Montréal pris au piège du multiculturalisme

Québec français

Libre opinion: La cause du français à Montréal est une bataille perdue depuis déjà plusieurs années en raison du multiculturalisme. Introduit dans la politique canadienne au cours des années 70, le concept du multiculturalisme s'avère aujourd'hui être le principal frein à l'intégration des immigrants au peuple québécois.
Le multiculturalisme se définit ainsi : «coexistence de plusieurs cultures dans un même pays». Autrement dit, chacun peut vivre dans sa propre culture, y compris sa propre langue. Bref, l'intégration au peuple hôte n'est plus utile. Avec le multiculturalisme, il s'agit uniquement de coexister.
Il n'y avait pas meilleur concept pour séduire les Québécois, reconnus pour leur accueil et leur chaleur. Ainsi, au fil des ans, Montréal a accueilli un grand nombre d'immigrants de cultures et de langues étrangères pour devenir une ville multiculturelle. Aujourd'hui, à Montréal, toutes ces cultures et toutes ces langues gagnent du terrain, toutes sauf la langue et la culture du peuple québécois.
Il m'apparaît impossible de revenir en arrière. Comment dire aux immigrants que nous nous sommes trompés au sujet du multiculturalisme, qu'au lieu de nous enrichir, ils nous menacent ? Car l'immigration pensée dans l'optique du multiculturalisme met bel et bien en péril tout peuple hôte. Au lieu de s'intégrer, de vivre en français, le seul moyen de véritablement enrichir la culture québécoise, les immigrants brandissent désormais, comme plusieurs Québécois, le multiculturalisme.
Vivre dans la même langue
Il n'y a qu'un seul moyen de s'intégrer à un peuple. Il faut vivre dans la langue de ce peuple. Or, 40 % des immigrants à Montréal optent pour l'anglais au lieu du français. Qui renversera la vapeur ? Personne. Pas même le Parti québécois, lui aussi tombé dans le piège du multiculturalisme.
Il faut dire que les communautés culturelles détiennent, ni plus ni moins, la balance du pouvoir. Rappelez-vous cette déclaration devenue célèbre, mais ô combien embarrassante pour plusieurs : «Nous avons été battus par l'argent et des votes ethniques.» On dira que cette déclaration est venue anéantir des années d'efforts et de lutte pour l'intégration des communautés ethniques au «nous», au peuple québécois. Mais, en réalité, cette déclaration n'a pas affecté ce «nous», au contraire, elle l'a renforcé. Car ce «nous» était dès le départ multiculturel.

