Prostitution: «aujourd’hui, la femme est une poubelle à sperme»

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Mettre fin au plus vieux métier du monde n'est-il pas une utopie féministe ?


La situation des travailleuses du sexe au Québec s’empire «chaque jour qui passe». C’est ce que soutient Rose Dufour, fondatrice de la Maison de Marthe à Québec, un organisme qui accompagne les femmes ayant vécu une situation de prostitution dans leur rétablissement. 


«La prostitution contemporaine, la prostitution d’aujourd’hui, n’a rien à voir avec la prostitution d’hier», a-t-elle affirmé, mercredi midi, à QUB radio, au lendemain de son témoignage devant la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs. 


«Il y a eu une récupération de notre évolution sexuelle. En réalité, la révolution reste à faire, celle d’être sujet de sa sexualité plutôt qu’objet sexuel», a-t-elle poursuivi. 


En entrevue à l’émission «On n’est pas obligé d’être d’accord», Mme Dufour a déploré que la prostitution se soit transformée en une industrie qui répond aux diktats de l’économie mondiale en offrant une multitude de services, allant de la danse nue aux massages érotiques, en passant par la prostitution de luxe. 







«Aujourd’hui, la femme est une poubelle à sperme. Elle est pénétrée dans toutes ses ouvertures. Elle n’est plus une personne, elle est un réceptacle.» 


Mobilisation des hommes 


Au microphone de Sophie Durocher, Rose Dufour a également appelé les hommes à se mobiliser aux côtés des femmes. Elle décrit d’ailleurs la prostitution comme un «problème» qui concerne «la sexualité des hommes», la femme n’étant qu’une «marchandise». 


«Il faut que les hommes se mobilisent avec nous. Ça ne peut pas être une affaire de femmes. C’est toute la population qui doit se mobiliser.» 


«Parce que depuis 100 ans, les femmes, nous avons fait la lutte toutes seules et c’est un problème social et politique qui concerne toute la population», a souligné Mme Dufour. 


«Ça nous prend des hommes qui osent dire à d’autres hommes que ça n’a pas d’allure d’aller consommer des femmes», a pour sa part renchéri Valérie Pelletier, une survivante de la prostitution. 


Elle propose notamment de s’attaquer «aux lieux d’exploitation sexuelle», plutôt qu’aux femmes. Elle dénonce également qu’un homme puisse entrer dans «dans un lieu qui a pignon sur rue, qui paie des taxes, qui a un bail» et recevoir un service sexuel. 


«Si c’est toléré [la prostitution], comment on est censé changer la psyché sociale», s’est-elle indignée. 


À l’ère du #moiaussi (#metoo) et des autres mouvements de dénonciation de violences sexuelles, Valérie Pelletier s’explique d’ailleurs mal comment on peut, en 2019, tolérer qu’un client «achète le consentement sexuel d’une personne qui n’a pas envie d’être là». 


«Sa "job", c’est d’être sexuellement disponible. Pourquoi on tolère ça en 2019, dans une société où on se bat contre le #metoo. Mais je vous le dis, le #metoo ne s’est pas rendu jusqu’aux prostituées.» 


Acceptation sociale 


Ghislain Vallières, du Service de police de l’agglomération de Longueuil, a pour sa part souligné la nécessité de briser l’«acceptation sociale» entourant la prostitution. Selon lui, il faut s’assurer que ce ne soit plus «in» pour un jeune homme de célébrer «ses 18 ans dans un bar de danseuses». 


Il a toutefois assuré que depuis la diffusion de la série «Fugueuse» à TVA, les consciences ont commencé à changer. 


«Nous, on le ressent au niveau de la police, on s’en fait parler, a-t-il assuré. Ç’a permis d’en discuter et d’en débattre au niveau de la société.»