Seuls ou avec d'autres?

17. Actualité archives 2007


À UN MONDE QUI EN A BIEN BESOIN, L'EUROPE FAIT TOUS LES JOURS LA DÉMONSTRATION QUE LES ENNEMIS D'HIER PEUVENT ÊTRE LES PARTENAIRES DE DEMAIN

La construction européenne, dont on fête cette année le 50e anniversaire, est un des beaux chapitres de l'histoire humaine. À un monde qui en a bien besoin, l'Europe fait tous les jours la démonstration que les ennemis d'hier peuvent être les partenaires de demain. Fondée sur la réconciliation entre la France et l'Allemagne, elle su intégrer progressivement presque tous les pays d'Europe occidentale et permis aux plus pauvres d'entre eux d'opérer un rattrapage économique spectaculaire. Elle s'attaque maintenant à l'intégration des pays d'Europe centrale et orientale.
Certains considèrent que l'Europe est allée trop loin, trop vite. C'est d'ailleurs ainsi qu'on explique souvent le «non» français ou hollandais à la nouvelle constitution européenne. Chose certaine, les nouveaux États-membres seront plus difficiles à intégrer parce qu'ils sont encore plus pauvres que ne l'étaient l'Irlande ou le Portugal et parce qu'ils sont moins enclins à partager une souveraineté qu'ils viennent à peine de reconquérir. En ce sens, l'élargissement a porté un coup dur au rêve fédéral européen. Ceux qui espéraient continuer à avancer sur la voie d'une union politique européenne voient, en effet, leur projet compromis.
L'alternative pourrait être de créer un noyau central constitué par les pays prêts à poursuivre un intégration plus poussée. Les autres pays de l'Union graviteraient autour de ce noyau sur des cercles concentriques plus ou moins éloignés, selon leur niveau d'intégration. À bien des égards, on peut considérer que les 13 pays de la zone euro forment déjà une sorte de noyau central. Si ce scénario peut sembler pour l'heure le plus vraisemblable, le scénario d'une régression qui ramènerait l'Union européenne à une simple zone de libre-échange n'est pas totalement exclus. Il existe dans plusieurs pays de l'Union des mouvements souverainistes qui voudraient rapatrier dans les capitales des pouvoirs déjà dévolus à la Commission de Bruxelles mais ce scénario ne semble guère probable car, depuis toujours, l'idée européenne s'adapte, s'ajuste et poursuit son chemin.
Longtemps poussée par l'histoire et la volonté de refaire l'unité d'un continent, la construction européenne est désormais plutôt tirée par l'avenir et la nécessité de répondre aux grands défis que sont la mondialisation, la dégradation de l'environnement et la montée de l'insécurité. Les Européens se rendent compte que c'est ensemble qu'ils doivent chercher et trouver des réponses, que les seules stratégies possibles sont des stratégies communes et que seule une mise en commun de leurs ressources leur permettra à terme d'exercer une influence dans le monde.
Isolement canadien
On ne peut observer l'évolution de l'Union européenne, ou même les premiers balbutiements d'une intégration régionale en Amérique latine et en Asie, sans être frappé par l'isolement relatif du Canada. Notre accord de libre échange avec les États-Unis et le Mexique n'est, précisément, qu'un accord de libre-échange. Peut-il, doit-il nous entraîner éventuellement vers une intégration continentale plus poussée afin que nous n'ayons pas à relever seuls les grands défis de notre époque? Il y a ceux qui croient que cette évolution est inéluctable et ceux qui croient plutôt qu'il s'agit d'une option dont les mérites restent à débattre. En attendant, les Canadiens pourraient au moins reprendre à leur compte, à l'échelle du pays, le discours des Européens sur la nécessité d'avoir des stratégies communes pour relever le défi de la mondialisation ou celui de la protection de l'environnement.
Quel sera l'impact réel du plan vert du gouvernement du Québec si on laisse se multiplier par cinq l'exploitation, dans les conditions actuelles, des sables bitumineux de l'Alberta? N'y aurait-il pas lieu pour toutes les provinces d'unir leurs efforts pour développer avec le gouvernement fédéral une vraie stratégie pour faire face à la concurrence des pays émergents? Quand d'autres s'unissent pour gérer leurs pénuries de ressources énergétiques, ne pourrions-nous pas nous unir pour mieux gérer notre abondance de richesse en ce domaine? Force est de constater que le partage des ressources fiscales intéresse plus que le partage des idées.
Au Québec, on devrait peut-être apprendre à voir le Canada un peu comme un État-membre voit l'Union européenne, c'est-à-dire comme un espace à l'intérieur duquel on a des partenaires, où les souverainetés sont partagées et où on peut conjuguer une identité nationale avec une citoyenneté plus large. Serions-nous les seuls, dans le monde actuel, à ne pas voir les avantages d'une appartenance à un ensemble plus vaste?
Marie Bernard-Meunier
Diplomate de carrière, l'auteure a été ambassadrice du Canada à l'UNESCO, aux Pays-Bas et en Allemagne. Elle vit maintenant à Montréal et siège au conseil d'administration du CERIUM (m.bernard-meunier@erium.ca)

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