Où voyez-vous cette vitalité, Mme Jean ?

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Les "approximations" de la demi-reine...

Nous connaissons depuis déjà longtemps les talents de Michaëlle Jean pour la langue de bois et le jovialisme radio-canadien, particulièrement depuis son sacre comme principal joyau de la propagande fédéraliste. Son flot continu de phrases creuses à saveur multiculturelle ne saurait représenter une réelle menace pour quiconque, mais lorsque ses déclarations deviennent mensongères, il devient urgent de rectifier les faits.
Bien qu'elle ne se soit jamais permis de telles énormités en sol canadien, notre «demi-reine» a déclaré le plus sérieusement du monde au journal Libération qu'il existe «des myriades de communautés francophones à travers [son] pays, qui connaissent une vitalité grandissante».
Dans le domaine de la désinformation, on a rarement fait plus joli!
Déclin accéléré
Pour ceux et celles d'entre vous qui n'auraient pas été attentifs à la question ou pour qui le rêve d'un beau Canada uni empêche de voir la réalité en face, sachez que le rapide effritement du français hors-Québec est un phénomène hautement documenté par Statistique Canada, organisme qui résiste encore relativement bien à la nouvelle censure institutionnelle du gouvernement Harper. Dans son rapport de décembre dernier sur les données de 2006, StatCan révélait encore une fois le déclin accéléré de la langue de Molière dans le royaume du bilinguisme «officiel».
Pendant que le nombre de personnes parlant toujours ou fréquemment l'anglais à la maison augmentait entre 2001 et 2006 de 1,3 millions à l'extérieur du Québec, ceux parlant le français (le plus souvent ou fréquemment) n'augmentaient que de 20 000 personnes. Il est cependant important de préciser que cette hausse n'est attribuable qu'à ceux qui parlent «fréquemment» français, mais dont l'anglais est la principale langue parlée à la maison, car la population ne parlant que le français à la maison diminue en fait de 7000 personnes pendant l'intervalle. Ainsi, la part des personnes faisant un usage prépondérant du français à la maison est passée de 2,7% en 2001 à 2,5% en 2006.
Dans l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle publiée le même mois, StatCan conclut également que les données «montrent clairement qu'à l'extérieur du Québec, la prédominance du français dans les différents domaines sociaux n'est une réalité que dans certaines régions du Nouveau-Brunswick et de l'Ontario, pour la plupart limitrophes du Québec».
Paradoxalement, le recensement suggère que «c'est au Nouveau-Brunswick que l'on observe la baisse la plus importante de l'effectif des francophones, soit de 4000 personnes entre 2001 et 2006. Cette réduction se poursuit depuis 1991. La baisse de l'effectif des francophones entre 2001 et 2006 s'observe dans la plupart des provinces à l'extérieur du Québec ».
De plus, on y apprend que les «taux de transfert linguistique des francophones vers l'anglais est en hausse continuelle depuis 1971, [ce qui] contribue à la non-transmission de la langue maternelle française aux enfants issus de mères francophones. Par conséquent, il en résulte une diminution du nombre et de la proportion des enfants au sein du groupe francophone. [...] Il s'ensuit donc un vieillissement de la population francophone beaucoup plus accentué que celui de la population anglophone».
En matière de vitalité, on a déjà vu plus convaincant!
Et je vous fais grâce de l'interminable liste des récentes offenses à la loi sur le bilinguisme par les institutions et autres magistrats fédéraux!
Utopie à oublier...
S'il est une utopie dans le dossier constitutionnel qu'il est grand temps d'abandonner, c'est bien celle d'un grand Canada bilingue. Dans un combat inégal, la consolidation de ses assises les plus solides est souvent la seule façon d'éviter un anéantissement total.
En fait, elle n'a pas toujours tort, la déshonorable Michaëlle, car elle disait justement à l'époque de sa nomination que «dans l'isolement, dans l'atomisation, on est fichus»... Elle ne croyait sûrement pas si bien dire!
Il est évidemment très triste de voir le Canada français vivoter tel un malade en phase terminale, mais nous pouvons nous réjouir à l'idée qu'il s'agit d'un autre argument pour enfin nous décider à faire naître et s'épanouir le pays du Québec.
Les mensonges officiels ne pourront pas éternellement nous empêcher d'avancer !
(Photothèque Le Soleil)
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Éléonore Mainguy
Candidate à l'investiture du Bloc Québécois de la circonscription de Beauport-Limoilou

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Réplique
Malades en phase terminale, les francophones hors Québec?
Un spectacle présentée par la troupe franco-manitobaine Théâtre dans le cimetière, à St-Boniface, en 2006. (Photothèque Le Soleil)

Lise Routhier-Boudreau
Présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada


(À Éléonore Mainguy*) — Je vous écris au nom de centaines de milliers de francophones qui travaillent d'arrache-pied dans chaque province et chaque territoire pour développer la capacité de vivre en français dans leur communauté. Je vous écris au nom de citoyens et de citoyennes qui veulent vivre en français et qui n'apprécient guère, j'en suis sûre, de se voir ainsi traiter de «malade en phase terminale» et de voir leur vitalité — voire leur existence même — qualifiée de «mensonge officiel» ou de «désinformation». Je vous écris pour vous dire que ces centaines de milliers de francophones ne peuvent être réduits, comme on le fait trop souvent, à des chiffres et à des statistiques.
Il y a maintenant près de 40 ans qu'on se fie aux données de chaque recensement pour annoncer notre mort imminente. Pourtant, durant cette période, il s'est créé des centaines d'écoles de langue française (l'Alberta en a vu naître plus de 30 au cours des 15 dernières années et elles sont toutes remplies à capacité!), des centaines de manifestations culturelles, des rassemblements jeunesse où sont présents des milliers de jeunes (les Jeux de la francophonie canadienne, qui se tiennent à Edmonton, en sont à leur quatrième édition et sont plus fréquentés que jamais!), et j'en passe.
Et si l'on veut vraiment se fier aux statistiques comme vous le faites, il conviendrait de noter aussi que la population francophone de l'Alberta a cru de façon importante entre 2001 et 2006 — tout comme la demande de services en français; que le recensement de 2006 montre une croissance du nombre de personnes qui parlent français le plus souvent à la maison à l'Ile-du-Prince-Édouard et en Colombie-Britannique; ou encore, qu'au Manitoba, on a en cinq ans presque freiné le taux de transfert linguistique vers l'anglais.
Cela ne signifie pas pour autant que les communautés francophones et acadiennes ne font pas face à plusieurs défis, qu'il s'agisse de leur poids démographique, de la transmission de la langue ou du travail considérable qu'il reste à faire pour créer des services et des activités en français qui rejoignent les francophones dans tous les aspects de la vie quotidienne. Mais s'il existe près de 650 écoles de langue française à l'extérieur du Québec, s'il s'est créé à l'échelle du pays 17 réseaux qui travaillent sur l'accès aux services de santé en français, s'il s'est créé au cours des 20 dernières années plus de 20 radios communautaires à travers le pays, c'est parce qu'il existe une volonté de vivre en français — sinon, ces institutions n'existeraient pas. Et le dire ne relève pas de la désinformation mais plutôt d'une réalité qui dépasse — de beaucoup — les chiffres que vous citez.

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Éléonore Mainguy1 article

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Candidate à l'investiture du Bloc Québécois de la circonscription de Beauport-Limoilou





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