Réveillez-vous!

On vit une extinction planifiée

Il faut reprendre le contrôle de l'État

E9f485469ad9bc8cb53b236ebbe326cb

Tribune libre


Comme individu,  le Québécois ne disparaîtrait pas. On le voit plutôt errer comme un déporté, dans le pays dont il se souvient, un pays qui n’est plus qu’un long hiver.


Un grand nombre de Québécois sont résignés à l’effritement de la nation québécoise et à l’assimilation de leurs descendants. Ils imaginent une intégration à un monde plus grand, ils ne voient pas comment ce monde anglo-saxon est devenu petit, un monde du 1%. Ils croient cette assimilation inévitable. Nous ne serions pas assez nombreux, trop modestes, trop peu ambitieux, un peu paresseux, pas assez entreprenants, pas assez scolarisés, trop pauvres, pas assez individualistes, trop accrochés à l’État. Heureusement on sait s’amuser et prendre les tragédies du bon côté.


L’image négative que plusieurs se font de leur peuple a peut-être des fondements historiques et psychologiques mais la propagande fédéraliste a capitalisé sur cette faiblesse et l’a exploitée avec la complicité d’une bonne part de l’élite québécoise. En vérité, il n’y a rien d’inévitable dans le déclin de l’État québécois. Il s’agit d’un processus d’extinction minutieusement orchestré à la suite du résultat, catastrophique pour le Canada, du référendum de 1995.


Les grandes bureaucraties étatiques ont la vie dure, elles font vivre un grand nombre d’entreprises et de professionnels dans toutes les sphères d’activités, y compris celle des médias, ce qui fait que les forces du statu quo sont extrêmement puissantes.


Pour comprendre l’état d’esprit des accros du Canada après 1995 il faut voir ce qui se passe en Espagne. Le référendum ayant été gagné par les indépendantistes catalans l’Espagne ne peut plus se contenter d’une guerre livrée sournoisement aux indépendantistes. Les forces de l’empire se déchaînent ouvertement et on découvre jusqu’à quels extrêmes la volonté de ne perdre aucune parcelle de pouvoir peut conduire. Nos fédéralistes ont décidé en 1995 qu’ils prendront tous les moyens pour ne plus jamais connaître le traumatisme d’un référendum serré au Québec.


Le Canada qui se sert en premier dans l’assiette fiscale et dépense sans trop de contraintes possède les moyens financiers nécessaires pour mener une guerre économique contre le Québec. Un des volets déterminant de cette guerre est de priver le Québec de sa part des dépenses structurantes, celles qui permettent de soutenir le développement économique. L’attribution de plus de trente milliards de dollars de contrats de construction maritime sans que rien ne soit accordé aux chantiers maritimes de Lévis est un véritable affront au Québec.


Les exemples de discrimination à l’encontre du Québec ne manquent pas. Les constructeurs automobiles de l’Ontario ont reçu des milliards de dollars d’Ottawa pour survivre à la crise de2008 alors que les industries québécoises, les pâtes et papiers notamment, n’ont reçu que des miettes. On a aucune idée de la valeur de l’aide totale du fédérai  à l’exploitation des sables bitumineux de l’Ouest et à la construction de pipelines. Le fédéral a aussi subventionné Terre-Neuve à coup de milliards pour la production et le transport d’électricité qui va concurrencer celle d’Hydro-Québec sur les marchés  alors que celle-ci n’a jamais reçu d’aide d’Ottawa. Que dire de la C-Série de Bombardier qui aurait été considérée comme un fleuron national dans tout pays normal et qui aurait dû obtenir l’aide nécessaire pour ne pas être vendue à une firme étrangère.


Le reste du Canada préfère s’accaparer de tout le support d’Ottawa pour le développement économique, quitte à devoir verser de la péréquation au Québec. Les montants de la péréquation ont explosé durant le boom pétrolier de l’Ouest  mais il n’est pas certain qu’ils vont se maintenir au même niveau  dans le futur. Le fédéral dépense aussi annuellement des milliards de dollars en infrastructures et il aurait du mal à justifier que le Québec n’obtienne pas sa part. Le gouvernement fédéral préfère dépenser pour les infrastructures,  des dépenses qui rapportent des profits aux entreprises, plutôt que de maintenir les transferts fédéraux aux provinces afin qu’elles puissent offrir des services publics de qualité. De plus, les grands projets médiatisés donnent beaucoup plus de visibilité au fédéral que les transferts et favorisent le renforcement politique du pouvoir central.


