Savais pas...

Éditorial

Option Canada

ÉDITORIAL - S'il est un mérite à tous les récents scandales politiques, ce sont les deux ou trois leçons que l'on peut en tirer. D'abord, qu'on ne peut se fier à aucun «je n'étais pas au courant» ou toute autre variation sur le même thème. Après les révélations de la commission Gomery, la caisse de documents rendus publics par le duo Lester-Philpot démontre bien que les mots n'ont aucune importance. Nous sommes collectivement las de tous ces «je ne sais pas» alors que tant de chèques, de reçus, de contrats, de révélations nous sont mis sous le nez.
D'ailleurs, ne sont-ils pas choqués, tous ces mis en cause qui plaident leur intégrité personnelle, d'apprendre que des histoires pas nettes se déroulaient dans leur dos de politiciens honnêtes? Pourquoi alors ne pas réclamer eux aussi une enquête publique? Dix ans d'omerta, n'est-ce pas assez?
Hier, le premier ministre Jean Charest se réfugiait derrière les trois enquêtes prévues, celle de la Gendarmerie royale du Canada, celle de la vérificatrice générale à Ottawa et celle du directeur général des élections à Québec (DGE). Beau tableau! Une enquête criminelle qui ne saura rien dire des gestes qui relèvent de l'illégitimité démocratique; une enquête fédérale sur l'utilisation des fonds publics par un ministère, celui du Patrimoine, mais qui n'arrivera pas à toucher cet organisme privé qu'était Option Canada; une enquête du DGE que rien n'annonce comme allant être publique, alors que les citoyens ont besoin de bien plus qu'un rapport sur la manière dont la loi référendaire aurait été bafouée.
La commission Gomery nous a en effet démontré l'importance de considérer les responsabilités politiques dans leur ensemble - pas seulement celles de quelques boucs émissaires -, publiquement, afin que tous voient les liens. Pour ce faire, il faut une enquête au mandat large: pour le dossier d'Option Canada, cela n'est pas encore au programme. Faudra-t-il donc se contenter de révélations éparses que les journalistes tenteront de mettre bout à bout jusqu'à se faire accuser par les mis en cause et leurs alliés de manquer d'objectivité? De faire de l'éditorial? De déformer les faits?
Nous en avons d'ailleurs assez des leçons de morale comme nous en a servi hier le premier ministre Charest sur ces «gens honnêtes» et ces méchantes «accusations par association». Ça fait 10 ans que toute cette histoire fonctionne sur le mode de la présomption d'innocence: une caisse de documents sauvés de la déchiqueteuse vient contredire aujourd'hui bien des déclarations de «gens honnêtes». Qu'on nous laisse au moins en prendre acte! Et quoi de mieux qu'une enquête devant tout le Québec si le premier ministre a vraiment envie de mettre un terme aux «accusations par association» qu'on trouverait dans Les Secrets d'Option Canada.
Entre-temps, il faudrait quand même arrêter de prendre les Québécois pour des imbéciles: la thèse du référendum volé serait une «insulte à l'intelligence», a aussi dit M. Charest. Corollaire: les dépenses extraordinaires du camp du NON ne pouvaient avoir aucun impact sur le résultat référendaire. Question: pourquoi donc les avoir faites? Quel ténor du NON ou quel obscur responsable des opérations secrètes nous donnera la réponse?


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