Menaud, maître-draveur

Félix-Antoine Savard

Tribune libre


Bien sûr, nous avons tous les défauts et nous sommes particulièrement xénophobes, antisémites, racistes, belliqueux, ignobles, souvent naïfs et j'en passe. Pour vous réconforter et vous rassurer, relisez Menaud, maître-draveur. Vous y retrouverez là toutes les belles qualités de nos ancêtres : braves, courageux, tenaces, fiers, vaillants, généreux..., ainsi que la force de poursuivre la lutte, malgré tous les préjugés haineux à notre endroit.
Je me permets de reprendre ici sur Vigile quelques passages de Menaud qui, pour moi, sont les plus significatifs. L'oeuvre de Mgr Savard, bien que souvent critiquée, à tort à mon avis, demeure tout de même intemporelle et un chef-d'oeuvre de la littérature canadienne-française.
Félix-Antoine Savard aura été, en son temps, un chantre de la liberté d'un peuple.
***
C'est la drave.
Menaud, son fils et leurs compagnons font face à un embâcle. Soudain la rivière se met à frémir, à gronder, à se hérisser. La bête se dresse et à travers ce tumulte, Menaud entend un chant :
« Nous sommes venus il y a trois cents ans et nous sommes restés! »
« Nous avons marqué un plan du continent nouveau, de Gaspé à Montréal, de Saint-Jean d'Iberville à l'Ungava, en disant : « Toutes les choses que nous avons apportées avec nous, notre culte, notre langue, nos vertus et jusqu'à nos faiblesses deviennent des choses sacrées, intangibles et qui devront demeurer jusqu'à la fin.»
« Car nous sommes d'une race qui ne sait pas mourir !»

***
Et Menaud se disait qu'il apprendrait à Joson ce qu'il n'avait fait lui-même que sur le soir de sa vie...
***
Et soudain...
« Une clameur s'éleva! Tous les hommes et toutes les gaffes se figèrent immobiles...ainsi les longues quenouilles sèches avant les frissons glacés de l'automne. Joson, sur la queue de l'embâcle, était emporté, là-bas... Il n'avait pu sauter à temps.
Menaud se leva. Devant lui, hurlait la rivière en bête qui veut tuer. Mais il ne put qu'étreindre du regard l'enfant qui s'en allait, contre lequel tout se dressait haineusement, comme des loups quand ils cernent le chevreuil enneigé.
Cela s'agrippait, plongeait, remontait dans le culbutis meurtrier... Puis tout disparut dans les gueules du torrent engloutisseur.
Menaud fit quelques pas en arrière; et, comme un boeuf qu'on assomme, s'écroula, le visage dans le noir des mousses froides. »

***
Et plus tard...
« À peine murmura-t-il quelque chose que l'on ne comprit pas; puis il prit sa course vers les tentes, et se roula dans le suaire glacé de son chagrin. »
***
Et Menaud poursuivit jusqu'à la folie son combat contre l'Anglais. Et nous sommes toujours là.
***
Extraits de Menaud, maître-draveur de Félix-Antoine Savard, 1937.


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12 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    20 janvier 2015

    un classique avec maria chapdelaine de hemon . et certains ecrits de lemelin et gabrielle roy .

  • Archives de Vigile Répondre

    30 janvier 2010

    Je ne saurais plus vous dire où j'ai lu cela, mais Mgr Savard n'était pas très content qu'on ait perverti, dénaturé son oeuvre de 1937.
    Que s'est-il passé? Nous ne le saurons probablement jamais. Mais ça ressemble drôlement à du fédéralisme unitariste. De la récupération, comme cela s'est fait lors des fêtes du 400e de Québec.

  • Gaston Boivin Répondre

    30 janvier 2010

    Felix-Antoine Savard a modifié à 5 reprises la première édition de 1937 de son Menaud, maître-draveur, savoir en 1938, 1944, 1960, 1964 et 1967: Un aticle du Devoir a déjà qualifié de "séparatiste" le Menaud, maître-draveur de cette édition de 1937, celle que les éditions "Le Québécois" ont reprise et dont le lancement a eu lieu le 23 mars 2009 à l'Auberge Relais des Hautes-Gorges à Saint-Aimé-des-Lacs à l'occasion du 25ième anniversaire de la Société d'histoire de Charlevoix. Un exemplaire de cette édition du Québécois peut être commandé en ligne au coût de $15 sur le site de cette maison d'édition. Cet article du Devoir, paru le 28 mars 2009, sous le titre de "En bref-Menaud séparatiste" mentionnait, entre autres choses, ce qui suit:
    "En 1937, Félix-Antoine Savard faisait paraître une première édition de Menaud, maître-draveur où son héros était "séparatiste".
    "Ce Menaud de 1937 présente un portrait de l'aliénation québécoise plus vif que dans les autres éditions....."