Un autre volet de la stratégie fédérale concerne l’immigration et la promotion active du multiculturalisme. Cette promotion du multiculturalisme ne vise pas uniquement à lessiver le Québec, l’idéologie semble populaire dans tous les pays développés dominés par la finance et  l’économique, mais le Québec avec sa spécificité culturelle en est une victime toute désignée. Finalement, le Canada peut utiliser les ressources d’agences de renseignement et de sécurité pour mener des opérations d’infiltration et de déstabilisation des forces indépendantistes au Québec. Ça serait illégal mais, compte tenu des précédents des années soixante, et de la composition du Comité de surveillance du SCRS, où ont siégé Couillard et Porter, copains comme cochons, on ne peut pas exclure que cela se fasse. 


La population canadienne n’a pas voté sur une telle stratégie affaiblissant le Québec mais personne ne va se lever dans le reste du Canada pour demander qu’on traite le Québec plus équitablement. Les Canadiens anglophones ont toujours démontré une solidarité stratégique pour tirer plus que leur part du fédéral mais depuis 1995 le sentiment anti-Québec s’est raffermi. Le Québec a flirté avec l’infidélité mais il est rentré à la maison. On va lui faire payer sa faute. Pourquoi investir dans des projets au Québec, on ne sait pas quand ils vont nous laisser tomber? Le terroriste Richard Bean a été transporté bêtement par ce sentiment anti-Québec.


L’offensive fédéraliste ne se limite pas aux coups bas d’Ottawa.


Elle repose aussi sur le PLQ, enrôlé dans une guerre anti nationale depuis l’arrivée de Jean Charest, et sur la ville de Montréal où magouille un puissant lobby fédéraliste. La première priorité de Denis Coderre élu maire a été de réclamer que des pouvoirs de l’État québécois soient transférés à la ville de Montréal. En plus de miner ainsi les pouvoirs de l’État, le maire a publiquement affirmé qu’il n’appliquerait pas les dispositions d’un projet de loi, alors débattu à Québec, si la loi devait être adoptée. Dans la même veine la nouvelle mairesse, avec la bénédiction du premier ministre Couillard, songe à accepter le port de symboles religieux par les policiers montréalais, une décision qui irait à l’encontre des prises de position des deux partis politiques qui ont une chance d’être au pouvoir dès octobre prochain, sur un sujet incontestablement de juridiction nationale.


Quant au Parti libéral il est devenu un simple vassal d’Ottawa, sans aucune revendication, sans aucun rapport de force, ce qui est tout à fait inexcusable à l’intérieur d’une fédération. Ottawa a fait savoir qu’il n’accepterait plus le chantage aux indépendantistes de la part des partis fédéralistes du Québec. Quand exceptionnellement, de peur de perdre tous ses appuis francophones, un gouvernement libéral ose formuler une demande légitime à Ottawa, comme le paiement des coûts liés à l’immigration illégale, on l’envoie paître cavalièrement.


Les libéraux sont complices du fédéral par leur refus de défendre les intérêts du Québec et par leurs orientations  multiculturalistes dans les dossiers de l’immigration, de l’identité et de la langue.


Bien plus, les libéraux provinciaux ont lancé leur propre guerre à l’État québécois. Ils ont développé une stratégie agressive de marginalisation de l’État qui vise à faire du Québec une province comme les autres. Le fer de lance de cette stratégie est une lutte exagérée à l’endettement, aux déficits et aux dépenses publiques. Le sentiment que l’État québécois n’est plus en mesure de leur assurer les services de base comme la santé, l’éducation et les services sociaux minent lentement mais sûrement la confiance et l’attachement des Québécois à leur État. La propagande idéologique et le Fonds des générations sont les instruments privilégiés de cette attaque de l’État.  Contrairement à ce qui a été martelé dans les médias, la dette du Québec n’est pas élevée au point où des mesures drastiques doivent être mises en place. De plus, la plus grande part de la dette actuelle provient des dépenses en immobilisations et non des dépenses courantes en services publics. Pourtant c’est aux dépenses courantes qu’on s’en prend. Le Fonds des générations n’est alimenté que par une réduction des dépenses en services publics.


Le retour à l’équilibre budgétaire à la suite de la crise financière de 2008 a été beaucoup trop rapide et les coupes dans les dépenses ont été fortement exagérées. On n’a pas attendu que le déficit conjoncturel se corrige de lui-même, un phénomène de retour à l’équilibre que les fonctionnaires du ministère des Finances connaissent très bien. De plus on a amplifié fortement les restrictions de dépenses pour continuer d’alimenter le Fonds des générations.


