Paris 2015 – Nice 2016 : des morts et des questions

Frappes chirurgicales contre la communauté nationale

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Les questions, aussi bonnes soient-elles, ne seront jamais aussi embarrassantes que les réponses

Devant la colère mêlée de tristesse qui étreint les Français, il y a une seule chose à faire, quand on n’est ni secouriste (pompier, urgentiste, infirmier, médecin, chirurgien), ni membre des forces de l’ordre (policier, gendarme, militaire) : aller encore plus loin dans l’information, la lucidité, la cohérence.
La cohérence, c’est ce qui manque dans la série d’épreuves qui endeuille les familles des victimes et les Français solidaires depuis 18 mois. Ça et là, des tueries sans revendication nous éclaboussent de sang et de questions. Des tueries sans aucun « intérêt » stratégique, politique, ni même économique, comme on a pu le voir dans le passé. Nous avons suffisamment sur E&R détaillé la différence entre les attentats dits classiques, et les massacres actuels, ces événements truffés de trous et d’incohérences. Des échafaudages mal camouflés, des tueurs pas toujours isolés mais connus de tous les services (le « terroriste » de Nice était sous contrôle judiciaire depuis le 27 janvier), aux papiers d’identité abandonnés à bord, suivis depuis leurs premiers emprisonnements ou voyages au Proche-Orient.
On sait que le départ pour l’Irak puis la Syrie des djihadistes français a été facilité par nos autorités, qui ont ainsi fait d’une pierre deux coups : elles se débarrassaient d’éléments potentiellement dangereux sur notre territoire, et elles faisaient vaciller le pouvoir de Bachar al-Assad, considéré comme anti-américain et anti-israélien. Des mercenaires oligarchiques à bon compte et à bon marché. Mais la défaite précipitée par les Russes de Daech sur le théâtre irako-syrien a provoqué le retour d’une partie de ces combattants, qui effectuent désormais leur djihad chez nous. Le troisième coup de la pierre, plus ou moins prévu. On peut raisonnablement penser qu’il l’était puisque ces mêmes autorités ont laissés rentrer ces tueurs professionnels, avec armes et bagages, sur le sol national. Un tri grossier et une surveillance bien légère avoués par le Premier ministre en personne. Les centres de rétention pour « fichés S » ou ex-combattants, pour candidats au départ ou revenants, n’existent tout simplement pas.
La réponse de Valls à la demande des députés de droite de la création de centres de rétention pour les individus « fichés S » : « Vouloir confondre mesure de surveillance et mesures d’enfermement est dangereux. Nous avons tiré les enseignements de cette menace terroriste mais il ne faut pas inventer une mesure à chaque fois. »
Un fumet interrogatif monte de ces opérations et de toute cette opération. Si ce sont des faits de guerre sur notre sol, en réponse à une guerre française, alors quelle est cette guerre, et contre qui. De ce point de vue, la France n’est jamais entrée réellement en guerre contre Daech, à la manière directe des Russes. En revanche, nos dirigeants ont bien financé, conseillé et armé les « rebelles » anti-Assad.
Il semble que le seul but de ces massacres soit de désigner un ennemi, un ennemi évident, qui ne souffre aucune contestation : l’islam, qui se cache derrière ses acteurs islamistes. Pourtant, la majorité de la communauté musulmane française ne se sent pas solidaire de ces tueurs solitaires, dont on perd toujours la trace des commanditaires, quand ils en ont, ou quand ils les invoquent. Terrorisme « horizontal » bien pratique théorisé par Kepel, qui explique tout, et rien à la fois. Objectivement, ces islamistes travaillent contre l’islam.
Ils n’ont pas de revendication, à part tuer des Français, mais leur revendication naturelle apparaît après coup : c’est la détestation unanime par tous les Français des islamistes et de l’islam. Les liens entre Français chrétiens et musulmans sont-ils visés ? En tous les cas, ils sont soumis à rude épreuve. À chaque coup, la tension augmente, le lien organique entre les communautés se déchire un peu plus, et se profile une confrontation, redoutée/désirée par nos dirigeants, entre « l’ultradroite » et les islamistes antifrançais. Rien n’est fait en haut lieu pour recoudre cette déchirure programmée.
Tout nous indique – lourdement – la voie à suivre, un chemin semé de cailloux blancs, tellement voyants qu’on ne peut pas se tromper : djihad, islam, musulmans. Un doigt vengeur désigne les coupables, mais un doigt qui sent la poudre. Le doigt qui a appuyé sur la gâchette est peut-être celui qui dénonce les « coupables ».
Dans ce climat opaque et pourri, la contestation sociale et politique passe au second plan : oubliées les Nuit Debout, les manifestations anti-loi Travail. De plus, deuxième coup de la pierre « attentat », la lucidité sur l’Internet non aligné est amalgamée à du déni de réalité (les médias dominants restant prudemment à la surface des choses), à du « complotisme », voire à une « congruence » avec les buts « islamistes ».
En vérité, une ingénierie sociale bien huilée, dont l’unique sortie est par le haut, l’information structurante.


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