Sondages 2007 : Dur lendemain de veille : PLQ 48, ADQ 41, PQ 36

Québec 2007 - Tribune libre de Vigile

Jouer les prédicateurs à partir des sondages peut s’avérer un sport extrême, surtout lorsque les sondages se trompent. D’abord, les sondages du 24 mars avaient vu juste en ce qui concerne les appuis PQ, que Léger Marketing et CROP estimaient respectivement à 28 et 29%, alors que le verdict des urnes a été de 28,3%. Par contre, leurs estimations de 34% et 35% du vote libéral de 33,1% avait été légèrement surévaluée. Mais surtout, Léger Marketing et CROP avaient franchement sous-estimé la performance adéquiste, dont le résultat de 30,8% a été nettement supérieur aux 24% et 25% annoncés. Les prédictions faites dans cette chronique ont donc surtout raté la cible en Montérégie (le fameux 450) et dans les Laurentides, où l’ADQ a d’ailleurs surpris tout le monde. Le bilan final est de 102 prédictions justes sur 125, soit un peu impressionnant 82%. Si on introduit les véritables pourcentages d’appui à chaque parti dans le modèle mathématique, on obtient 45 députés du PLQ, 40 du PQ et 40 de l’ADQ, pour un taux d’exactitude de 97%. Mais on ne refait pas le passé.
Les défaites dans plusieurs châteaux forts péquistes, dont Blainville et Masson, sont particulièrement douloureuses. Mais un des cas qui exprime le mieux l’ampleur de cette vague est celui de la circonscription de La Prairie. Après s’être livré un duel sans merci à grands coups de déclarations publiques enflammées, le candidat péquiste François Rebello et le député libéral sortant, Guy Dubuc, ont tous deux été coiffés au fil d’arrivée par une candidate adéquiste, Monique Roy Verville, 46 ans, forte d’un diplôme de Secondaire V, oeuvrant modestement à titre de commis pour une pharmacie et n’ayant à peu près fait aucune campagne autre que son affichage. Tout au long de la campagne, François Rebello n’a cessé d’exiger un débat de tous les candidats de La Prairie devant public, une invitation que son adversaire libéral a toujours refusée. Voilà qui aurait donné l’occasion aux gens de La Prairie de constater le peu d’envergure de la candidate adéquiste, comme ce fut le cas pour l’adéquiste Mario Provencher dans Rouyn-Noranda/Témiscamingue. Ce dernier avait eu le malheur d’être invité à prendre la parole devant les membres de la Chambre de commerce locale, ce qui fit éclater au grand jour son incompétence (merci à Gabriel R. pour le tuyau). Dans La Prairie, il semble paradoxalement que ce soit en refusant d’affronter le candidat du PQ en débat que le candidat du PLQ a assuré la victoire de la candidate de l’ADQ. Dans les mois à venir, il nous sera probablement donné l’occasion de constater que d’autres députés adéquistes n’ont pas l’étoffe d’un membre de l’Assemblée nationale digne de ce nom.
L’équipe adéquiste n’a donc vraiment rien à voir avec le caucus péquiste de 1976, réputé le plus bardé de diplômes et de compétences de l’histoire et, sans surprises, le meilleur gouvernement que le Québec moderne ait connu. À l’opposé, on peut méditer sur une déclaration du député adéquiste sortant de Vanier (celui qui avait l’appui de Jeff Fillion, vous vous souvenez?) qui disait en fin de campagne, « ici dans Vanier, on ne vote pas pour les élites ». Ce relent du vieux contentieux de la basse-ville contre la haute-ville de Québec semble s’être étendu à l’échelle de tout le Québec, en particulier contre Montréal. Cette attitude ressemble parfois à la Révolution culturelle chinoise au cours de laquelle les intellectuels ont été envoyés dans les rizières. On verra bien le résultat.
Puis il y a Québec solidaire, confortablement lové dans sa bulle. Ce lundi soir, dans leur fief du Plateau, les porte-parole de QS se sont autocongratulés. Ils ont prétendu que la performance de leur parti marquait la fin du monopole du Parti Québécois sur les idées de gauche et l'idéal souverainiste. Françoise David et Amir Khadir n'ont d'yeux que pour leurs honorables deuxièmes places respectives dans Gouin et Mercier. Ils devraient enlever leurs ornières et admettre que dans la très grande majorité des circonscriptions, les candidats de Québec solidaire se sont classés cinquièmes, souvent loin derrière le Parti Vert. L'impact le plus concret de la campagne de Québec solidaire aura clairement été de faire perdre les péquistes Elsie Lefebvre dans Laurier-Dorion et Claude Duceppe dans Joliette, deux candidats indubitablement de gauche et qui ont dû concéder la victoire par deux à trois fois moins de voix que ce qu'a recueilli Québec solidaire. Jean Charest lui-même, qui n'est pas exactement la réincarnation de Che Guevara, doit une fière chandelle à ce nouveau parti. Sa courte majorité sur le péquiste progressiste Claude Forgues dans Sherbrooke est elle aussi nettement inférieure aux appuis de Québec solidaire. Le voilà, le vrai bilan de la «vraie gauche».