C’est stupide d’ébranler des institutions en coupant sévèrement dans leur budget, si on prévoit rétablir les budgets quelques années plus tard. C’est pourtant de cela que se vante le premier ministre Couillard. Il s’est aussi montré satisfait de ne pas avoir réduit les budgets mais une croissance nulle est une réduction budgétaire puisque, pour continuer à offrir les mêmes services, les dépenses doivent augmenter d’environ 3% par année afin de compenser l’inflation ainsi que la hausse et le vieillissement de la population. Finalement, Il faut comprendre que la hausse de la tarification de plusieurs services publics sous les libéraux est équivalente à une baisse des dépenses en services publics. Cette hausse s’inscrit dans la volonté de privatisation des services publics. Par exemple, après avoir négligé le réseau des CPE pendant des années, le gouvernement libéral annonce dans le dernier budget qu’il va subventionner davantage le réseau des garderies privées.


Pendant ce temps les dépenses en immobilisations publiques, dans les routes, les transports publics, les hôpitaux, ne cessent de croître. Ça fait vendre du béton, pleuvoir les profits sur les entreprises et fait croire que l’économie se porte bien en créant de l’emploi. Le problème c’est que toute cette activité est aux frais de l’État et que ces dépenses se répercutent directement dans la valeur de la dette.


L’immigration contribue aussi fortement à la création d’emplois libérale mais les emplois occupés par les nouveaux arrivés  sont souvent de piètre qualité et les emplois indirects créés dans les services publics mettent une pression additionnelle sur les finances du Québec.


Le discours libéral prétend que l’économie du Québec est trop faible et que les Québécois ne peuvent plus se payer les services publics qu’ils ont réussi à développer et dont ils ont profité pendant quarante ans. Plusieurs des orientations et actions des gouvernements libéraux contredisent ce discours, parce qu’Il faut bien entretenir les amis bien nantis pour s’assurer de leur appui. Dans les dépenses en immobilisations on ne lésine pas avec les budgets, toujours le plus cher,  pour le REM, les lignes de métro, les hôpitaux universitaires, les centres de recherche et autres. On a même construit deux grands hôpitaux à Montréal alors qu’on n’a pas les budgets d’opération pour faire fonctionner à pleine capacité les hôpitaux existants. Nos médecins québécois  sont maintenant mieux payés que la moyenne canadienne, pas mal pour une province pauvre. Et on n’a quand même de l’argent pour baisser les impôts sur le revenu. On présente ces baisses d’impôts comme des cadeaux aux contribuables, et on en annonce davantage dans le futur, alors que ces baisses sont directement responsables de la  détérioration des services publics. Il n’y a aucune nécessité dans les choix budgétaires libéraux, ce sont des choix idéologiques. Est-ce que QS ne devrait pas attaquer davantage les gouvernements libéraux?


Le Parti libéral perdra probablement le pouvoir en octobre prochain. L’odeur de corruption qui lui colle à la peau, à quoi s’est ajouté le scandale de la rémunération des médecins, auront eu raison de l’équipe libérale en place. Cependant, le parti lui-même n’en sortira pas affaibli ou appauvri. Une nouvelle équipe sans tache apparente sera mise en place, dirigée par un chef prestigieux, et elle sera vite prête à remplacer un éventuel  gouvernement minoritaire de la CAQ. Le purgatoire des libéraux pourrait être très bref, le gouvernement caquiste étant dès le début attaqué beaucoup plus durement et sournoisement que durant la prochaine campagne électorale. Si le parti libéral peut si facilement reprendre le pouvoir, comme il l’a fait en 2012, c’est qu’il n’est pas démasqué sur ses orientations fondamentales, orientations qui visent à écraser l’État québécois, et qui lui assurent des appuis politiques et financiers puissants. Seul le Parti québécois peut empêcher qu’un tel scénario de retour des libéraux ne se produise et il peut même remporter l’élection de 2018 s’il se présente avec des messages clairs.


Pour y arriver, le Parti québécois doit s’en prendre justement aux orientations fondamentales des gouvernements libéraux depuis 2003.  Il doit dénoncer le manque de combativité des libéraux dans la défense des intérêts du Québec face au gouvernement central. Il doit réaffirmer ses promesses d’une baisse des seuils d’immigration, de renforcer la loi 101, de défendre concrètement la laïcité dans la sphère publique.


