PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE

Quand Marion Maréchal rue dans les brancards

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Quel candidat à droite pour battre Macron ?


Elle a beau avoir officiellement quitté la politique depuis trois ans, son nom est toujours parmi les premiers à surgir dès qu’il est question de la présidentielle de 2022. À plus d’un an de l’élection, personne ne s’aventurera à prévoir qui seront les deux finalistes. Pourtant, la sortie il y a quelques jours de Marion Maréchal aura représenté l’événement marquant de cette rentrée d’automne.


Officiellement en retrait afin d’animer une école de sciences politiques, la nièce de Marine Le Pen n’a pas hésité, la semaine dernière, à ruer dans les brancards. Piquée par le retrait de certains de ses proches à la Commission nationale d’investiture du Rassemblement national (RN), la jeune femme de 31 ans a dénoncé l’incapacité du parti « à parler aux orphelins de la droite ». Soit dit en passant, on a appris qu’elle n’avait pas renouvelé sa carte du parti. Selon elle, en 2022, le RN aura beau arriver second à la présidentielle, comme le prédisent les sondages, il ne pourra jamais « gagner seul ».


« Personne à ce jour n’a son ticket d’accès au second tour déjà garanti », affirmait le politologue Bruno Cautrès sur le site Atlantico. Il y a quelques jours, l’hebdomadaire Le Point imaginait même une finale entre Marion Maréchal et l’ancien premier ministre Édouard Philippe. Plusieurs sondages le confirment, à plus d’un an de la présidentielle, plus de deux Français sur trois ne veulent pas d’un nouveau duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Si, comme l’affirme Marion Maréchal, « la dynamique ne vient plus des partis politiques, quels qu’ils soient », les jeux n’ont donc jamais été aussi ouverts.


Les « orphelins » de la droite


L’autre certitude que partagent la plupart des observateurs, à commencer par le président Emmanuel Macron lui-même, c’est que cette élection a toutes les chances de se jouer à droite. Or, il n’a échappé à personne que l’ancien parti historique de la droite française, Les Républicains (LR), est en déshérence. Les meilleurs sondages ne lui accordent aujourd’hui pas plus de 8 % de soutien populaire. « Nous allons assister à la mort de LR », a déclaré au Figaro Marion Maréchal. Le « coup de grâce », dit-elle, lui a été asséné par le président de la région Provence–Alpes–Côte d’Azur, Christian Estrosi, qui vient d’appeler à une alliance avec Emmanuel Macron.


Il s’agirait donc, selon Marion Maréchal, de s’adresser aux « orphelins » de cette droite ou de « construire des passerelles » entre le Rassemblement national et ceux qui refusent de rallier La République en Marche (LREM). C’est aussi ce que défend le maire de Béziers, Robert Ménard, qui déplore que, si la droite est majoritaire en France, elle ne parvienne toujours pas à surmonter ses différences. Selon lui, même si Marine Le Pen arrive à nouveau seconde en 2022, elle ne sera jamais présidente. Le maire de Béziers souligne le manque de crédibilité, un parti au passé controversé et, surtout, un programme économique trop à gauche. « J’ai beaucoup de mal à voir les différences entre les programmes du RN et de M. Mélenchon sur les questions économiques et sociales », déclarait-il à l’hebdomadaire Le Point. On se rappellera que Marine Le Pen s’est opposée au démantèlement de la SNCF et qu’elle avait pris position en faveur du retour de la retraite à… 60 ans ! Des marqueurs qui la placent à gauche sur les questions économiques.


Plus libérale en la matière, bien que conservatrice sur les plans social et culturel, Marion Maréchal ne craint pas d’affirmer que l’actuel ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, est « plutôt bon ». Ménard donne l’exemple de Louis Aliot qui, comme il l’a fait lui-même à Béziers, a remporté la mairie de Perpignan sans se revendiquer du RN en composant une liste de gens de droite venus de tous les horizons.


Ni droite ni gauche


Au RN, on estime que cette stratégie n’est pas la bonne. Conseiller de Marine Le Pen, Philippe Olivier déclare que c’est exactement ce qu’a fait le candidat LR aux Européennes, François-Xavier Bellamy. Or, il n’a rassemblé que 8 % des voix ! Le jeune vice-président du RN élu à Bruxelles, Jordan Bardella, évoque plutôt ce qu’il appelle un « front populaire populiste » qui ne serait ni de droite ni de gauche et irait chercher d’anciens électeurs de LR comme ceux de La France insoumise déçus du virage multiculturaliste de Jean-Luc Mélenchon.


L’idée n’est pas très éloignée de celle que défend le philosophe Michel Onfray dans sa nouvelle revue Front populaire dont le premier numéro tiré à 100 000 exemplaires a été un succès. La « revue des souverainistes de droite, de gauche, d’ailleurs et de nulle part » se revendique aussi bien de l’ancien ministre de Lionel Jospin Jean-Pierre Chevènement que de l’ancien secrétaire d’État de Jacques Chirac Philippe de Villiers. Dans son premier éditorial, Michel Onfray affirme que « le problème n’est plus d’opposer ceux qui votent à droite à ceux qui votent à gauche, mais ceux qui croient à la France et ceux qui n’y croient pas ». Depuis peu, le philosophe a multiplié les débats amicaux avec le journaliste et essayiste de droite Éric Zemmour. Ce dernier affirme depuis longtemps que, si Emmanuel Macron a rassemblé les mondialistes de droite et de gauche, l’opposition n’a pas d’autre choix que de réunir elle aussi les souverainistes de droite comme de gauche.


Pas plus qu’en 2017 et en 2012, il n’est aujourd’hui possible de prédire à plus d’un an de l’élection qui sera candidat. À droite pourtant, certains commencent à piaffer d’impatience. Parmi eux, Robert Ménard n’hésite pas à déclarer : « Je ne vais pas passer ma vie à attendre qu’une jeune fille se décide à vouloir faire de la politique. »



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