  • Archives de Vigile Répondre

    29 janvier 2010

    @ M. Gaignon
    Vous avez tout à fait raison. Nous avons dû nous laisser amputer et faire des reculs. Nous étions d'abord Canadiens, ensuite Canadiens français, ensuite Canadiens-Français.
    Et maintenant nous voilà Québécois, faute de mieux. Nos ennemis nous ont voulu Québécois, mais leur tactique s'est retournée contre eux. Nous sommes organisés autrement.
    Il est bien certain que nous ne pouvons reconquérir le Canada.

  • Archives de Vigile Répondre

    28 janvier 2010

    Littérature canadienne tout court, je préciserais, celle d'avant la Conquête qui nous a dépouillé de tous nos symboles nationaux d'origine. Ce fut un vrai détournement d'appellation historique! Car ce maudit trait d'union surajouté à la qualification comme obligée de française, symbolise notre déchirure identitaire vis-à-vis de laquelle nous nous devions de prendre tout le recul nécessaire. Cela dit, que l'identité québécoise soit inclusive par nature, il faut s'en réjouir. Rien à voir avec l'inter ou le multi ou même, selon moi, l'intraculturalisme...

  • Archives de Vigile Répondre

    28 janvier 2010

    Madame Morot-Sir,
    Je profite de l'occasion pour vous remercier de votre participation à nos débats et à notre combat. Vos textes sont toujours très intéressants et enrichissants!
    Au sujet de l'âme québécoise, j'aimerais bien qu'on nous la définisse un jour. Je suis presque certaine qu'on ferait la description de l'âme canadienne-française. En tout cas, nous, les Métis de ma région natale, le pays de Menaud et de Maria Chapdelaine, avons bien une âme canadienne-française. Et ils ont été dans les premiers à faire confiance au PQ et encore aujourd'hui, quoique...de moins en moins, vu qu'ils se sentent trahis.
    Justement au sujet de Maria Chapdelaine, papa nous racontait avec fierté qu'il avait connu Éva Bouchard, la personne dont s'était inspiré Louis Hémon dans son roman. Elle lui avait fait la classe, nous disait-il, puisqu'elle était maîtresse d'école.
    Je regrette beaucoup aujourd'hui de ne pas avoir eu la sagacité de le questionner davantage à ce sujet. Et c'est ainsi que la petite histoire d'un peuple disparaît. Et ensuite les historiens doivent faire des hypothèses, faire des déductions quand il serait si facile que des personnes intéressées recueillent auprès des personnes plus âgées, toutes ses histoires vraies.
    Et je signe : L'Alouette souvent en colère

  • Marie-Hélène Morot-Sir Répondre

    28 janvier 2010

    Madame Mance Vallée, je suis en accord avec ce que vous nous dites :"Cette nouvelle âme québécoise n’a rien de commun avec l’âme canadienne-française et qu’on nous a imposée, n’aura servi qu’à nous diluer dans le multiculturalisme et maintenant l’interculturalisme".
    Madame Mance Vallée, merci de votre magnifique article, j'ai toujours été très remuée, terriblement émue en lisant les textes anciens de Félix Antoine Savard, Louis Hémon par exemple.. ...
    "Tout cela vient de nos pères les Français , mais cela a bien changé, des étrangers sont venus ils ont pris tout le pouvoir.."
    Ou encore : " La voix du pays de Québec ... l'âme de cette Province tient dans cette voix, la douceur de la vieille langue jalousement gardée, la splendeur et la force barbare du pays neuf où une race ancienne a retrouvé son adolescence disant :" Nous sommes venus il y a trois cents ans et nous sommes restés, ceux qui nous ont menés ici pourraient revenir parmi nous, sans amertume et sans chagrin, car s'il est vrai que nous avons beaucoup appris, assurément nous n'avons rien oublié ."
    " Quand vous nous avez quittés nous étions soixante cinq mille et nous sommes devenus depuis, plus de quatre millions, nous avons aujourd'hui l'âge d'homme, notre patrie, c'est la terre que nous avons défrichée, celle où nous avons pris racine, cette terre s'appelle le Canada."