Finalement il doit détruire les mythes libéraux quant au mauvais état des finances publiques et à la nécessité d’un désengagement de l’État. Dans la même optique il doit combattre l’idée que des baisses d’impôts sont toujours souhaitables et miser sur une pression accrue pour qu’Ottawa s’attaque sérieusement à l’évasion fiscale. On pourrait même démontrer, une fois au pouvoir, que les impôts totaux payés par les Québécois, au fédéral et à Québec, ont diminué sensiblement depuis vingt ans en proportion du revenu gagné.  Cela résulte surtout de baisses d’impôt au niveau fédéral ce qui donne l’occasion de corriger le bien documenté déséquilibre fiscal en augmentant les impôts au Québec.


Afin de briser la culture idéologique de la bureaucratie en place depuis des années il faudrait trouver un ministre des Finances et un sous-ministre assez solide pour reprendre le contrôle de cette bureaucratie.


 Si le PQ ne parvient pas à reprendre le pouvoir dans les prochaines années, l’appauvrissement planifié du Québec, l’accueil de vagues de réfugiés de toutes les zones de conflit et la porte ouverte à des hordes d’immigrants illégaux, au-delà des quotas fixés pour l’immigration, pourront éventuellement permettre aux fédéralistes de planter le dernier clou dans le cercueil de la nation québécoise.




Laissez un commentaire



5 commentaires

  • Gilles Sauvageau Répondre

    16 avril 2018

    Excellent article avec lequel je suis entièrement d'accord, mais comment faire réaliser à nos compatriotes québécois(e)s que l'heure est grave et que le temps joue contre nous. Ce n'est surtout plus le temps de critiquer la chefferie du Parti Québécois, mais de l'appuyer de toutes nos forces.  


  • Pierre Gouin Répondre

    15 avril 2018

    On en voit des dizaines de militants indépendantistes critiquer le PQ et ses chefs pour leur tiédeur mais j'attend toujours un leader convainquant.qui proposerait mieux. Je ne suis pas certain que Jean-François Lisée fera le moitié de ce que j'attend de lui mais c'est quand mieux que de laisser le carnage libéral se poursuivre. Il y a des élections qui viennent, qu'est ce que vous proposez? Attaquer le PQ et de son chef maintenant, pour moi c'est un jeu dangereux. Le PLQ, QS et la CAQ vont s'en charger. 



  • Marc Labelle Répondre

    15 avril 2018

    Par-delà la succursale provinciale des libéraux, le PQ saura-t-il attaquer le régime politique canadien, la source fondamentale de nos maux ?  Pour cela, il lui faudra admettre l’urgence de la libération nationale à réaliser.  Va-t-il plutôt se satisfaire d’axer son discours électoral sur plus d’intervention étatique dans le domaine social tout en se donnant l’allure d’un QS modéré dans l’espoir de ne pas effaroucher l’électorat ?  Au-delà de l’État à réparer, c’est l’existence même du peuple québécois qui est en jeu.  Tout de suite, et non après 2012 au cas hypothétique où… blablabla.  Sans plus tarder, le PQ doit fonder ses interventions dans tous les dossiers sur l’aspiration naturelle du peuple à l’indépendance.  Sinon, ce dernier percevra aussi chez le PQ le sentiment de peur ou de rejet antipeuple qui habite les autres partis.  Ainsi, non seulement le PQ se dirigerait inconsciemment vers son propre anéantissement, mais il deviendrait lui-même dans l’agonie un fossoyeur aveugle de la nation québécoise.


     


  • Pierre Gouin Répondre

    14 avril 2018

    M. Corbeil,


    Rona, un autre très bon exemple de mauvaises décisions pour le Québec. Il y en a tellement. Il faudait que le monde comprenne qu'il ne s'agit pas d'incompétence ou de de néglicence, c'est voulu.


  • Yves Corbeil Répondre

    13 avril 2018

    Excellent article et vous auriez pu ajouter qu'un bon fédéraliste g`re le bas de laine des québécois, on laisse aller Rona et on mets nos billes dans un REM qui déservira le West Island, les futures et présent riches du 10-30, en réorganisant la ligne Deux-Montagnes, pourquoi? tout cela avec des trains fabriquer en Inde.


    C'est comme ça que l'on crée de la richesse au Québec...on flambe le cash (bien trop cher et bien mal planifier la ligne du REM)  et pourquoi ne pas donner du travail au Québec? Sabia, Couillard, Leitao, Fortin vous travaillez pour qui, pour quoi des jobs d'immigrés à moins de vingt piastres de l'heure.


    On va tu arrêter de dormir avant qu'il ne soit trop tard.