Marois a failli diriger le Québec

Actualité québécoise - vers une « insurrection électorale »?

Denis Lessard - (Québec) Terrorisés par la perspective d'élections l'automne dernier, les dirigeants de l'Action démocratique du Québec ont proposé une coalition au Parti québécois, deux semaines avant le déclenchement de la campagne. Et ce nouveau gouvernement aurait été dirigé par Pauline Marois.
Plusieurs sources de haut niveau parmi les décideurs de l'ADQ à l'époque ont indiqué à La Presse que, pendant deux ou trois jours, des échanges ont eu lieu sur ce scénario, entre les cabinets de Mario Dumont et Pauline Marois, par l'intermédiaire de deux avocats associés à l'un et l'autre chef, Marc-André Gravel et Éric Bédard.
Selon les informations obtenues par La Presse de sources sûres, une poignée de stratèges adéquistes, dont Mario Dumont et Gilles Taillon, au retour d'un conseil général de leur parti, s'étaient réunis pour préparer leur offre au Parti québécois. Rien n'avait été mis sur papier, toutefois.
Pour contrecarrer l'échéancier de Jean Charest qui se préparait manifestement à déclencher les élections le 8 décembre, l'ADQ avait fait une avancée surprenante pour attirer le PQ dans son plan. Mario Dumont et Pauline Marois seraient allés voir le lieutenant-gouverneur, Pierre Duchesne, pour lui dire que les formations détenant la majorité à l'Assemblée s'alliaient pour former un gouvernement de coalition, dont Pauline Marois allait être la première ministre.
«Charest contrôlait tout... il avait l'agenda en main. On voulait le bloquer, reprendre l'initiative. Mario Dumont a envoyé Marc-André Gravel avec la proposition de renverser le gouvernement. La réponse des péquistes a été qu'ils étaient certains de prendre le pouvoir... que Pauline Marois allait de toute façon être première ministre aux Fêtes. Ils ne voulaient pas embarquer», a révélé à La Presse un adéquiste influent à l'époque. Dans le camp péquiste, certains confient qu'il y avait une base pour des discussions, mais que le temps manquait - le premier ministre Charest allait à l'évidence faire basculer le Québec en campagne électorale dans les deux semaines suivantes, même s'il avait à maintes reprises soutenu le contraire.
Devant la tempête économique qui s'annonçait, l'ADQ voulait l'appui du PQ pour un «gouvernement de crise d'une durée de deux ans» où les postes de ministres auraient été partagés, également entre les deux partis. Au surplus, on se disait ouvert à la nomination de ministres venus de la société civile, non élus à l'Assemblée nationale. Chaque parti mettait de l'eau dans son vin: l'ADQ mettait par exemple au rancart son engagement d'abolir les commissions scolaires, le PQ indiquait qu'il ne profiterait pas de ce régime pour promouvoir la souveraineté.
Fait étonnant, Gilles Taillon, aujourd'hui prétendant à la direction de l'ADQ, était aux premières loges lors des discussions dans le cercle restreint autour de Mario Dumont, indiquent des sources sûres.
Joint mercredi, l'aspirant chef a pris ses distances: «J'ai entendu parler de cela dans les corridors... La proposition qu'on a faite était plutôt dirigée au gouvernement, on proposait de ne pas tenir d'élections en période de crise économique.» Le scénario de coalition avait été expliqué, avec moins de détails, à l'ensemble du caucus adéquiste dès la proposition faite. Deux autres aspirants à la direction du parti, le député Éric Caire (La Peltrie) et Christian Lévesque (Lévis) n'avaient pas soulevé d'objections à l'idée de voir leur formation faire une coalition avec le Parti québécois.
L'avocat Marc-André Gravel avait, le premier, sollicité le camp souverainiste, et avait été aiguillé vers Éric Bédard, frère du leader parlementaire du PQ, Stéphane. Joints cette semaine, les deux avocats sont restés très vagues sur leurs conversations de l'automne dernier.


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