Réinvestissement en éducation

Les diplômés au Québec «sont moins bien préparés» que dans le reste du Canada

Éducation — l'effondrement du système


Québec - Il est grand temps qu'on réinvestisse en éducation postsecondaire au Québec puisque déjà le sous-financement fait que les diplômés québécois «sont moins bien préparés à l'avenir» que ceux du reste du Canada. C'est ainsi que le recteur de l'Université de Sherbrooke (UdeS), Bruno-Marie Béchard, a accueilli l'annonce effectuée par le premier ministre Jean Charest dimanche. Annonce-surprise, non chiffrée pour l'instant, qualifiée «d'opportuniste» et «d'improvisée» par André Boisclair mais qui a tout de même ravi les dirigeants des établissements postsecondaires. Et qui crée d'énormes attentes.
«Les médecins de demain, les avocats de demain, les ingénieurs de demain, les philosophes de demain au Québec sont formés avec des moyens bien moins importants que dans le reste du Canada. [...] Ça veut dire qu'ils sont moins bien préparés à l'avenir. Écoutez, on ne peut pas faire des miracles», a confié M. Béchard au Devoir hier.
Certes, des diplômés québécois se démarquent souvent dans les examens pancanadiens, dans différentes disciplines: comptabilité, actuariat, etc. Mais il s'agit souvent d'étudiants exceptionnels, dit M. Béchard. Le recteur fait une analogie avec la préparation d'une équipe olympique nationale. Toute nation, même celle qui investit peu dans la préparation des athlètes, peut un jour ou l'autre «produire» un médaillé d'or. «Même avec des moyens déficients ou inférieurs, on est capable de faire quelque chose de bien. Mais, chose certaine, on n'est pas capable de faire quelque chose de bien pour autant de monde. Autrement dit, on pourrait avoir plus de médaillés. Mais pour ça, il faut y mettre le paquet», estime M. Béchard.
Promesse en retard
En somme, le geste du gouvernement du Québec «va certainement dans le bon sens, mais reste à voir les modalités pour savoir si on se réjouira un peu, beaucoup ou passionnément», a-t-il déclaré. En fait, note M. Béchard, le Parti libéral «commence enfin» à honorer sa promesse électorale de 2003 de réinjecter 240 millions de dollars dans les universités du Québec en six ans. «C'était un engagement important, qui commence à se réaliser trois ans plus tard, malheureusement. À l'université [de Sherbrooke], à chaque budget qu'on adopte, je souligne combien ça nous fait mal que cet engagement-là n'ait pas été réalisé encore», raconte M. Béchard. Celui-ci ajoute: «Vous savez, gérer une université, ce n'est pas comme gérer un dépanneur; on ne peut pas retourner ça sur un 10 sous.»
Dotée d'une situation financière plus enviable que les autres universités québécoises, l'UdeS «a quand même dû se résoudre» - comme du reste toutes les autres universités - à adopter un budget déficitaire pour 2006-07. «Il n'y a plus moyen de boucler la boucle avec les moyens dont on dispose», a dit le recteur. Il estime le réinvestissement nécessaire à «une soixantaine de millions de dollars, dès l'exercice en cours». En fait, selon un calcul de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) que rappelle M. Béchard, «c'est 375 millions de dollars qui manquent aux universités québécoises pour faire le même travail que la moyenne canadienne». Mais pour M. Béchard - ancien premier de classe à Polytechnique -, «la moyenne, c'est un objectif qui ne devrait pas nous satisfaire». Il faudrait faire plus. «Avec la démographie que l'on a, avec les bouleversements mondiaux qui s'en viennent, les pays émergents, etc., pour bien préparer nos jeunes, retenir les talents, on a besoin d'un réinvestissement de l'ordre de 750 millions.» M. Béchard admet que le gouvernement ne pourra pas atteindre cette cible tout de suite et qu'il faut «commencer par le commencement», c'est-à-dire injecter les 240 millions promis depuis 2003. L'augmentation des droits de scolarité pourrait aussi, selon lui, venir faciliter la situation financière des universités. «Ça va au moins limiter les dégâts», dit-il.
Réjouissance et scepticisme
Ailleurs dans le réseau universitaire québécois, les réactions ont été très favorables. Le recteur Luc Vinet, de l'Université de Montréal, estime que la décision de Québec permettra à son établissement «d'alléger une situation financière extrêmement préoccupante». Le président de l'Université du Québec, Pierre Moreau, applaudit sans réserve à la décision de Québec. Dans le secteur collégial, la Fédération des cégeps félicite le gouvernement mais espère qu'il réussira à s'entendre avec Ottawa bientôt.
Dans le monde syndical, le scepticisme règne. La vice-présidente de la CSN, Denise Boucher, a souligné hier que «comme par magie, le gouvernement trouve de l'argent» alors qu'il y a moins d'un an, la présidente du Conseil du trésor, alors en négociations avec le secteur public, faisait mine de chercher des «marges de manoeuvre» sous les tables. Mme Boucher fait aussi remarquer que le premier ministre a fixé un «échéancier électoral, soit la promesse d'investir au printemps 2007, moment où il y a de fortes chances que le Québec soit plongé en plein coeur d'une campagne électorale».
Quant au chef de l'opposition André Boisclair, il a commencé par se montrer bon joueur hier, en disant que l'annonce de dimanche était «une bonne nouvelle pour le Québec». Mais il estime que le premier ministre improvise puisque «ses priorités semblent varier en fonction de l'auditoire auquel il s'adresse». Au surplus, cette annonce n'est pas précise, selon lui. «Je ne sais pas combien, je ne sais pas quand, je ne sais pas non plus de quelle nature» seront ces paiements. Selon lui, le Québec souffre de toute façon d'un manque à gagner de 1,2 milliard de dollars en éducation postsecondaire.
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En collaboration avec Brigitte Saint-Pierre


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