Soulèvement en Syrie - Dieu s'invite

Géopolitique - Proche-Orient



Sourde jusqu'ici, la guerre entre communautés religieuses syriennes vient d'éclater à l'instigation du président Bachir al-Assad. Composée uniquement d'alaouites, une branche du chiisme, sa milice a tiré sur des sunnites, brûlé leurs maisons, sans oublier, évidemment, d'en jeter des centaines en prison. En un mot, au cours des derniers jours, le dictateur a redoublé d'ardeur en matière de violence. Avec d'autant plus de férocité que des sunnites ont réagi en liquidant, pour la première fois en quatre mois de conflit, trois miliciens. Après quoi, des civils partisans du régime et des sunnites révoltés par la mort de 2000 d'entre eux et la mise au cachot de 15 000 autres se sont entretués.
La dimension religieuse des affrontements des derniers jours permet d'avancer que le pire des scénarios évoqués au fil des événements est peut-être en voie de se réaliser, soit une guerre entre une minorité alaouite ayant la main haute sur l'armée ainsi que sur les organismes de répression et une majorité sunnite désarmée. La minorité chrétienne? Elle prie tous les dieux du ciel pour ne pas être prise en tenailles, comme ce fut le cas en Irak, où le nombre de catholiques a fondu comme neige au soleil d'Orient.
Le tournant constaté au cours des derniers jours a ceci de troublant, c'est le moins que l'on puisse dire, qu'un acteur de poids a lui aussi abattu la carte religieuse sur un échiquier que l'on sait très explosif. Il s'agit de la Turquie. La Turquie très majoritairement sunnite. Toujours est-il que le premier ministre de ce pays, Recep Tayyip Erdogan, a facilité la tenue d'une vaste assemblée des figures de proue de l'opposition à al-Assad à Istanbul.
Signe de son agacement, pour rester modéré, que lui inspire le comportement brutal du président syrien, Erdogan a multiplié les gages de solidarité à l'égard de la branche syrienne des Frères musulmans. Pour bien illustrer combien ces derniers révulsent l'élite alaouite, il suffira de mentionner que tout Syrien associé à cette organisation est condamné à mort. Bien. Ils se sont donc réunis dans un hôtel à Istanbul et devaient être reliés technologiquement à des leaders laïques de cette même opposition regroupés à Damas.
Qu'a fait al-Assad? Il a ordonné aux services de sécurité d'interrompre l'assemblée de Damas. Résultat, neuf personnes ont été tuées, les autres ont été emprisonnées. À Istanbul, les Frères musulmans, plus nombreux que les autres courants et donc plus influents, se sont aliénés à la fois les Kurdes, qu'ils ont refusé de reconnaître histoire de satisfaire Erdogan, les chrétiens et les laïcs. Pratiquement tous ont déserté la réunion.
Quand on sait que l'Iran s'agite en coulisse au profit d'al-Assad, c'est à se demander si le soulèvement en Syrie va rester circonscrit aux frontières de ce pays.


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