Opération de charme

NON à l'aventure afghane

Menée sur fond de tensions, l'opération de charme des Forces armées canadiennes pour rallier à sa cause une population réticente est rebutante. Pendant que les défilés, les parades et les «barbecues familiaux» se multiplient au Québec, la mort de trois autres soldats canadiens en Afghanistan renvoie à une réalité crue: la mission de l'OTAN n'a rien d'une partie de plaisir.
Sur la base de Valcartier, quelque 2000 soldats du Royal 22e Régiment défileront fièrement ce soir dans les rues de Québec, histoire de souligner leur départ prochain pour l'Afghanistan. Cet été, ils iront relever une partie des troupes chargées de sécuriser Kandahar, une des zones les plus troubles de ce pays placé sous la menace des talibans.
Pendant que le contingent québécois astiquait ses bottes en vue du défilé, un «accident malheureux» a ajouté trois soldats de plus au bilan canadien des morts, qui s'élève désormais à 60. Le rappel est brutal: loin des tambours et des trompettes, la mission canadienne est périlleuse.
Les Québécois, on le sait, sont de loin les plus frileux lorsqu'il s'agit de soutenir la cause militaire. Un sondage Léger Marketing rappelait hier avec éloquence ce dont on se doutait: 70 % des Québécois se disent «en désaccord» avec l'envoi de 2000 soldats, des «p'tits gars et des p'tites filles» de chez nous, en Afghanistan.
C'est sur cette vague de divergence que l'armée lance une vaste offensive de relations publiques pour s'attirer la sympathie des... troupes, comme le rappelait Le Devoir la semaine dernière. Présence massive de militaires à un match des Alouettes -- à Montréal hier soir --, visite de grandes villes et rassemblements: il s'agit vraisemblablement d'une mission populaire avant la mission militaire.
Mais quelle parade, quel défilé, quelle forme de propagande altérera cette divergence d'opinion si profondément ancrée? La popularité de la mission d'assistance canadienne chancelle au Québec. L'opération de séduction menée par les Forces armées pour convaincre de son bien-fondé n'y changera rien. Bien au contraire: jouer la carte des relations publiques pour susciter l'adhésion populaire assaisonne d'un brin d'arrogance une décision politique déjà controversée.
Sur la scène politique, le premier ministre Stephen Harper reste toujours évasif -- au grand dam des partis d'opposition, d'ailleurs -- à propos de la date de retour des soldats canadiens, fixée, pour l'heure, à février 2009. Parions qu'en appelant hier à une présence canadienne s'étirant au-delà de cette date butoir, le secrétaire général de l'OTAN, Japp de Hoop Scheffer, aura contribué à épaissir ce flou artistique.
Il ne faudrait toutefois pas mêler les cartes. Sur le plan des principes, on a beau s'opposer à cette mission d'assistance qui risque de coûter cher à nos soldats québécois, rien toutefois ne justifie le manque de respect envers ceux et celles qui ont choisi de servir le pays, y compris jusque dans ces contrées dangereuses.
En décidant de «confronter» l'armée canadienne qui paradera à Québec ce soir, la coalition Guerre à la guerre n'attaque pas la bonne cible et prêche drôlement par l'exemple pour un groupe pacifiste... «Défier le défilé» traduit certes un désaccord profond avec la présence militaire en Afghanistan, mais ce message doit être relayé au gouvernement, qui porte l'odieux de cette présence, plutôt qu'à ces jeunes gens qui font leur travail avec honneur et courage.
machouinard@ledevoir.com


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