«Avec un système électoral normal, ce soir, on aurait trois députés à l'Assemblée nationale», a faussement prétendu Amir Khadir. Or, dans l'immense majorité des pays utilisant un mode de scrutin ayant une composante proportionnelle, il faut au moins 5% d'appui pour obtenir des sièges au parlement. Québec solidaire n'en détient que 3,65%. Et tandis que la vraie de vraie droite de l'ADQ se promet bien de percer le «mystère de Montréal » aux prochaines élections, Québec solidaire entretient le rêve visionnaire d'y éroder davantage le vote du PQ. Je le répète, le malheur de la gauche souverainiste, c'est que du début de juin à la mi-novembre 2005, alors que les fondateurs de Québec solidaire bâtissaient leur parti, le Parti Québécois n'avait pas de chef pour tenter des rapprochements qui auraient pu éviter ces divisions contre-productives. Dès l'aube de 2006, il était trop tard. Aujourd'hui comme jamais, il est plus que temps de rattraper ce temps perdu. À moins que les dirigeants de Québec solidaire ne tiennent mordicus à leur stratégie du «tout ou rien».
Finalement, il n’y a que ce qui reste d’électeurs au PLQ que le PQ n’a pas intérêt à courtiser. Mais la tâche n’en est pas moins herculéenne.

CHRISTIAN GAGNON, ing.

L’auteur a été président régional du Parti Québécois de Montréal-Centre
d’octobre 2002 à décembre 2005

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CHRISTIAN GAGNON, ing.
_ L’auteur a été président régional du Parti Québécois de Montréal-Centre d’octobre 2002 à décembre 2005





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2 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    28 mars 2007

    En réponse à Dur lendemain de veille
    À la fin de la lecture de l'article de M.Gagnon, on demeure avec l'étrange impression que la déconfiture du PQ aux dernières élections est due au parti Québec Solidaire. Deux longs paragraphes qui s'acharnent à démontrer le rôle important qu'à eu ce jeune parti dans la défaite du PQ. Je crois que M.Gagnon se trompre de cible ; s'il cherche une cause fondamentale à la "destruction massive" de son parti, il ferait mieux de tourner son regard vers ce même parti qui, avec une obstination qui frise l'aveuglement, s'est entêté à vouloir tenir un référendum sur la souveraineté à un moment où cette option est rejetée par une majorité de Québécois et de Québécoises. On aura beau, au parti québécois, continuer de se répéter, comme une sorte de mantra magique, que l'option souverainiste est supportée par 45% de la population, il faudra un jour faire l'analyse que le contexte social joue pour quelque chose de ce soutien ! Or, force est d'admettre que ce contexte social n'est pas, et n'a jamais été, tout au long de la campagne, favorable à l'enclenchement de cette démarche. Oui la souveraineté un jour, mais pas n'importe quand et surtout pas sans avoir au préalable présenté aux électeurs et électrices un projet de société stimulant qui pourrait ralier leur adhésion à cette option. Alors là, oui, un référendum et, j'en suis sûr, gagnant à plus de 45% !
    Mais d'ici là, de grâce, M.Gagnon, cessez de vous en prendre à Québec Solidaire qui cherche péniblement à faire entendre à l'Assemblée nationale des idées de gauche dans un environnement où il n'y en a que pour la droite !
    Réal Bilodeau,
    Montréal

  • Jean Pierre Bouchard Répondre

    28 mars 2007

    Attention à la condescendance intellectuelle. Des individus qui sont des camionneurs ne deviendront pas ministres mais peuvent devenir de bons députés. Ce réflexe maladroit ne peut que donner raison à la hargne anti Montréal des animateurs poubelles de Québec.
    Ni le sectarisme de QS ni la condescendance politique des grands partis sont fructueux. QS n'a pas atteint 4%, le PLQ et le PQ ont connus de grandes pertes au profit du populisme vengeur adéquiste. La question c'est comment refaire un Parti Québécois qui intègre l'écologie, la gauche et la droite autour de la souveraineté. Où s'il faut aller jusque là à partir du PQ, du PV et de QS fonder un nouveau parti qui pourrait s'appeler Rassemblement de l'Union Québécoise progressiste capable à gauche de faire la lutte à l'ADQ et aux libéraux de Westmount. Si les deux partis contestataires subsistent longtemps nous serons victimes de gouvernements libéraux et adéquistes en alternance au pouvoir.
    La division sociale entraîne la division politique.