    Et aussi :" Autour de nous des étrangers sont venus qu'il nous plaît d'appeler barbares, ils ont presque pris tout le pouvoir, ils ont presque pris tout l'argent, mais au pays de Québec rien n'a changé, rien ne changera, parce que nous sommes un témoignage, et de nos destinées nous avons clairement compris que nous avons ce devoir-là : Persister, nous maintenir ! Et nous nous sommes maintenus afin que dans plusieurs siècles le monde se tourne encore vers nous et dise : ces gens sont d'une race qui ne sait pas mourir, ils sont un témoignage ."Maria Chapdeleine de Louis Hémon

  • Archives de Vigile Répondre

    28 janvier 2010

    En effet, M. Beauchesne, notre âme n'est pas québécoise, mais bien canadienne-française. C'est ce que je crois de plus en plus.
    Cette nouvelle âme québécoise n'a rien de commun avec l'âme canadienne-française et qu'on nous a imposée, n'aura servi qu'à nous diluer dans le multiculturalisme et maintenant l'interculturalisme.
    Au fond, nous diluer dans un melting pot de plus en plus à l'américaine. C'est de cela que rêvent la plupart des immigrants, faute de pouvoir vivre aux USA.

  • Archives de Vigile Répondre

    28 janvier 2010

    @ André Gignac
    À tous les dimanches, mon père, homme sévère s'il en est et grand croyant, nous enseignait, à sa manière, l'histoire, la géographie avec des cartes de l'époque et la politique et il ne manquait jamais de nous répéter qu'il fallait haïr l'Anglais à tous les jours. Il était né en 1908. Il devait bien connaître la situation. Ce qui explique sans doute que je n'aie jamais appris l'anglais.(rire)
    Pensez-vous que je devrais me faire traiter et aller consulter un psy??? (rire)
    Mais il a toujours été conservateur (dans le sens de conserver ce que nous étions)et ensuite un partisan de Duplessis et de son autonomie.
    Tel a été le cheminement à l'époque, à mon avis.
    @ GV
    À cette époque, il n'était pas question d'indépendance dans le sens où nous l'entendons aujourd'hui.
    Je crois que les « de souche » n'ont jamais accepté d'avoir perdu cet immense pays qu'ils avaient exploré et découvert de Québec jusqu'à la Nouvelle-Orléans, de Québec jusqu'aux montagnes Rocheuses. Ils se sont retrouvés amputés.
    Ce qui est sans doute une explication de l'ambiguïté québécoise.
    Mais la rivière de Menaud est tout aussi dangereuse et gronde toujours et de plus en plus.
    Il y a embâcle.

  • Archives de Vigile Répondre

    27 janvier 2010

    C’est bien vrai Madame Vallée, les Canadiens-Français ne savaient pas mourir ; serait-ce pourquoi on a tant voulu en faire des Québécois ?
    ***
    L’âme canadienne-française, voulez-vous sans doute dire Monsieur Verrier ? Car au vu et au su de notre histoire, je crains que «âme» et «québécoise» soient résolument antinomiques.
    RCdB

  • Archives de Vigile Répondre

    27 janvier 2010

    ... l'auteur était fédéraliste militant et il est mort sans s'en repentir. Allez donc sonder l'âme québécoise ? Comment s'étonner que les Québécois soient encore attachés au PQ ? Misère, mais misère normale au vu et au su de notre histoire.
    GV

  • Archives de Vigile Répondre

    27 janvier 2010

    Un gros merci pour les extraits du livre et la réplique de la peinture que je trouve très belle! Je dois retenir beaucoup de Menaud maître-draveur puisque par les temps qui courent, je tire assez fort sur la minorité anglophone du West Island et sur les nouveaux arrivants qui s'assimilent à eux. Ça me ferait rien de mourir de folie à les haïr! Le problème, nous les Québécois, c'est que nous ne haïssons pas assez nos ennemis!
    André Gignac le 27 janvier 2010