Québec solidaire stagne...

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Le Québec se dirige vers une lutte à trois pour 2022 : CAQ-PLQ-QS


La formation de « gauche » ne réussit pas à profiter des déboires du Parti québécois.  


Le dernier sondage Léger publié le 16 mars a beaucoup fait jaser. Cet instantané pris si loin des élections permet d’obtenir un été des lieux politiques qui est encourageant pour François Legault, mais beaucoup plus mitigé pour les autres partis.      


On a beaucoup joué l’angle des « vieux partis » pour insister sur la déroute du PQ et du Parti libéral. Ça fait bonne presse. Ça vend de la copie.     


Mais une partie de l’analyse ne doit pas être occultée. Je cite le journaliste Charles Lecavalier : « De son côté, Québec solidaire stagne à 15 % et ne semble pas profiter pour l’instant des malheurs de l’autre parti indépendantiste. »     


J’ironisais justement sur Twitter concernant les déboires des vieux partis...      



Québec solidaire stagne...
 



  


Malgré des semaines de mauvaise presse, de chroniques et d’analyses apocalyptiques et de rédaction d’épitaphes politiques, Québec solidaire n’a pas réussi à prendre un petit point par rapport au coup de sonde de Léger du mois dernier.      


Niet. Stagnation complète.      


Si la formation de « gauche » ne réussit pas à profiter d’un parti que tous donnent comme mort cliniquement, se pourrait-il que celui-ci ait atteint son plafond? Qu’il ait fait le plein, déjà, de ses appuis potentiels?      


Un parti miné par des extrémistes  


Une des raisons qui explique que Québec solidaire ait de la difficulté à progresser auprès de l’électorat c’est que ce parti est miné par l’extrémisme. Si cela permet de se rendre attrayant auprès d’un électorat plus « jeune », c’est plus difficile de s’établir auprès de la population en général.     


La prochaine année sera fortement animée, politiquement, par le dossier de la laïcité. Chez Québec solidaire, cette question crée de violentes dissensions. Violentes? Le mot n’est pas trop faible quand, au sein d’un même parti, les débats virent au vinaigre et aux accusations de « racisme », de « xénophobie ».      


Chez QS, deux clans s’affrontent sur cette question :      


- les tenants de l’Option A, soit ni plus ni moins que la position Bouchard-Taylor dans ce débat. Pas un pouce de plus. Interdiction de porter des signes religieux pour les postes dits « coercitifs » tels que juges, policiers, gardiens de prison, etc.     


- les tenants de l’Option B, soit ceux qui militent, en somme, pour la même position que le PLQ dans ce débat; aucune interdiction des signes religieux, protection absolue des droits fondamentaux, surtout celui de porter des signes religieux même au sein des institutions, y compris les postes coercitifs. On est ici en plein dans l’esprit du multiculturalisme canadien.      


Là où ça dérape – sans surprise – c’est quand les tenants de l’Option B commencent à insulter les méchants « intolérants » qui appuient l’Option A, pourtant la position que QS a défendue pendant des années. Ô ironie, serait-ce que QS ait été intolérant pendant tout ce temps?     


Les accusations de racisme, encore... Mais entre membres du parti!  


Voilà un débat que je suis avec beaucoup d’attention chez QS. À plusieurs reprises j’ai pu constater de telles attaques entre militants quand une discussion portait sur ce débat.      


Le co-porte-parole de QS dans Rimouski Julien Fecteau Robertson s’est d’ailleurs ouvert sur le sujet dans une publication sur les réseaux sociaux, reprise dans Le Soleil du 15 mars dernier en référant à une « attitude accusatrice et agressive, d’un manque de nuance, d’une malhonnêteté dans l’interprétation des propos d’autrui et d’une façon cavalière de nier la légitimité de la position adverse ».     


Plus loin, M. Fecteau-Robertson ajoute : « J’ai pu assister à de nombreux échanges qui dégénéraient en raison d’approches différentes dans la communication et qui créaient des polarisations et des contrariétés qui font mal au parti. Beaucoup de ces échanges ont eu lieu sur les réseaux sociaux, notamment dans des groupes de discussions secrets [oui, on en a], mais j’ai vu une dynamique semblable lors des débats en instances et ça m’inquiète sérieusement. »     


Et en entrevue au Soleil, le militant de Rimouski pointe justement vers l’extrémisme que j’évoquais plus haut :      


« Le problème, c’est lorsque certaines personnes présupposent que, du fait qu’on soit pour l’option A, qu’on ait une attitude xénophobe, ils laissent entendre ou sous-entendre qu’on n’a pas notre place dans le parti ou ils font des amalgames entre nos positions et celles des adversaires. Ce n’est pas quelque chose qui arrive tout le temps, mais ça arrive assez souvent pour que ça mérite d’être nommé. »     



Québec solidaire stagne...

Joël Lemay / Agence QMI




Un « collectif islamophobe » chez QS!  


Là où ça devient franchement délirant, c’est quand la bande à Camus s’en mêle. C’est par une publication du président de la société écocitoyenne de Montréal André Gagnon que j’ai pris connaissance d’une entrée de blogue du « spécialiste » des groupes d’extrême droite Xavier Camus. Ce dernier aime bien épier les publications Facebook de tout un chacun afin de tisser une toile infinie d’intolérance. « Une méthode d’inquisition » selon M. Gagnon. On ne saurait mieux dire.     


Sa dernière victime? Lise Boivin, une militante de Québec solidaire qui est coordonnatrice du « collectif de la laïcité de Québec solidaire ». Le crime de Lise Boivin? Elle promeut une « Option C » qui va plus loin que Bouchard-Taylor (qui étendrait l’interdiction de port des signes religieux plus loin que les seuls postes coercitifs).     


Aussi, note notre « spécialiste », Lise Boivin « fait avancer un agenda anti-islam chez QS » et ose même partager des publications de la « militante polémiste Nadia El Mabrouk ».     


Bref, assez déjà de ces facéties.       


Une chose est certaine, tant que Québec solidaire sera influencé par l’extrémisme antiraciste et antifasciste, il se discréditera d’emblée aux yeux de la majorité des Québécoises et des Québécois. Cela inclut bien des gens de gauche et des indépendantistes. Le débat sur la laïcité dans ce parti montre bien que les plus radicaux ont encore une forte influence dans ce parti.     


En mai 2017, ceux-ci avaient fait dérailler toute possibilité de lancer des discussions avec le PQ en vue d’alliances électorales ponctuelles en dépit du fait que deux députés (Khadir et GND) sur trois (Massé était contre) appuyaient l’initiative de lancer de telles discussions. En plein congrès, le tout s’était soldé par des accusations de « racisme » envers l’ensemble du PQ, cette bande de mécréants.      


La même chose pourrait bien se produire encore au cours des prochaines semaines. Il se pourrait bien que QS finisse par adopter l’Option B et se coller au Parti libéral du Québec en ce qui a trait à la laïcité.      


On rappellera que le PLQ est désormais 4e chez les francophones et poussé à la marginalité dans ce segment de l’électorat, notamment en raison de sa position sur le débat identitaire.     


Mais de ça les plus radicaux de la « gauche » n’ont cure. Et quand certains de leurs membres tentent de leur faire remarquer que cette position risque de marginaliser le parti, on le voit, certains de ces plus extrémistes répondent, comme d’habitude, par les assignations de racisme et d’intolérance.     


Le parti des « indépendantistes, mais pas tant que ça » aime bien demander aux autres de se lancer dans les grandes réflexions. Il serait peut-être temps qu’il se demande si les plus radicaux en son sein ne sont pas un obstacle à sa propre progression.