Standard & Poor's craint une nouvelle crise grecque

Crise de l'euro


Par Guillaume Guichard - L'agence de notation estime qu'un deuxième défaut de la Grèce est probable. Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, met en garde contre ce genre de spéculations.
La zone euro n'est pas sortie de la zone de turbulence. Le constat est dressé à la fois par l'agence de notation Standard & Poor's et le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble. À peine une semaine après l'adoption d'un deuxième plan d'aide à la Grèce lors du sommet européen de jeudi dernier, l'agence juge les mesures prises insuffisantes et envisage déjà la possibilité d'une nouvelle crise grecque à moyen terme.
«Nous avons déjà dit que nous pensons que toute restructuration à court terme ne mettra sans doute pas un point final à cette histoire, a déclaré le responsable notation souveraine de l'agence, David Beers, à la chaîne CNBC. Il pourrait bien y avoir une nouvelle restructuration de grande ampleur sur la route.» Quand? «C'est en partie entre les mains des responsables politiques grecs. Mais nous ne serions pas surpris si une deuxième restructuration intervenait au cours des deux prochaines années», a-t-il ajouté.
Le deuxième plan d'aide à la Grèce prévoit que les banques, sur une base volontaire, acceptent d'essuyer des pertes afin de diminuer la dette grecque. En clair, il est prévu que la Grèce leur rembourse moins que ce qu'elle leur a emprunté. Une telle mesure fera fondre de 21% la valeur de la dette. Certains analystes estiment, comme Standard & Poor's, que cela ne sera pas suffisant. Une réduction de 50% serait nécessaire, ont ainsi calculé les économistes de la banque américaine JP Morgan.
Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a tenu à prévenir les spéculateurs, dans une interview accordée à l'hebdomadaire Le Point: «Ce serait le plus sûr moyen de perdre de l'argent après les décisions de jeudi dernier.» D'ailleurs, selon lui, «l'euro, en tant que monnaie, est solide et crédible et n'est pas affecté par les tensions sur les risques souverains».
«Pas de chèque en blanc»
Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a prévenu pour sa part qu'il «serait faux de croire que la crise de confiance dans la zone euro va s'achever grâce à un seul sommet». Dans une interview au magazine Stern, il a estimé que «l'intégration doit progresser et un État qui rencontre des difficultés et qui reçoit une aide doit en retour renoncer à une partie de sa souveraineté à l'Union européenne. Une telle issue serait meilleure que celle d'une éjection des pays endettés depuis la zone euro. L'Europe ne se stabilisera que lorsqu'il sera clair qu'aucun pays ne peut en sortir brutalement.»
Wolfgang Schäuble a également tenu à rassurer dans une lettre les députés allemands conservateurs et libéraux, plutôt hostiles au versement d'une nouvelle aide à la Grèce. Alors que le Fonds européen de stabilité financière, mécanisme d'aide aux pays en difficulté, a été autorisé à racheter des titres de dette grecque, Berlin ne relâchera pas la pression. «Le gouvernement allemand ne signe pas de chèque en blanc pour des rachats de grande ampleur sur le marché secondaire de la dette», a-t-il promis. Une telle opération, stipule d'ailleurs l'accord signé jeudi dernier, nécessite «une décision prise d'un commun accord par les États».
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Par Guillaume Guichard
Rédacteur, Le Figaro


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