Sommes en vacances; ne pas déranger

Géopolitique du Proche-Orient



C'est dimanche matin. Il y a la guerre au Moyen-Orient, il y a 10 000 Canadiens au Liban en ce moment et Ottawa n'a pas de plan d'évacuation. Tous les autres pays évacuent déjà leurs ressortissants. On tue des civils parmi lesquels de nombreux enfants. Le G8 est réuni à Saint-Pétersbourg au même moment. Les puissants du monde vont faire quelque chose.
J'OUVRE MA TÉLÉ
C'est sûr qu'on va avoir rappelé Bernard Derome et tous les spécialistes du Moyen-Orient qu'on aura pu trouver. On sera en communication en direct avec les autorités canadiennes pour savoir quand l'évacuation des Canadiens va commencer et ce qu'ils doivent faire en attendant. Où doivent-ils se rendr ? Où en sont les combats? On va rappeler comment tout ça a commencé il y a si longtemps, nous expliquer pourquoi Bush (et Harper comme son écho) défend la position d'Israël alors que Chirac se range du côté du Liban. Le Moyen-Orient est à feu et à sang, l'information a le devoir de nous informer.
À Radio-Canada, tout est calme. L'animateur a l'air relax. Il m'apprend que les Alouettes n'ont pas connu la défaite depuis le début de la saison. Et que Michael Schumacher est en tête de peloton à Magny-Cours.
Je file sur l'autre canal d'information continue. Trois animateurs qui blaguent ensemble. Le ton est à la chaleur et aux vacances. Au bas de l'écran, des manchettes qui font état de pertes de vie nombreuses au Sud Liban. Des manchettes rapides, qui donnent la même importance à la crise majeure du Moyen-Orient qu'au Festival Juste pour rire. On ne fait pas dans la nuance.
LE QUÉBEC DANS LES LIMBES
Le phénomène est intéressant. On peut très bien vivre au Québec sans jamais savoir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Ou même ce qui se passe au Québec ma foi. Parce que si on veut vraiment le savoir, il faut faire des efforts, y mettre du sien, s'entêter et chercher l'information là où elle se trouve. Et ce n'est pas à la télévision. Surtout pas durant l'été.
Pas question d'interrompre les vacances de qui que ce soit parce que le feu est pris au Moyen-Orient. C'est le raisonnement qu'on a l'air de faire dans les salles de rédaction de la télévision. Et puis, qu'est-ce que ça changerait? Le monde est en vacances, c'est la période des Festivals, les Québécois veulent s'amuser. Ils ne veulent rien savoir.
LES MOYENS FINANCIERS
Les patrons des deux boîtes d'information continue vont vous expliquer qu'ils n'ont pas les moyens financiers de s'embarquer dans la couverture des guerres qui se déroulent dans ces pays étrangers. C'est la réponse classique. Plus difficile à accepter de la télévision d'État. Quand une télévision d'État ne peut plus informer ses citoyens, elle doit s'interroger sur ce qu'elle est devenue. C'est urgent.
Dimanche, ce n'était pas seulement une question d'argent. C'était une absence de leadership. Ça donnait l'impression que tout le monde était à la plage malgré ce qui se passait au Moyen-Orient. Et que personne ne voulait être dérangé.
J'ai donc fait ce qu'on fait dans ces cas-là. J'ai syntonisé CNN. Le journaliste était en direct du poste frontière entre le Liban et la Syrie où les familles qui fuyaient devant les bombes israéliennes devaient le faire à pied car les routes avaient été détruites et les voitures ne pouvaient plus passer. J'ai vu les autobus qui quittaient Beyrouth, nolisés par le gouvernement espagnol, le gouvernement français, le gouvernement anglais qui tentaient de venir en aide à leurs ressortissants.
Du gouvernement canadien, rien. Niet. Il n'y avait pas d'abonné au numéro que nous avions composé. Juste un carton sur la porte qui disait : Prière de ne pas déranger.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé