antipodes de l’opportunisme identitaire de métis autoproclamés qui usurpent le titre par des gesticulations puériles avec des visées de profits personnels ; ceux-là, en effet, méritent d’être dénoncés. Mais aujourd’hui, pourquoi donc le furetage généalogique vient-il s’attaquer à des personnes sincères et engagées ? Il y a là des motivations sous-jacentes qui doivent être remises en question.


Une recherche sérieuse se garderait de conclure péremptoirement. Ainsi, il aurait fallu écrire, si on avait respecté le protocole de recherche le plus élémentaire que, en se fiant uniquement à ce qu’on peut trouver dans les archives officielles, il n’est pas possible d’affirmer que telle ou telle personne a des ascendants autochtones. Et une recherche sérieuse se mène jusqu’au bout : on va voir les personnes intéressées et on leur demande si elles ont des éléments d’autres sources qui pourraient infirmer une conclusion toute temporaire.


Sabotage


Une mise en accusation publique, basée seulement sur la généalogie constituée par les registres officiels de l’Église et de l’État colonial, sans aucune autre recherche complémentaire, envers et contre des personnes qui sont aux avant-postes des actions nécessaires aux rétablissements des droits des peuples autochtones, constitue de par sa nature même une tentative de sabotage du mouvement vers la réconciliation et le dépassement du colonialisme qui a pris de l’ampleur ces dernières années dans la région métropolitaine, notamment grâce au travail et aux efforts qu’auront fournis Marie-Josée et André-Yanne Parent.


Il y a un effet pervers du colonialisme quand, du côté Premières Nations, on ne peut penser l’appartenance qu’en termes de blood quantum. Les peuples souverains se donnent des règles pour accueillir et adopter de nouveaux concitoyens avec des statuts qui vont de l’immigrant reçu, en passant par le résident permanent, jusqu’à l’octroi de la citoyenneté pleine et entière.


Les événements actuels devraient constituer le point de départ d’une réflexion sur la façon dont, même de manière purement symbolique, les Premières Nations pourraient offrir une forme de reconnaissance officielle aux personnes qui ont donné le meilleur d’elles-mêmes pour le progrès des peuples autochtones et qui sont devenues de facto membres de l’une ou l’autre de nos communautés. Ce serait là un véritable geste de défi à la fatalité coloniale qui nous condamne aux petitesses d’un mesquin décomptage génétique.


En conclusion, il apparaît souhaitable que conjointement et solidairement Ghislain Picard, chef de l’APNQL, et Valérie Plante, la mairesse, demandent à Marie-Josée Parent de reprendre le dossier de la réconciliation au sein du comité exécutif de la Ville de Montréal, parce qu’elle a démontré hors de tout doute qu’elle est la personne la plus compétente et la mieux placée pour s’occuper de ce mandat. Car, pour paraphraser un célèbre général, ce qui farfouille et gribouille ne saurait avoir d’importance au regard de l’Histoire en train de se faire.









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