Pas de chicanes!

Coalition pour l’histoire



Le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, a beau se faire des accroires, ce qui est en cause dans le nouveau programme d'histoire au secondaire, c'est une approche globale qui vise à désincarner l'histoire, à la raboter, à en tuer tout le récit. L'histoire ne se raconte plus, elle se conceptualise autour de la démocratie, de l'industrialisation, des modes de vie... Les moments de rupture n'ont tout simplement pas leur place dans cette approche, et encore moins les gagnants et les perdants.
Si le ministre Fournier avait lu le document que son ministère a soumis aux éditeurs pour leur présenter, sur près de 200 pages, les éléments détaillés du nouveau programme d'histoire et d'éducation à la citoyenneté au secondaire, il n'aurait pas pu balayer du revers de la main, comme il l'a fait hier, le fait que ces cours font l'impasse sur les principaux événements politiques qui ont marqué l'histoire du Québec.
Peut-être se raccroche-t-il au fait qu'un enseignant pourra incidemment s'appuyer sur ces événements, mais il faut voir de quelle manière ceux-ci sont intégrés au programme. Sous le vocable «Pouvoir et pouvoirs», dont le concept doit être étudié du XVIIe siècle à nos jours !, il est ainsi question des Patriotes, mais ils sont mis sur le même pied que les syndicats, les suffragettes et les groupes écologistes. Sur le plan culturel, il est fait mention du Refus global, mais dans la même case que le Joe de Jean-Pierre Perreault et l'oeuvre de Leonard Cohen. Les artistes sont d'ailleurs chanceux : ils sont nommés, eux ! Un privilège auquel aucun politicien n'a droit dans ce nouveau programme !
Quant à la Conquête, elle a bien un avant et des lendemains. Mais en soi, elle n'existe pas. Elle n'est ni un repère fondamental ni une date, juste un mot qui sert à faire le lien entre deux paragraphes, à la rigueur un «concept» (tout comme la Révolution tranquille d'ailleurs !). Aucun mal dès lors à comprendre que les référendums, la conscription et le FLQ n'occupent strictement aucune place dans les documents qui circulent -- et qui en sont bel et bien aux étapes finales d'approbation.
Le ministre joue d'autant plus mal la surprise que ces nouveaux cours du secondaire ne font que pousser plus loin ce qui existe déjà au primaire. À la rigueur, la nouvelle approche pourrait avoir du sens si les jeunes arrivaient au secondaire déjà tellement gavés des grandes étapes de la construction du Québec, y compris l'époque amérindienne, qu'ils seraient intellectuellement prêts à faire des liens. Mais ce n'est absolument pas le cas. L'histoire actuellement enseignée au primaire se fonde purement sur une étude sociétale : comment donc vivaient les Iroquois «vers 1500» ? Et les habitants de la Nouvelle-France «vers 1645 et vers 1745», puis vers (on ne sort jamais de l'approximation) 1820, 1900 et 1980 ? Oui, le programme reconnaît «l'influence de personnages et d'événements», mais la Conquête est mise sur le même pied que le creusage de canaux et l'ouverture de chantiers !
Les penseurs de ces programmes craignent comme la peste la lecture superficielle de l'histoire, qu'ils assimilent aux nomenclatures et à la mémorisation de dates. Ridicule ! Comme si le 11 septembre 2001 n'avait aucune importance ! De la même façon, à l'échelle canado-québécoise, les années 1867, 1917 ou 1976 doivent être aussi bien assimilées que 2 + 2 = 4 (et pas à peu près) ! Sinon, le présent, celui auquel le nouveau programme ne cesse de faire référence, devient absolument incompréhensible, une vague nébuleuse qui n'a aucun sens, où on tourne en rond.
Le ministre se trompe donc grandement s'il croit qu'il s'agit simplement de corriger le tir. Il lui faudrait plutôt débâtir des mois de travail et déconstruire une approche qui, sous couvert de pédagogie, est profondément politique puisque fondée sur la négation même de l'essence du peuple québécois : la survie d'une société française en Amérique. Aura-t-il le courage de renvoyer ses fonctionnaires à leur planche à dessin alors que celui-ci est achevé ?
jboileau@ledevoir.ca


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