Pourquoi le Parti québécois bouffe-t-il ses chefs?

PQ - état des lieux et refondation



La création du Parti québécois a débuté avec une coalition de groupements de citoyens (Mouvement souveraineté association et Ralliement national) qui voulaient être encore plus que «maîtres chez nous». Ils voulaient la souveraineté de la population du Québec sur nos choix de société plutôt que celle des intérêts étrangers. Les membres du PQ voulaient prendre le contrôle des décisions collectives afin d'assurer la survie de la culture francophone au Québec dans une Amérique du Nord anglophone. C'est d'une souveraineté populaire et d'une souveraineté nationale qu'on voulait au Québec. Puis, avec les années, c'est cette souveraineté à deux dimensions qu'on a voulu réduire à une seule dimension, la souveraineté nationale, afin que les représentants de la nation puissent mieux contrôler la population, un peu comme le clergé l'a fait si longtemps. C'est dans cette mouvance que certains pensent que ça prend un «sauveur» couronné à la tête du parti pour le diriger.
Mais au fond, ne serait-ce pas cette souveraineté populaire, mise de côté, qui s'exprime lorsque le parti bouffe son chef? La base populaire du parti n'accepte pas que ses représentants décident seuls, sans sa participation, lorsqu'ils ont l'impression que leurs représentants décident en fonction d'intérêts étrangers aux membres de la base. Les intérêts de la bourgeoisie québécoise ne peuvent diriger à eux seuls un mouvement populaire pour la souveraineté du Québec. Cela doit être une combinaison des deux; les intérêts collectifs de la population et les intérêts privés de la bourgeoisie québécoise doivent être retenus ensemble dans la démarche vers la souveraineté du Québec. C'est cet équilibre que doit maîtriser le parti pour éviter qu'il ne dévore le chef et que la direction du PQ n'en fasse qu'à sa tête, en oubliant la volonté des membres. C'est ce qui s'est produit trop souvent et encore récemment avec le déficit zéro et les fusions municipales, deux «initiatives» pourtant totalement absentes du programme du parti mais qui ont malgré tout été imposées par la direction du parti. C'est pour de telles raisons que, trop souvent, la direction du parti est accusée d'être déconnecté de sa base. Et comme il fallait s'y attendre, cela a entraîné une baisse régulière de sa base militante...
Pour poursuivre sa démarche vers la souveraineté du Québec, il faut que le PQ retrouve un équilibre dynamique entre les intérêts de la population et ceux de la bourgeoisie québécoise, entre la souveraineté populaire et la souveraineté nationale. Un premier pas a été fait dans cette direction avec la mise en place du processus d'élection du chef par tous les membres du parti. Mais une fois élu, il faut que le chef respecte le programme du parti. Cela n'a pas été le cas en 1994 alors que le développement durable était au coeur du programme, deux ans après le sommet de Rio, mais a été mis de côté au profit du déficit zéro et des fusions municipales, nulle part présents dans le programme. Cela s'est produit récemment avec le programme adopté lors du congrès en 2005, où les délégués ont décidé qu'avant la tenue du prochain référendum, le gouvernement du Parti québécois devait prendre le temps d'élaborer le contrat social à réaliser dans un Québec souverain. Cela répondait à une demande faite par la population en 1995 lors des commissions sur l'avenir du Québec, où elle ne voulait pas signer un chèque en blanc au PQ. Avec le contrat social, la souveraineté populaire prend sa place dans la démarche vers la souveraineté et les intérêts collectifs prévalent ainsi dans les choix de société, et non plus uniquement les intérêts privés de la bourgeoisie québécoise.
Contrat social
Dans le programme de 2005, on retrouve également une disposition selon laquelle l'élaboration du contrat social doit être l'occasion d'un exercice de mobilisation de la population et de démocratie participative associée à la souveraineté populaire, le pendant de la démocratie représentative associée à la souveraineté nationale. Cet exercice démocratique où la participation directe -- et non seulement la consultation -- pour l'élaboration du contrat social pourrait se faire d'abord au sein du PQ, pendant qu'il est dans l'opposition, avant d'être élargi à l'ensemble de la population lors de notre démarche collective vers la souveraineté du Québec. Cela permettrait de retrouver un équilibre dynamique entre les membres du parti et ses dirigeants, puis, lors de la démarche vers la souveraineté, entre la population et le gouvernement du Québec. On pourrait ainsi éviter d'autres décisions imposées à la population, par exemple les fusions municipales.
Le contrat social articulé autour du partage des responsabilités entre les personnes, les organisations et l'État donnerait l'heure juste aux gouvernements québécois et municipaux sur la direction que veut prendre la population. La responsabilité des représentants de la population consisterait à déterminer les pas à faire dans cette direction avec les lois et les règlements. Et si la cadence est inacceptable à la population, elle devrait avoir un droit de veto sur la législation avec le référendum d'initiative populaire comme le gouvernement Charest l'a utilisé dans le cas des défusions. Mais il faut l'utiliser avant l'adoption de la législation et non après, car on ne peut défaire une omelette, comme nous le constatons dans le cas des défusions ou de la destruction d'écosystèmes.
Cet équilibre dynamique entre la souveraineté nationale et la souveraineté populaire pourrait nous remettre sur la voie de la souveraineté du Québec. Et le PQ devrait instaurer cet équilibre avec la mise en place de processus de démocratie participative, en complément aux processus de démocratie représentative déjà en place, lors d'un exercice d'élaboration d'une proposition de contrat social à soumettre à la population pour en délibérer collectivement dans notre démarche vers la souveraineté du Québec.
Dans une telle démarche, la participation de l'ensemble des courants souverainistes au Québec est essentielle comme on la retrouvait au début du parti. Pour ce faire, le PQ doit mettre en place une direction collégiale autour du chef, où les différents courants seront représentés dans les prises de décision du parti. Cela permettrait d'éviter au chef le risque d'être «poignardé» dans le dos, car il parlerait vraiment au nom de l'ensemble des souverainistes. L'élaboration du programme du parti et du contrat social à proposer à la population du Québec permettrait de créer des lieux de parole où les membres des différents courants souverainistes apprendraient à se comprendre et à se respecter pour la richesse que constitue cette diversité de points de vue dans notre démarche vers la souveraineté du Québec.
Pour en savoir plus sur le contrat social, la démocratie participative et la souveraineté populaire, vous pouvez aller consulter mon site: www.jeanouimet.info.
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Jean Ouimet, Ancien candidat à la course à la direction du Parti québécois


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