Il faut comprendre qu'aucun peuple sur terre n'est multiculturel. Chaque peuple a sa culture propre. La culture d'un peuple peut être enrichie des cultures de ses immigrants, comme c'est le cas aux États-Unis et en France, mais cette culture est commune, elle demeure en soi une seule et même culture. Nous sommes donc à l'opposé du multiculturalisme lorsqu'il est question d'un peuple.
Ainsi, dans le cas du fameux «nous» qui séparait les ethnies du peuple québécois, il n'y avait rien de plus juste à déclarer. Mais, pour tous les tenants du multiculturalisme, ce fut toute une gifle. Et ce sont les excuses qu'ils ont présentées aux ethnies en question qui ont définitivement légitimé le multiculturalisme, au détriment de leur intégration au sein d'une culture commune. D'où le recul du français à Montréal, le recul de l'identité québécoise, du peuple québécois dans sa propre métropole.
Une expérience
Vous n'êtes pas convaincu ? Tentez cette expérience, comme je l'ai fait, non sans crainte d'ailleurs. J'ai imprimé au dos d'une de mes chemises ce message : «Être Québécois, c'est vivre en français.» Et je me suis baladé dans différents quartiers de Montréal. Plusieurs personnes m'ont lancé de profonds regards de haine, y compris des Québécois de souche. De toute évidence, les uns craignent toute nouvelle guerre linguistique, tandis que les autres sont gagnés au multiculturalisme linguistique.
Ce multiculturalisme a le pouvoir d'annihiler l'identité nationale d'un peuple, de le détourner de son affirmation, y compris de sa propre langue maternelle, jusqu'à ne plus être.
Le peuple québécois forme bel et bien une nation, au même titre que les peuples autochtones. Les Québécois montréalais ne semblent pas le comprendre. Et il est trop tard pour rectifier la situation. Seules les autres régions du Québec peuvent sauver la mise, l'identité québécoise, mais uniquement au sein de leurs propres frontières. Montréal est perdu, à moins d'une immigration massive en provenance des régions, ce que je ne conseillerais pas.
Le multiculturalisme montréalais est sournois. Plusieurs jeunes des régions immigrés à Montréal y sont déjà gagnés. À l'instar de plusieurs Montréalais, certains jeunes des régions comparent leur balade dans les quartiers ethniques de Montréal à la visite de pays étrangers. Pour eux, ce n'est qu'une façon de parler, mais cela se rapproche dangereusement de la réalité.
En région
La situation à Montréal me force à dire : «Pour vivre en français, il faut désormais vivre en région.» Mais cela ne sera vrai que pour un temps si les municipalités des régions se mettent à engager des polyglottes ou des Espagnols pour répondre aux Espagnols, des Chinois pour répondre aux Chinois, des Roumains pour répondre aux Roumains, des Italiens pour répondre aux Italiens... dans leur langue, comme c'est le cas à Montréal, la multiculturelle.
Que diriez-vous, gens des régions si, au magasin d'informatique, on vous accueillait par un beau «Hi, bonjour», l'anglais d'abord, ou si les annonces diffusées par le haut-parleur de votre supermarché étaient en chinois, ou encore si on vous demandait carrément de parler en anglais parce qu'on ne comprend pas le français ? Moi, je vis cela à Montréal, tous les jours où je sors de chez moi. Car, je dois vous le confesser, je ne sors plus tous les jours, si ce n'est dans la ruelle déserte derrière chez moi pour promener mon chien.
Je suis mal à l'aise de voir mon peuple s'effriter sous l'emprise du multiculturalisme. J'ai l'impression d'être dans une zone grise, divisée entre plusieurs cultures et langues, sans identité claire. Mal à l'aise comme on l'est devant un visage à deux faces, sauf qu'ici, deux ce n'est pas assez. Mal à l'aise chez moi, au Québec : je ne l'aurais jamais imaginé. Mais cela est possible à Montréal.
Est-ce encore vraiment le Québec ? Les tenants du multiculturalisme me diront peut-être qu'il y a plusieurs Québec maintenant, un qui vit en français et l'autre en... plusieurs langues.
En raison de leur mollesse à l'égard de leur identité nationale, les Montréalais francophones ne réussiront jamais à servir de creuset aux nouveaux arrivants, ce que les Américains sont parvenus à faire avec leur melting pot.
Il faut une forte personnalité pour intégrer ses immigrants. Les Québécois montréalais rampent, en silence. Même un Jordi Bonnet reprenant Claude Péloquin avec son «Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves ? C'est assez !» ne les réveillerait pas. Ils se noient lentement dans l'eau douce du multiculturalisme.
Je ne veux pas susciter de malentendu : je n'ai absolument rien contre les immigrants. Je constate simplement que les Québécois montréalais ne les intègrent pas.
Serge-André Guay
_ Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Marié et père de quatre enfants, Serge-André Guay est
né à Lévis (Québec, Canada) en 1957. De formation autodidacte et
travailleur autonome depuis 25 ans, il a tout d'abord été animateur,
commentateur, chroniqueur, journaliste, recherchiste et rédacteur en chef
au service de différents médias québécois et ontariens.

Puis, son expérience des médias et un stage de formation en Europe font de
lui un éducateur aux médias dont les interventions sont recherchées par le
milieu scolaire. Ensuite, à titre de consultant, l'utilité de ses plans
d'action en communication et en marketing est vite appréciée.

Depuis 1990, il développe une expertise hautement spécialisée en recherche
marketing, soit l'étude des motivations d'achat des consommateurs, axée sur
l'évaluation prédictive du potentiel commercial des produits et des
services, nouveaux et améliorés.

Pour ce faire, il retient la méthode et l'approche indirecte proposées par
le chercheur américain Louis Cheskin, à qui il accorde le titre de premier
scientifique du marketing.

Depuis, il a étudié les réactions sensorielles involontaires et les
réactions inconscientes de plus de 25,000 consommateurs dans le cadre de
plus d'une centaine d'études des motivations d'achat pour différents
manufacturiers et distributeurs canadiens.

Il a signé de nombreux articles et donné plusieurs conférences
percutantes. Il a aussi publié une série de vingt-quatre études traitant du
caractère scientifique du marketing sous le titre "Science & Marketing ",
Prédire le potentiel commercial des biens et des services". À ses yeux, le
marketing doit renouveler son efficacité sur des bases scientifiques
rigoureuses.

Il n'hésite pas à questionner les idées reçues. Animé par une profonde
réflexion sur la conscience et la condition humaine, il est un «
penseur-entrepreneur », à la fois fonceur et analytique.

En 2000, il écrit un essai de gouvernance personnel sous le titre J'aime
penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un
chacun se donne raison.

En juin 2003, il met sur pied la Fondation littéraire Fleur de Lys,
premier éditeur libraire francophone sans but lucratif en ligne sur
Internet





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