Lettre aux Québécois - Le Bloc québécois, un boulet politique pour le Québec

Mario Dumont, Chef de l'Action démocratique du Québe

Élections 2006


Chers compatriotes, Le 23 janvier prochain, nous sommes appelés aux urnes pour choisir ceux qui formeront le prochain gouvernement fédéral. À n'en point douter, il s'agit d'un geste important. Confier la gouverne de nos affaires et la gestion d'un budget de 186 milliards de dollars à des élus est une décision fondamentale qui aura, sans aucun doute, une influence directe sur nos vies.
Pourtant, si on en croit les résultats des derniers sondages, le Québec s'apprête, pour une cinquième fois, à voter en faveur d'un parti dénué de l'ambition légitime de gouverner et dont l'effet premier est de confiner le Québec à un isolement politique. C'est, de mon point de vue, contraire aux intérêts supérieurs du Québec.
Le Bloc québécois aime se poser comme l'ultime défenseur des intérêts du Québec à Ottawa. Un parti fédéral qui n'oeuvre qu'au Québec et qui défend exclusivement les intérêts du Québec à Ottawa. À première vue, cela semble aller de soi. Mais quand on y regarde de plus près, force est de constater qu'à terme, cette option est une vraie catastrophe politique pour le Québec.
Comment le Québec peut-il sortir gagnant quand une formation politique utilise systématiquement le poids politique des Québécois pour le confiner à perpétuité dans un rôle d'opposition ? La réponse est simple. Le Québec sort perdant. La preuve en est que, de tout temps, le Québec a dicté l'ordre du jour politique fédéral. Or, depuis une dizaine d'années, la question du Québec a littéralement disparu de l'avant-scène de la politique canadienne. Pire encore, la place du Québec dans l'ensemble canadien est devenue un sujet à éviter pour les partis politiques fédéraux. Quant à la réintégration du Québec dans la Constitution canadienne, c'est le mutisme le plus total. Quel gâchis !
Pas de résultats tangibles
Si on ne peut nier les efforts déployés par le Bloc au cours des années pour faire entendre la voix du Québec, on ne peut cependant pas fermer les yeux sur l'absence de résultats tangibles.
Dans les faits, le véritable bilan du Bloc à Ottawa est fort simple. C'est l'isolement du Québec et surtout la marginalisation de notre pouvoir politique au sein de la fédération canadienne. Pour moi, qui crois et me bats depuis plus de dix ans pour un véritable Québec autonome, c'est inacceptable. Cela est d'autant plus déplorable quand on se rappelle le rôle prépondérant que le Québec a joué non seulement dans l'ordre du jour politique fédéral mais aussi dans la formation des gouvernements fédéraux tout au long du XXe siècle.
C'est aussi désolant quand on sait que cette formation politique n'est qu'une simple succursale du Parti québécois et que, sitôt le scrutin fédéral terminé, les députés bloquistes vont s'empresser de se mettre docilement au service de la maison mère péquiste. Je pose la question : est-ce que les Québécois sont bien servis par des élus fédéraux qui ont les mains attachées comme ceux du Bloc et qui attendent les ordres du chef du PQ ? La réponse est non. On ne peut pas défendre efficacement et dignement les intérêts d'un peuple quand on n'est pas maître de son propre ordre du jour politique.
Les représentants du Bloc nous rappellent sans cesse le rôle prépondérant qu'ils ont joué pour faire la lumière sur le scandale des commandites. Ils vont même jusqu'à se pavaner fièrement en clamant que, tout au long de ce scandale, ils ont posé plus de 400 questions à la Chambre des communes sur le sujet. Ce que je retiens surtout de cet épisode, c'est non seulement que ces quelque 400 questions bloquistes n'ont pas empêché les libéraux fédéraux de partir littéralement avec la caisse mais surtout que le plus grand scandale de la politique canadienne s'est justement produit à l'époque où le Bloc était précisément à Ottawa pour nous représenter. Comme défense efficace des intérêts du Québec, on a déjà vu mieux...
Une garantie : les libéraux au pouvoir
Ironiquement, il n'y a pas que les péquistes qui ont bénéficié de la présence massive du Bloc à Ottawa. À vrai dire, ceux qui ont le plus bénéficié du Bloc sont précisément ceux que les bloquistes sont censés surveiller, soit les libéraux fédéraux. En isolant plus d'une cinquantaine de sièges du Québec, scrutin après scrutin, le Bloc a empêché jusqu'à ce jour la mise en place d'une véritable alternative nationale au gouvernement libéral. En fait, depuis 1993 jusqu'à aujourd'hui, le Bloc a constitué pour le Parti libéral du Canada une garantie de rester au pouvoir. Il est à souhaiter que l'ampleur sans précédent de la corruption libérale mette fin à cette alliance objective extrêmement malsaine pour le Québec.
Si, au lendemain de l'échec de l'accord du Lac-Meech, le Bloc a pu constituer une réponse politique adéquate à ce moment précis de l'histoire du Québec en se posant comme une véritable coalition politique québécoise, force est de constater que, 12 ans plus tard, le Bloc est maintenant devenu un véritable boulet politique pour le Québec.
J'en appelle donc à votre sagesse politique séculaire et je vous invite à mesurer avec lucidité les conséquences d'un autre appui massif au Bloc québécois. Ne donnons pas un autre chèque en blanc à ceux qui nous proposent de nous isoler davantage. Manifestement, le Bloc québécois n'est plus en mesure de défendre avec rigueur et efficacité les intérêts supérieurs du Québec.


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