Chronique du dimanche - Pierre-Luc Bégin

Nos ennemis, les médias

Géopolitique - Empire et ses médiamensonges



Le titre de cette chronique n’est pas de moi, mais plutôt de mon ami Patrick Bourgeois qui, en 2005, a publié un essai intitulé ainsi avec pour sous-titre : Petit guide pour comprendre la désinformation canadienne. Le but de Patrick était notamment d’éveiller les élites du mouvement indépendantiste à la nécessité de se doter d’organes de diffusion pour remporter la bataille de l’opinion publique. Sept ans plus tard, ces mêmes élites n’ont toujours pas compris et elles en payent le prix.
Prenons l’« affaire » Duceppe, que je vais moi aussi commenter. Qu’on me comprenne bien, Gilles Duceppe est loin d’être un chef politique que j’admire, sa peur et sa mollesse dans le dossier national ont nui épouvantablement au mouvement indépendantiste, au moins autant que son autoritarisme a fait fuir les militants les plus convaincus et déterminés. Il n’en demeure pas moins que la grosse Presse à Desmarais lui a fait une job de bras auquel les souverainistes n’ont pas pu répondre.
Certes, Duceppe n’a sans doute pas utilisé de la meilleure manière possible les sommes qui lui étaient octroyées par la Chambre des communes et il a prêté flanc à la critique, mais il est clair à la lecture des règlements qu’il n’a rien fait d’illégal. Pourtant, Power Corporation l’a crucifié à la une de ses journaux pendant des jours comme s’il était le pire des acteurs du scandale des commandites. Une véritable exécution sommaire. Or, à travers Duceppe, dont le sort ne m’émeut guère, c’est le mouvement indépendantiste qu’on attaquait. C’est cela qui est très grave. Et le mouvement indépendantiste ne pouvait répondre.
Voilà donc un millième exemple de ce qui nous attend si nous décidons de mener la bataille de l’indépendance sans aucun outil de communication en mesure de peser dans l’opinion publique. Ce n’est quand même pas le très mou et frileux Devoir, avec ses quelques dizaines de milliers de lecteurs, une goutte d’eau dans l’océan, qui peut faire contrepoids. Il faut agir sur le front médiatique, ça urge. Il nous faut des outils de communication d’envergure!
Il est plus que temps en effet de nous doter de médias pour diffuser nos points de vue. Les Basques le font. Les Corses le font! Tous les peuples en lutte le font, car c’est la base. Et nous serions incapables? Faites-moi rire. Ce n’est, encore une fois, qu’une question de volonté de la part de nos élites politiques. Et elles sont trop bêtes pour se rendre compte que leur manque d’audace finira, comme pour Duceppe, par les couler et, plus grave encore, notre projet de libération aussi.
Difficile, vous dites, de mettre sur pieds un nouveau média… Bien sûr! Comme dirait mon ami Patrick, vous pensez que ce sera facile de faire naître une république indépendante de langue française en Amérique?! L’indépendance est un effort, disait Bourgault. Il avait raison.
L’indépendance n’est pas pour ceux qui préfèrent la facilité et la médiocrité. L’indépendance est pour les révolutionnaires et ceux qui ont de l’audace, de l’ambition. Elle appelle ceux qui veulent vivre libres dans une nation libre et qui veulent un vrai changement politique. Et, comme le disait hier Bernard Desgagné, le changement doit débuter par le front médiatique. Sinon, aucun changement politique réel n’est possible. Il faut faire pression sur nos élites politiques pour qu’elles comprennent enfin cela. C’est la base!
Pierre-Luc Bégin


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