Monsieur

Tribune libre

À lui seul, Jacques Parizeau donnait ses lettres de noblesse à la classe politique qui en a bien besoin. Ses manières aristocratiques, ses compétences incontestables, son intégrité et sa vive intelligence commandaient le respect. Par son flegme, c’était peut-être aussi le plus « british » des indépendantistes. Ce n’était pas un tribun populaire. La population lui faisait confiance avant tout pour ses qualités personnelles.

On l’a peu mentionné, mais cet économiste de talent appartenait à la grande famille de John Maynard Keynes (1883-1946) et John Kenneth Galbraith (1908-2006) … Ces économistes appelés « Keynésiens » se caractérisent entre autres par la reconnaissance du rôle régulateur essentiel que doivent jouer les États dans la bonne marche de l’économie, au lieu du tout au marché sans régulation ou si peu, libre et concurrentiel…

L’action politique de « Monsieur » découle précisément de cette conviction que l’État québécois a un rôle essentiel à jouer pour notre épanouissement politique, social et économique. Cet élan s’est brisé le soir du référendum de 1995, sur les écueils de l’argent et des votes ethniques. C’était assez cocasse d’entendre ce grand bourgeois dénoncer l’argent comme facteur d’échec. Son papa avait fait fortune dans les assurances, j’imagine en collectant le maximum de primes et en payant le moins possible les réclamations des assurés.

Et il regrettera amèrement sa sortie contre les votes ethniques. Sa dénonciation de la charte de la laïcité, une attaque vicieuse contre les « ethnies » et leur croyance, est probablement une tentative sincère de faire oublier cette bévue.

Indépendantiste affiché, Jacques Parizeau tombera finalement dans le piège sans issue de la souveraineté négociée et partagée avec le Canada. Pour résoudre cette quadrature du cercle, il faudra que le Canada veuille négocier de bonne foi un véritable « gentleman agreement » avec le Québec. Or, il ne le veut pas.

Il faudra donc en contrepartie une volonté et une mobilisation politiques de tous les diables de la part des québécois, ou une autre équipe ministérielle à la Chambre des communes.

Qui sait ?


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1 commentaire

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    3 juin 2015

    Des votes ethniques, est-ce que ça ne sous-entendait pas surtout le vote captif du West Island?... et les immigrants nouvellement entrés sous pression?
    Ne sont-ce pas les médias qui ont aussitôt sauté sur la phrase pour en extrapoler le sens aux "ethnies"?
    Quant à "la charte de la laïcité, une attaque vicieuse contre les « ethnies » et leur croyance"... il ne faudrait quand même pas s'aplatir devant les multiculturels à la visibilité agaçante que le Canada utilise pour Nous soumettre...